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Culture - Vient De Paraître

« Erevan » de Gilbert Sinoué, ou la force de survivre

À travers une fiction, tirée du cœur même de l'histoire tragique des Arméniens, Gilbert Sinoué écrit un roman poignant intitulé en toute simplicité « Erevan » (Flammarion, 348 pages). Entre archives et chroniques des jours sombres et un témoignage insoutenable, voilà la vie de ceux qui sont morts et de ceux qui sont restés vivants...

Le problème arménien reste entier avec une diaspora qui s'est agrandie, fait florès dans le commerce, l'industrie et les arts et s'est imposée, en toute dignité, aux quatre coins de la planète. Depuis 1915, la fatidique date d'un génocide froidement orchestré, les Arméniens rescapés ont témoigné et dit l'amère vérité.
Essais, précis historiques, pamphlets, dénonciations et romans ont nourri cet épineux et douloureux dossier où la vie humaine n'a pas pesé lourd sur les consciences sourdes à toute fraternité et mansuétude. Où sont les droits des vivants ? Où sont donc les creux slogans d'assistance à personnes en danger de mort ?
Allez donc savoir ! La folie et la tyrannie des hommes ont quelque chose d'absolument inconcevable et l'histoire, odieuse et incorrigible lady Macbeth éternellement hantée par son crime, a de ces honteuses et indélébiles taches de sang sur les mains...
Aujourd'hui, un historien romancier, Gilbert Sinoué, se penche sur le cas arménien et en tire une fiction aussi troublante que l'indescriptible réalité qu'il reconstruit avec un réalisme implacable, sans tomber toutefois dans le pathos ou les effets faciles.
Auteur à succès d'une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs récompensés de prix et chaleureusement accueillis aussi bien par la presse que par le public, Gilbert Sinoué est le signataire, entre autres opus, du Livre de Saphir (prix des Librairies) et de L'enfant de Bruges.
En devanture des librairies, son dernier ouvrage, Erevan, jette une lumière crue, un indubitable sens de l'équité et un ton incontestablement touché par le besoin de transparence du génocide arménien.
Avec des mots simples, un sens aigu des détails historiques, un ton juste et sans emphase, quelques touches de poésie et voilà qu'on accède à un peu de lumière dans des scènes d'horreur, tracées en lignes tout en deuil, de cette funeste terreur qui s'est abattue sur Erzerum... Vingt mille Arméniens (dont il ne restera que 22) sont jetés sur les routes de l'exode... À travers la famille Tomassian, ressuscitent les pages les plus terribles de l'histoire d'un peuple qui a connu la plus noire des adversités.
Dans cette fiction marquée par la violence et le sang, la mort et les massacres, pour cerner les méandres de la vie de ces déportés, torturés, assassinés, on emprunte volontiers cette belle phrase de William Saroyan (qui ne se souvient pas de son livre Mon nom est Aram ? ) d'ailleurs inscrite au recto de la couverture de l'ouvrage : « Je voudrais voir quelle force au monde peut détruire cette race, cette petite tribu de gens sans importance dont l'histoire est terminée, dont les guerres ont été perdues, dont les structures se sont écroulées, dont la littérature n'est plus lue, la musique n'est pas écoutée, et dont les prières ne sont pas exaucées. Allez-y, détruisez l'Arménie ! Voyez si vous pouvez le faire. Envoyez-les dans le désert. Laissez-les sans pain ni eau. Brûlez leurs maisons et leurs églises. Voyez alors s'ils ne riront pas de nouveau, voyez s'ils ne chanteront ni ne prieront de nouveau. Car il suffirait que deux d'entre eux se rencontrent, n'importe où dans le monde, pour qu'ils créent une nouvelle Arménie. »
Images fortes pour tracer les souffrances d'un peuple, mais aussi sa force indestructible pour renaître de ses cendres. Gilbert Sinoué ne craint guère de fouiller, en historien méticuleux, dans les tristes archives de l'histoire...
Pour la famille Tomassian, de l'aîné Hovanès à son frère Achod en passant par les enfants, Chouchane et Aram (12 et 14 ans), la tragédie sera immense et les bouleversements horribles. Tous seront pris dans un tourbillon d'horreurs, dans un engrenage les prenant en tenaille « là où sommeillent les grandes douleurs » ...
Une famille tirée de l'imaginaire de l'auteur, mais puisant ses racines des pages les plus ensanglantées de l'histoire.
« Dieu est devenu fou » est le cri désespéré de ces êtres dont le destin est la déportation et la mort. C'est avec le respect pour les absents que ce livre doit être lu, mais aussi l'espoir que de telles tragédies n'effleurent plus jamais tous les hommes de bonne volonté...
À travers une fiction, tirée du cœur même de l'histoire tragique des Arméniens, Gilbert Sinoué écrit un roman poignant intitulé en toute simplicité « Erevan » (Flammarion, 348 pages). Entre archives et chroniques des jours sombres et un témoignage insoutenable, voilà la vie de ceux qui sont morts et de ceux qui sont restés vivants... Le problème arménien reste entier avec une diaspora qui s'est agrandie, fait florès dans le commerce, l'industrie et les arts et s'est imposée, en toute dignité, aux quatre coins de la planète. Depuis 1915, la fatidique date d'un génocide froidement orchestré, les Arméniens rescapés ont témoigné et dit l'amère...
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