La classe politique française a vivement réagi lundi à l'interdiction des minarets votée dimanche en Suisse, se démarquant promptement d'une décision jugée intolérante, mais suscitant aussi un certain malaise en France, en plein débat sur l'identité nationale.
Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s'est déclaré lundi "un peu scandalisé" par le vote suisse, qui est selon lui "une expression d'intolérance" et le signe "qu'on opprime une religion".
La construction de minarets "n'est pas grand chose. Est-ce que c'est une offense dans un pays de montagnes qu'il y ait une construction un peu plus élevée?", a demandé le ministre, souhaitant que les Suisses reviennent "assez vite" sur cette décision.
Les Suisses ont voté lors d'un référendum dimanche à une large majorité de 57,5% l'interdiction des minarets à l'appel de la droite populiste, qui dénonce un "symbole politico-religieux".
Dans leur ensemble, les dirigeants des grands partis républicains français se sont démarqués de ce vote, au contraire de certains ténors de droite qui se sont montrés plus évasifs ou prudents, et de l'extrême droite, qui s'est franchement réjouie.
"Est-ce que la question nous est posée en France concernant les minarets? Bien sûr que non", a ainsi déclaré le chef du parti du président français Nicolas Sarkozy (UMP), Xavier Bertrand.
Pour lui, le "sujet qui est posé en Suisse (...) n'a rien à voir avec la question de la burqa qu'il faut aujourd'hui clairement interdire en France".
Le port du voile islamique intégral, le niqab ou la burqa, fait actuellement l'objet d'un vif débat en France, pays qui compte environ 5 millions de musulmans, soit la communauté la plus nombreuse d'Europe. Une mission d'information parlementaire a été constituée pour étudier la question de son interdiction.
Quant au ministre de l'Immigration, Eric Besson, il a mis en garde contre une "stigmatisation" de l'islam en France, tout en estimant que le débat sur la construction de minarets relevait "de l'urbanisme".
Le porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, s'est démarqué de la tonalité générale, en disant n'être "pas sûr" de la nécessité de construire des minarets en France.
"Il y a évidemment des clochers sur les églises, mais c'est un héritage historique", a souligné M. Paillé, en opérant une distinction entre les "religions qui étaient là avant l'avénement de la République" et "celles qui sont arrivées après".
De son côté, le porte-parole du parti socialiste (opposition), Benoît Hamon a dénoncé une "inquiétante" décision helvétique et aussitôt accusé le président Sarkozy d'introduire le même type de questions en France avec le grand débat sur l'identité nationale, lancé début novembre.
Il a estimé que ce débat national contribuait à faire de "l'étranger ou de l'immigré un bouc-émissaire" et déploré que "le président de la République se livre à ce type de stigmatisation à l'égard des étrangers et des immigrés en associant identité nationale et immigration".
Seule l'extrême droite s'est clairement réjouie du résultat du référendum en Suisse.
Dès dimanche soir, la vice-présidente du Front National, Marine Le Pen, a appelé les "élites" françaises, comme suisses, à "cesser de nier les aspirations et les craintes des peuples européens qui, sans s'opposer à la liberté religieuse, rejettent les signes ostentatoires que veulent imposer des groupes politico-religieux musulmans".
La responsable de l'extrême droite a appelé "les Français qui n'ont pas la chance de pouvoir s'exprimer par référendum à le faire, massivement, lors des élections régionales de mars prochain" en France.
Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s'est déclaré lundi "un peu scandalisé" par le vote suisse, qui est selon lui "une expression d'intolérance" et le signe "qu'on opprime une religion".
La construction de minarets "n'est pas grand chose. Est-ce que c'est une offense dans un pays de montagnes qu'il y ait une construction un peu plus élevée?", a demandé le ministre, souhaitant que les Suisses reviennent "assez vite" sur cette...

