Laufey Boustany et son époux : une nordicité inaltérée.
Qu'est-ce qui a amené cette artiste à une telle écoute picturale de la musique ?
«Me référant à Kandinsky et à sa corrélation de la couleur et du son, j'ai cherché à savoir dans quelle direction la musique, pour moi terrain inconnu, pouvait me prendre.» Les Six quatuors à cordes de Béla Bartok, un jour à l'affiche du Carnegie Hall, retiennent son attention. Elle les écoute, elle ne lit pas les notes, mais s'intéresse à l'architecture des partitions. Puis elle passe à son chevalet et donne, en six compositions, formes et couleurs à ces œuvres. Dans la première, une ligne rouge souligne un cratère de désespoir. Puis la ligne s'éclaircit quand la musique devient danse gitane avant de se fondre au soleil. Pour l'atmosphère douce et éthérée du deuxième quatuor, le rondo pictural joue les balances entre les autres mouvements. La troisième toile s'élance en formes géométriques vers l'inconnu, en réponse à une mélodie de plus en plus explosive. Début d'accalmie au quatrième volet, traité en sombres tonalités automnales, réminiscence de la jeunesse du peintre en Islande. De ce pays, elle restitue aussi le sable noir des plages où vient se planter une arche unissant deux mondes. Le dernier quatuor dit en bleu l'adieu de Bartok à une Europe en guerre et, en un vert de l'énergie et de l'espoir, son arrivé en Amérique.
Une palette palindrome
Berlioz et sa Symphonie fantastique ont été également interprétés par les pinceaux de Laufey Boustany. La valse, qui fait partie de cette exposition, s'étale en grand format. Sur fond orange ondule un ruban mauve qui domine un entrelacs de lignes dansantes.
Sur sa lancée de La musique avant toute chose, elle fait un retour à ses racines islandaises et, plus précisément, sur la pratique très répandue des «hringhenda», forme poétique pareille aux palindromes. Avec la différence que les «hringhenda», qui se lisent indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche, comme les palindromes, développent une idée et son contraire. La structure visuelle qu'elle leur donne repose sur la répétitivité rythmique d'une géométrie des couleurs tirée de la musicalité des mots. Cette fois, sa palette joue les vers et les rimes.
Laufey Vilhjalmsdottir Boustany est installée avec son mari et leur fille aux États-Unis où elle a fait carrière, après avoir fait des études à l'Université de Cornell. Un changement de latitude, mais une nordicité inaltérée. Le Liban? Elle y fait de courts séjours et n'a donc pas eu le temps de s'en pénétrer pour le mettre sur toile. Il est une autre peintre islandaise, Svala Thorsdottir, qui avait épousé un Libanais, Melhelm Salman. Décédée jeune, elle avait exposé en Europe et aux États-Unis des œuvres de veine surréaliste.

