Une immense photographie ornant un coin de la galerie.
Dès l'entrée, un texte en noir et blanc tapissant le mur accueille le visiteur. À ses dernières lignes sont accrochés quatre «earphones». En utilisant le casque d'écoute, vous pouvez entendre la lecture de cet ensemble de mots: une visite guidée pour aveugles au musée d'art contemporain à New York! Voilà, le ton est donné...
À côté, dans un graphique élaboré, l'enseigne néon en rouge lumineux de la «Galerie Sfeir-Semler», en arabe et arménien, signée Vartan Avakian. Non pas vulgaire enseigne, mais enseigne à méditer et à approcher et apprécier pour ses qualités d'écriture graphique.
Commence alors la ronde des petits polaroïds (vingt au total) de Haris Epaminonda, accrochés d'une manière éparpillée sur les cimaises. Images allant de la célébration de la nature aux mouvements et gambades des animaux en passant par des vestiges impressionnants où l'architecture antique a toutes les beautés et séductions du monde.
Dans l'espace attenant, les grands formats (en tâches d'ombre colorées, palette allant du bleu indigo aux éclaboussures ensoleillées) du négatif du film abîmé par les scanners qui contrôlent les valises aux douanes de Walid Beshty. Mais aussi les boîtes en cuivre de Fedexpress adroitement rangées à même le béton du sol comme des gardiens un peu irrévérencieusement accostés. Atmosphère pop art pour ce thème du voyage où la planète est un grand village.
À travers un petit corridor et dans une salle isolée est projetée, en toute liberté, la vidéo sur un monde carcéral, de Yoshua Okon au Mexique.
Dans un labyrinthe tout aussi isolé, monté de toutes pièces, des tableaux tirés au hasard et sans choix préliminaire du «storage room» de la galerie. Couleurs, vision, huile, aquarelle, acrylique, inspiration diverses. Des œuvres du peintre syrien Marwan à Akram Zaatari, en passant par celles de Peter Hopkins, Simon Kabbouch, Anna Boguiguian, John Jreich et bien d'autres, c'est le moment de se frotter le nez aux toiles à proximité du visage et des yeux... Exiguïté de cet espace en étroit passage angulaire oblige !
Plus surprenante est la table de ping-pong tout en blanc de Rayan Tabet. Une table érigée en topologie de la ville de Beyrouth avec des trous béants où on lance des balles, comme pour un jeu de quilles ou de bowling... Qui aurait soupçonné que la carte topologique de la capitale du pays du Cèdre serait l'objet d'un jeu prisé en terre de l'Oncle Sam ?
Sur les vitres des grandes baies reflétant le ciel de la capitale et faisant face au tronçon de l'autoroute de Dora, un ciel chargé des bruits et vacarme d'une ville toujours en transe et nervosité, les phrases en vert dru de Laurence Wiener, calligraphe américain. Phrases de Poésie concrète traduites de l'anglais à l'arabe et qui s'éparpillent comme des sons emportés par le vent sur l'espace transparent du verre, justement caressé, effleuré ou battu par le vent.
Splendide d'équilibre et de finesse est le mobile selon un pastiche de Calder d'Alessandro Balteo Yazbeck et Media Farzin. Un mobile qui parle en toute malicieuse candeur de la guerre en Irak et du pétrole...
Steven Baldi, charmant barricadeur des routes, arrête l'itinéraire du public avec un passage fermé en verre. Rebrousser chemin sans rechigner pour reprendre le fil de la narration artistique et continuer la visite. Charme d'une promenade découverte à travers un regard explorateur, curieux et fouilleur ; un regard retonifié, revigoré... Qui a dit que la marche n'est pas une vertu pour la santé ?
Mounira Solh revisite l'œuvre peinte de Renée Daniels (les murs colorés font partie intégrante de l'installation) tout en profitant du don d'ubiquité en empruntant le pseudonyme de Bassam Ramlawi, comme pour mieux embrasser imaginaire, altérité ou passé.
Dernière pirouette pour cette invitation à un voyage sans frontières : les pièces en verre de Babak Radboy, placées (ou calées) en coin. Déstructuration d'un mur de la Galerie de Tony Sharfrazi à New York et superposition d'images sur verre avec trois jets d'encre et une horloge.
Ni le temps ni l'espace n'ont de prise sur les mémoires et les lieux ? L'art a des détours que nul n'élude et voici en termes d'équation probante un tour d'horizon (et un tour de force) qui en dit long sur les prestidigitations, les facéties, les finesses, les finauderies et les suprêmes jongleries de l'art...
À la galerie Sfeir-Semler jusqu'au mois de mars 2010.

