La demande de Dubai World d'un moratoire sur le paiement d'obligations islamiques (soukouks) pourrait nuire à la finance islamique, les investisseurs ayant ignoré les problèmes inhérents à sa structure trop proche du capitalisme occidental, estiment des analystes.
"Par de nombreux côtés, ceci a été une crise extraordinaire, mais c'est la première pour l'industrie embryonnaire des soukouks", explique Khalid Howladar, du service Investissements de l'agence de notation Moody's.
"C'est un coup de semonce pour que la finance islamique se concentre davantage sur les questions morales et éthiques qu'elle a trop longtemps ignorées", renchérit Habib Ahmed, professeur à l'Université de Durham en Grande-Bretagne.
La charia (loi islamique) interdit l'usure et donc le paiement d'intérêts. Les investisseurs se partagent alors les actifs d'une société et, dans le cas d'un promoteur immobilier, l'émetteur de soukouks paie un loyer avant de rembourser le prêt lorsqu'il arrive à maturité.
Théoriquement, la loi islamique sur les transactions financières induit une stabilité, souligne Habib Ahmed, qui enseigne les finances et la loi islamiques.
"L'interdiction des intérêts et d'autres clauses empêchent les investisseurs islamiques d'investir dans des obligations conventionnelles ou des produits dérivés" qui ont causé la récente crise financière, dit à l'AFP M. Ahmed.
"Jusqu'ici, les spécialistes du secteur assuraient que la finance islamique n'était pas affectée directement par les subprimes, mais l'affaire Nakheel montre les mêmes problèmes d'investissement hasardeux", ajoute-t-il.
Dubaï a investi dans les projets de construction à caractère spéculatif, et la baisse de 50% de la valeur de l'immobilier dans l'émirat fait que toute finance liée à ce secteur a un problème, qu'il soit soumis aux règles occidentales ou islamiques.
"C'est l'une des critiques des produits islamiques: au lieu de refléter l'esprit et la substance de l'islam, ils ont la même structure que les obligations conventionnelles", ce qui signifie que le risque est pris par l'émetteur plutôt que partagé par les investisseurs, précise l'universitaire.
Khalid Howladar partage son opinion. Les restructurations, annoncées par Dubai World, sont habituelles sur les marchés mondiaux, mais "la nature opaque et immature" de Dubaï et l'absence de précédent "ne fait rien pour réconforter les investisseurs étrangers", dit-il.
La crise, prédit-il, "sera un test important pour les droits des investisseurs, vu la taille et la complexité" de Dubai World. Elle aura également "un effet significatif sur le futur marché des soukouks", ajoute-t-il.
Selon un responsable financier qui préfère rester anonyme car sa société est bien implantée dans la région, les agences de notation ont évalué les soukouks sur la crédibilité de l'émetteur.
"Personne ne croit que les investisseurs de soukouks saisiront les actifs" des sociétés émettrices à Dubaï et dans les pays régis par la loi islamique car le système judiciaire y est "sous-développé", estime-t-il.
Le Centre financier international de Dubaï, un quartier d'affaire ouvert en 2004 pour faire la ville-émirat une centre financier de classe mondiale, utilise ainsi la loi britannique en raison du manque de précision de la charia, souligne à l'AFP ce responsable.
Neil Mackinnon, membre de VTB Capital, se dit optimiste sur l'avenir de la finance islamique. "Dubai reflète le problème plus général associé à la crise du crédit" qui a frappé les Etats-Unis et le Royaume Uni, explique-t-il.
"L'argent bon marché, des dettes et l'attente de prix toujours à la hausse dans l'immobilier génèrent des +flux d'argent spéculatif+ qui s'inversent de manière spectaculaire quand la bulle explose", explique-t-il.
"Par de nombreux côtés, ceci a été une crise extraordinaire, mais c'est la première pour l'industrie embryonnaire des soukouks", explique Khalid Howladar, du service Investissements de l'agence de notation Moody's.
"C'est un coup de semonce pour que la finance islamique se concentre davantage sur les questions morales et éthiques qu'elle a trop longtemps ignorées", renchérit Habib Ahmed, professeur à l'Université de Durham en Grande-Bretagne.
La charia (loi islamique)...


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