Les 41es Assises de l’UPF ont été ouvertes à Yaoundé en présence de hauts responsables du gouvernement camerounais et de près de 200 journalistes venus du monde entier.Photo Arnaud Danloux-Dumesnils
De son côté, Alfred Dan Moussa, président de l'UPF, a souligné dans son allocution que « les citoyens de toutes les catégories socioprofessionnelles deviennent, chaque jour davantage, des producteurs d'information, à la différence que le journaliste s'impose la vérification des sources, la sélection et le traitement de l'information ». « Si l'Internet peut devenir une seconde chance pour les médias traditionnels, il peut aussi être source de déclin des journaux, radios et télévisions, et peut également devenir un lieu de déperdition du public », a-t-il encore affirmé.
Le concept de « personal branding »
Internet change-t-il donc la donne ? Pour Yves Agnès, ancien directeur au journal Le Monde, la réponse ne fait pas de doute : « Les journalistes et les éditeurs de médias doivent tenir compte d'une nouvelle donne, qu'Internet a considérablement renforcée : on est obligé de prendre en considération ce phénomène de bain d'information permanent, en particulier avec les radios et les télés d'information continue. » « Mais la partie n'est pas perdue, a affirmé M. Agnès devant près de 200 professionnels des médias du monde entier réunis à Yaoundé. La montée en puissance d'Internet est peut-être le catalyseur qu'il nous fallait pour redresser durablement la situation. »
Aujourd'hui, nombreux sont les médias qui se sont adaptés aux nouvelles technologies d'information. Aux États-Unis, la chaîne de télévision CNN a été parmi les premières à exploiter le phénomène de « citoyen-journaliste » en lançant il y a trois ans l'émission I-Report. L'idée est née à la suite du tsunami meurtrier qui a ravagé l'Indonésie le 26 décembre 2006. Les premières images du drame retransmises à la télévision étaient celles prises par des amateurs présents sur place et non pas par des professionnels.
Plus récemment, en Iran, les journalistes ont été interdits de couvrir les manifestations des réformateurs survenues après l'élection présidentielle controversée de juin 2009. Les mouvements d'opposition ont eu recours à des services de communication en ligne, tels que Twitter, Youtube ou Facebook, pour la diffusion de certaines informations.
« La révolution technologique a fait tomber de son piédestal le journaliste qui prétendait avoir le monopole de l'opinion et de l'information », a expliqué pour sa part Ibrahim Koné, ancien directeur général de la chaîne nationale ivoirienne. « La liberté d'un journal, a-t-il rappelé, c'est la fidélité de ses lecteurs. Et la valeur de ses informations, c'est la qualité de ses journalistes. » Il cite en exemple les États-Unis où le concept de « personal branding » gagne de plus en plus de terrain dans l'opinion publique. Ainsi, des journalistes renommés du New York Times ou du Washington Post pourraient devenir des « marques », grâce à Internet.
Le besoin d'une régulation
La nécessité de la création d'un système de régulation des médias en ligne a fait l'objet d'un long débat parmi les participants au colloque de l'UPF. Qui peut juger ? Peut-on sanctionner ? Pour Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, « un encadrement législatif et réglementaire est sans doute envisageable, voire indispensable ». « Les difficultés rencontrées en France pour réglementer le téléchargement des œuvres sur la Toile montrent néanmoins les limites de cette action dans le cadre juridique », a-t-il souligné. Dans un message adressé aux participants des 41es Assises, il a affirmé qu'un « ordre moral ne saurait être établi sur la Toile, mais il convient de développer une éthique dans la pratique de ces nouveaux médias ». « Le respect de l'expression de chacun passe par cette exigence, a-t-il déclaré. Et c'est bien là le sens de l'engagement qui est celui de la francophonie, depuis l'origine, en faveur de la protection et de la promotion de la diversité culturelle. »
L'UPF, par la voix de son président, précise qu'elle ne revendique pas le droit, pour les journalistes, d'être au-dessus des lois. « Jamais l'UPF ne revendiquera le droit, pour les professionnels de l'information, d'être des intouchables, a affirmé M. Dan Moussa. Mais nous préférons les sanctions raisonnables et nous continuons de nous battre pour la suppression de la peine privative de liberté. »
À l'issue de ses travaux, l'Union internationale de la presse francophone a adopté une résolution demandant « la levée des interdictions arbitraires de parution, d'émission et de vente qui frappent certains médias », notamment au Gabon (voir encadré). L'UPF a également appelé à « renforcer » et « vivifier » les organes d'autorégulation dans les pays où ils existent et d'en créer là où ils font défaut.
Le 29 octobre, la France a réformé son système juridique de la presse, afin de reconnaître les services de presse en ligne. Les entreprises concernées pourront désormais bénéficier du régime fiscal des entreprises de presse et permettre aux membres de la rédaction d'être reconnus comme journalistes. Plusieurs responsables de sites de presse en ligne ont par ailleurs annoncé la création du premier « Syndicat de la presse indépendante en ligne ». Pour Yves Agnès, la France doit servir d'exemple dans ce domaine. « Les médias professionnels doivent être perçus comme un label de sérieux car il est le seul capable de jouer efficacement le rôle de carburant dans le moteur de la démocratie, a-t-il insisté. Aux journalistes et aux éditeurs de saisir cette chance, au risque, sinon, de disparaître. »

