(Ibrahim Tawil)
Au moment où Abou Dhabi se positionne comme un centre de richesse culturelle incontournable, avec les musées Guggenheim et le Louvre et l'Université de la Sorbonne, rencontre avec Hoda Kanoo, une grande dame installée dans cet émirat (elle est l'épouse de l'homme d'affaires Mohammad Kanoo, copropriétaire de la Ghaf Gallery), d'une exquise courtoisie, conjuguant avec habileté et finesse traditions et valeurs de la civilisation arabe et culture occidentale. Un dialogue vif mené tambour battant enrichissant et instructif...
Passage éclair de Hoda Kanoo à Beyrouth pour un débat sur les festivals. Elle était venue défendre, en véritable «pasionaria» d'une culture sans frontières où Orient et Occident s'investissent, les couleurs de l'ADMAF, qui a accueilli, pour son sixième anniversaire la saison dernière, des vedettes de l'art lyrique (Angela Gheorghiu, Jonas Kaufmann et Andrea Bocelli) interprétant des pages de Verdi, Massenet, Puccini, Chostakovitch, Mascagni. Place aussi à l'extraordinaire violoncelliste Matthew Barley, à la reine de l'archet du même instrument Nina Kotova, ainsi qu'à la flûte traversière de Sir James Galway. Faut-il rappeler que cet artiste était le premier flûtiste de la Philharmonique de Berlin quand l'ensemble orchestral était sous la houlette de Herbert von Karajan ? Le piano avec Jean-Yves Thibaudet (retenu en 2001, en tout honneur, pour ses éblouissantes prestations pour les Victoires de la musique) ainsi que le jeune virtuose du clavier jordanien Karim Saïd ont ravi les «pianophiles» chevronnés. La danse a par ailleurs envoûté le public, se taillant une part léonine en mettant sous les feux de la rampe le Bolchoï et sa troupe étoile avec une Giselle d'un romantisme frémissant.
Pour la peinture, l'Irakien Dia el-Azzawi a conquis plus d'un mordu des abstractions aux couleurs éclatantes...
Dans ce sillage d'événements culturels de grande envergure aux jumelages évidents, Hoda Kanoo, née à Beyrouth, formée à Paris au Collège américain de l'avenue Bosquet (littérature française et histoire de l'art) et forte de ses convictions dans l'épanouissement par l'éducation et la culture, a encore plus d'un défi, plus d'un challenge, plus d'un but, plus d'un «goal»...
«Quand j'ai compris le pouvoir de la musique, confie-t-elle, en assistant la première fois à l'Opéra Garnier aux Noces de Figaro de Mozart, j'ai compris que je me devais de me dévouer à la cause de la culture. Magique est un mot bien faible à côté de la charge émotionnelle ressentie. La musique, à travers cette incroyable force que suggèrent les instruments, a éveillé en moi toute la sensibilité, la détermination et l'animation pour ce qui est créatif. Et c'est ce qui m'a conduit à jeter les bases de la fondation Musique et art d'Abou Dhabi. Et cette institution, il fallait la faire exister, pour partager connaissance et art avec les peuples arabes. Nous avons besoin, dans notre monde, de la philanthropie culturelle. Support des gouvernements, éducation, bénévolat, voilà autant d'atouts pour réussir cette entreprise gigantesque. La culture ne peut pas être à la merci d'un homme politique. Sans intellectuels, on n'a rien. Chacun doit être dans ce projet vivant, car la culture appartient à tout le monde...On ne peut négliger la musique, l'art. Quand j'ai fondé cette institution, je ne savais pas si cela allait être un succès. De toute façon, pour moi c'est toujours un début. Mais c'est avec plaisir que je constate la différence...»
Si la modestie est un trait de caractère chez Hoda Kanoo, peut-on passer sous silence les marques d'égards, les distinctions et les honneurs reçus par sa fondation. Pour simple rappel, on cite (à titre non exhaustif) la croix de l'ordre de Mérite décernée par le président allemand Horst Köhler, l'ordre de chevalier des Arts et des Lettres par Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture, et last but not least la médaille du Mérite civil, remise par le roi Juan Carlos d'Espagne...
Et pour conclure, quelle définition accorde-t-elle à la musique? Sans attendre, la réponse fuse avec certitude, comme une parole longtemps méditée: «La musique, c'est la vie. Sans la musique, c'est la mort absolue...»


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