Des sumos étrangement éthérés…
C'est justement cette « sensation vitale de l'instant », retranscrite dans ses toiles, cette intensité ressentie dans la concentration du mouvement, dont Takayoshi Sakabe a fait démonstration au cours de sa performance de butô présentée le soir du vernissage. Cette danse japonaise contemporaine, qui saisit au moyen d'une extrême lenteur et précision gestuelles les plus infimes palpitations de vie jusqu'à mener le danseur dans un état de transe, est, selon lui, le symbole parfait de ce qui fait l'essence de son travail pictural.
Vêtu d'une tenue blanche de samouraïs, le visage et les extrémités poudrés de blanc, tenant, d'une main, un bâton lumineux et, de l'autre, un lourd sac noir, le peintre-danseur s'est entièrement livré, durant près d'une vingtaine de minutes, à « cette force qui prend possession de (lui) et (lui) dicte (ses) mouvements», explique-t-il. Cette force spirituelle qui se manifeste «également dans l'acte de peindre» et lui ordonne de se délivrer de tout ce qu'il juge important, mais qui, en fait, entrave son cheminement vers l'essentiel. Cette injonction spirituelle, pour ne pas dire ésotérique, donne lieu, dans la performance dansée de Takayoshi Sakabe, à un... lancé de sac libérateur et, dans sa peinture, à une absence totale au monde environnant qui va le transporter, le temps passé devant son chevalet, dans les arcanes du geste, de la matière et des 18 pigments dont il compose sa couleur unique : cet étrange et subtil gris, tantôt lumineux, le plus souvent brumeux, parfois saupoudré de blanc « purificateur », ou encore de touches d'ocre, de vert ou d'or, mais toujours chargé de mystère.
Un mystère soutenu par cet art du surgissement et de la disparition des figures et des scènes dans le fond monochrome de la toile que maîtrise totalement le peintre japonais. Ainsi que par cette habileté à évoquer l'inachevé en dévoilant, ici et là, les coups de crayon de l'ébauche. En jouant aussi, à coup de rugosités et d'imperfections volontaires, sur cette tension retenue,
perceptible dans toutes ses œuvres. Et qui leur donne cette aura méditative qui interpelle le regard.
* Galerie Alice Mogabgab, Achrafieh, immeuble Noura, 1er étage, face ABC.
Carte de visite
Né en 1953 au pays du Soleil-Levant, Takayoshi Sakabe a partagé sa vie pendant plus de trente ans entre le Japon et la France, où il a fait les beaux-arts. Depuis quelques années, c'est entre Istanbul, Paris et sa ville natale qu'il passe le plus clair de son temps.
Il a à son actif de nombreuses expositions en Europe et dans son pays d'origine, ainsi que trois passages à la galerie Alice Mogabgab à Beyrouth. Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques en France et au Japon, dont celle du Musée d'art moderne de la ville de Paris.


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