Le capitalisme familial à l'italienne a servi de bouclier anticrise à de nombreuses marques de luxe, restées pour leur grande majorité sourdes aux sirènes de la Bourse, selon des professionnels du secteur.
« Le point fort du luxe italien, c'est le modèle de gouvernance, le fait d'avoir des entreprises familiales comme Tod's, Ermenegildo Zegna, Giorgio Armani qui ont une vision à long terme », souligne Stefania Saviolo, professeur d'économie spécialisée en mode et luxe à l'université Bocconi de Milan.
« Leur parcours de croissance a été équilibré, ils n'ont pas fait trop d'acquisitions, sont restés souvent loin de la Bourse afin de maintenir le contrôle », ajoute-t-elle à l'AFP.
Furla, célèbre pour ses sacs à main, est un des exemples de ces entreprises familiales qui dominent le secteur du luxe.
« Notre famille a toujours réinvesti tous ses profits. C'est la base sur laquelle nous nous sommes développés. Et, grâce à cela, nous avons la chance d'affronter la crise sans dette à l'égard des banques », raconte Giovanna Furlanetto, présidente de la société fondée par son père en 1927, au siège de l'entreprise près de Bologne (Nord).
L'entreprise familiale est en effet une histoire de valeurs.
« Mon père m'a appris l'humilité, le respect, à ne pas être arrogante, des valeurs un peu calvinistes peut-être », sourit Giovanna Furlanetto.
En mars, alors que la plupart des entreprises lançaient des plans de réduction des coûts, le groupe Tod's, célèbre pour ses mocassins à picots, annonçait le versement d'une prime de 1 400 euros à tous ses ouvriers.
« Dans les moments difficiles, l'entreprise familiale a des avantages : les membres de la famille font preuve de passion et se serrent la ceinture, travaillant pour rien pendant des mois », note Armando Branchini, secrétaire général de la fondation Altagamma, qui réunit les grands noms du luxe italien.
« Il y a un adage que beaucoup de ces familles suivent : "entreprise riche, famille pauvre". Lorsque cela va bien, l'entreprise donne à la famille, mais lors des crises, c'est la famille qui doit rendre à l'entreprise », dit-il.
Les chiffres montrent que ces entreprises ont bien résisté à la crise.
Les ventes de Furla ont progressé de 5 % à 157 millions d'euros en 2008 et cette année le groupe s'attend à une stabilité.
Ermenegildo Zegna a vu de son côté son chiffre d'affaires augmenter de 3 % à 870,6 millions d'euros l'an dernier, tandis que Tod's a connu une hausse d'environ 3 % de son chiffre d'affaires et de son bénéfice au premier semestre.
La Bourse, Giovanna Furlanetto la regarde avec méfiance. Même si certaines sociétés à la gestion réputée vertueuse comme Tod's y ont mis un pied ou y ont pensé comme Prada.
« Trop souvent, cela a été le moyen pour les familles de monétiser la valeur de leur entreprise pour la placer ailleurs, comme par exemple dans un yacht de soixante mètres », ironise-t-elle.
Mathieu GORSE

