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Culture - Rencontre

Priorité à la poésie pour Zahi Wehbé

Le Tout-Beyrouth intellectuel et du monde arabe a passé sous sa plume et sur son plateau. Professionnel de l'information écrite et audiovisuelle, Zahi Wehbé est aussi un poète.

Du journalisme écrit aux caméras du petit écran, pour Zahi Wehbé (récemment Prix des journées de théâtre de Carthage), avec ses mille cinq cents interviews s'étendant sur près d'un quart de siècle, scannant tous les remous et dessous de l'univers artistique et parfois politique arabe, la priorité et la prééminence restent en définitive pour la poésie...
Rencontre donc non seulement avec un professionnel de l'information écrite et audiovisuelle, mais avec un poète. Un poète non écorché vif, mais fin lettré, empreint d'humanisme, absolument à l'écoute de tous les bruits de la planète, et surtout du monde arabe et du cœur...
Cheveux noirs, regard rêveur, mais curieux, voix chaleureuse, feutrée et reconnaissable d'emblée tant ses émissions télévisées, Khallik fil beit et Sitt el-habayeb, ont été populaires. Zahi Wehbé a de toute évidence grand plaisir à s'entretenir avec son interlocuteur en langue arabe. Cette langue dont il maîtrise parfaitement les intonations et les vocables avec un brio de causeur loin de toute ostentation et qui alimente et nourrit son inspiration première et prioritaire: la poésie.
Par-delà cet homme de cinquante-quatre ans, courtois et attentif aux autres, aujourd'hui marié et père de deux enfants (Dali et Kenz), toujours en costume-cravate sous les spots, la fièvre et l'élan de la vie restent viscéralement liés au Parnasse et à la lyre... Car, «le mot, dit-il, est l'essence de tout. Et la poésie, rythme et style de vie, regard pour les êtres et la création, est la reconstruction de l'univers...».
D'ailleurs pour «Beyrouth, capitale mondiale du livre 2009», il se prépare à lancer son dernier recueil, Rakisini Kalilan* (Danse un peu avec moi, éditions el-Ikhtilef, 120 pages) où, en vers et rimes libres, il donne libre cours à ses épanchements émotifs et ses considérations sur tout ce qui l'entoure. Des souvenirs d'une mère profondément aimée et vénérée au bonheur que donne la femme, sensualité et maternité, en passant par les cigarettes de Paul Chaoul, les stylos de Mahmoud Darwish ou la fournaise des villes écrasées de soleil, Zahi Wehbé traque le mot juste, restitue les sonorités captivantes et libère les images retentissantes.
Né à Bint Jbeil, véritable enfant du Sud, familier du drame et des modestes conditions de vie des Sudistes aux confins de la frontière, l'auteur de Hibr wa melh (Encre et sel) confie avec une désarmante simplicité: «Je suis né poète. Tout est dans les gènes : mes grands-pères paternels et maternels étaient poètes. Le livre, depuis ma plus tendre enfance, est mon ami.
À Aynata, pour mes douze ans, il n'y avait ni club, ni ciné, ni aucun autre divertissement. Pour meubler mon temps, je suis devenu un boulimique de la lecture. De Zir Salem et Kays wa Leyla à Notre Dame de Paris de Hugo, en passant Gone with the Wind de Margaret Mitchell (bien entendu, tout en traduction arabe), les romans de Naguib Mahfouz, Youssef Idriss, Issam Abdel Koudouss et Ghada Samman ont nourri mon imagination et ma sensibilité. Ce sont mes années de formation littéraire... Par la suite, Ghada Samman m'a dit un jour: "Tu es le premier homme poète influencé par une femme..." Mes armes, pour l'écriture et l'information, je les ai fourbies à Beyrouth avec mes premiers écrits dans la presse arabe depuis 1985 (al-Nidaa, al-Hakika, an-Nahar, aujourd'hui je collabore à al-Hayat et Zahrat al-Khaleej) où j'ai côtoyé la plupart des écrivains et poètes. De Ounsi el-Hajj à Adonis, en passant par Chawki Abou Chakra (et il en cite bien d'autres), j'ai appris la valeur des mots et la notion de s'engager dans l'aventure et la destinée des lettres. Je suis un mélange de tout. Marxiste, croyant, libanais, arabe, nationaliste, classique, moderne... Je suis un indépendant et ma couleur est celle du drapeau libanais. L'information est mon métier, la poésie ma préoccupation fondamentale. Dans l'écriture, les poètes ont tendu la main à toutes les expressions, aussi bien romanesques que théâtrales et picturales. Et ce n'est pas sans raison que j'ai frayé avec Paul Guiragossian, Yaacoub Chedraoui, Raymond Gebara, Jawad el-Assadi et bien d'autres...»
Détenteur du Prix des intellectuels de Jérusalem, auteur depuis 1990 de plus de sept ouvrages entre essais, critiques et poésie, porteur d'un passeport palestinien d'honneur, infatigable voyageur dans le monde arabe, Zahi Wehbé a un amour fou pour Beyrouth «l'incomparable»: «J'habite les cafés de Hamra et j'aime Beyrouth pour ses contrastes. C'est une atmosphère unique qui mélange liberté et dictature, modernité et fondamentalisme, tendresse et cruauté, ouverture et isolement. Comment ne pas aimer cette ville, elle qui m'a donné une place au soleil ? De toutes mes interviews, de Rafic Hariri et Hassan Nasrallah à Élie Saab, Nelly, Nancy Ajram, Fifi Abdo, en passant par Mahmoud Darwich, Saïd Akl, Yousra, Tahia Carioca, Adel Iman, Faten Hamama et tant d'autres, j'ai été surtout marqué par Saadallah Wannous, premier invité de mes émissions télévisées. Il avait le cancer et il m'a appris le triomphe sur la maladie, lui qui a écrit le meilleur de sa dramaturgie à la période la plus sombre de sa vie...»
Féru des écrits de Mahmoud Darwich, Ounsi el-Hajj, Mohammad el-Maghout, Nizar Kabbani (au temps de l'adolescence, précise-t-il), mais aussi Apollinaire, Prévert, Aragon, Lautréamont, Mallarmé et Tzara (toujours en version arabe), l'homme d'information, dont les poèmes sont actuellement traduits en français par Vénus Khoury-Ghata et Issa Makhlouf, cède à un denier aveu: «Si je n'étais pas poète, je serais mort de frustration et d'ennui. La feuille blanche est la meilleure invention...»

* Zahi Wehbé signera son dernier recueil demain,  jeudi 17 décembre, de 17h00 à 21h00, au stand Dar al-Ouloum al-Arabia du Salon du livre arabe au BIEL.
Du journalisme écrit aux caméras du petit écran, pour Zahi Wehbé (récemment Prix des journées de théâtre de Carthage), avec ses mille cinq cents interviews s'étendant sur près d'un quart de siècle, scannant tous les remous et dessous de l'univers artistique et parfois politique arabe, la priorité et la prééminence restent en définitive pour la poésie...Rencontre donc non seulement avec un professionnel de l'information écrite et audiovisuelle, mais avec un poète. Un poète non écorché vif, mais fin lettré, empreint d'humanisme, absolument à l'écoute de tous les bruits de la planète, et surtout du monde arabe et du cœur...Cheveux noirs, regard rêveur, mais...
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