Cette algue rouge (Asparagopsis armata) aux rameaux dotés d'épines recourbées, originaire de l'hémisphère sud, a récemment colonisé les eaux de l'hémisphère nord, en arrivant accrochée aux coques des bateaux.
Implantée dans une ancienne caserne disciplinaire des troupes coloniales, à l'entrée du bourg de Ouessant, l'entreprise Algues et mer (cinq personnes aujourd'hui) l'exploite depuis 2007 pour en extraire une substance bactéricide et fongicide baptisée Ysaline.
Ce produit naturel a trouvé rapidement des débouchés dans la cosmétologie où ses caractéristiques antiseptiques sont appréciées pour la conservation des crèmes. Une fois ouvert, la durée de vie d'un pot peut dépasser deux mois malgré un contact quotidien avec les doigts.
La matière première est cultivée par bouturage dans deux parcs sur 5,8 hectares dans la baie de Lampaul.
« Le harpon de Neptune se trouve à l'état naturel dans les eaux côtières de l'île, mais en quantité insuffisante pour être directement récolté sur l'estran », explique Guy Potier, 46 ans, vétérinaire de formation qui dirige Algues et mer avec un associé chargé de la commercialisation à Paris.
Des filières de plusieurs dizaines de mètres de long sont ensemencées en octobre. L'algue se développe en hiver dans les eaux brassées de la baie et donne « 5 tonnes en deux ou trois récoltes à partir de février », explique Guy Potier.
Loin de la crise et malgré son éloignement du continent (20 km), Algues et mer a réalisé un chiffre d'affaires de 480 000 euros en 2008 et vise les 2 millions d'euros à court terme ainsi que le doublement des effectifs à dix employés.
La PME fabrique également à partir d'algues des produits qui entrent dans la composition d'un médicament de contrôle du poids, d'un autre anti-inflammatoire et d'un produit hydratant.
Ouessant, « la région la plus riche du monde en macro-algues avec 300 espèces », selon Guy Potier, offre un vaste champ d'expérimentation à Algues et mer qui est sur la piste - avec l'Université de Rennes - d'un nouveau produit d'odontologie extrait, cette fois, d'une algue brune.
L'île, peuplée de quelque 3 000 habitants avant la Première Guerre mondiale, ne compte plus que 850 habitants. Sa principale source de revenus est le tourisme avec ses 4 hôtels-restaurants et une dizaine de gîtes ou chambres d'hôtes.
« Tout ce qui peut diversifier l'activité est essentiel », affirme Denis Palluel, le maire d'Ouessant, en rappelant que l'île accueille jusqu'à 120 000 visiteurs par an.
La municipalité a donc investi « 500 000 euros dans la réhabilitation de ces locaux loués à Algues et mer », explique-t-il.
« En dehors des deux derniers pêcheurs professionnels, Algues et mer est la seule entreprise d'Ouessant à valoriser les produits de la mer », souligne-t-il.

