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Ahmadinejad, président controversé - Analyse

Une crise politique profonde se profile en Iran

La réélection du président Mahmoud Ahmadinejad n'aura pas, selon les observateurs, d'impact considérable sur le plan politique international. Les résultats du scrutin de vendredi laissent en revanche présager d'un climat de plus en plus tendu au sein même du régime des mollahs.
Les élections en Iran sont célèbres pour leur « imprévisibilité ». La présidentielle 2009 n'aura pas fait exception. Plus surprenant encore que la très large victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad est la violente contestation populaire qui a éclaté samedi à l'annonce des résultats. Les manifestants accusent le président sortant de se maintenir au pouvoir grâce à la fraude et d'avoir « volé » la victoire à son rival réformiste, Mir Hossein Moussavi. Les troubles qui ont eu lieu ces deux derniers jours à Téhéran sont les plus graves depuis les émeutes estudiantines de 1999.
L'autre fait marquant de cette élection aura été la prise de position du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, en faveur de M. Ahmadinejad. « ll vaut mieux choisir quelqu'un qui comprend les problèmes des gens, qui vient du peuple », avait dit le numéro un du régime islamique, un mois exactement avant le scrutin. Un vocabulaire et des formules bien connus des Iraniens, puisqu'ils sont généralement employés par Mahmoud Ahmadinejad lui-même. En 2005, ce dernier avait fait campagne en mettant en avant ses origines modestes et en promettant de « mettre les revenus du pétrole sur la table de tous les Iraniens ». Samedi, après l'annonce de la victoire de son poulain, l'ayatollah Khamenei n'a pas hésité à parler de « vraie fête ».
« Le soutien à peine voilé du guide suprême à Ahmadinejad est vraiment atypique car son rôle est aussi d'incarner un certain consensus, explique à L'Orient-Le Jour Karim Bitar, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Mais pour ce spécialiste du Moyen-Orient, la relation privilégiée entre l'ayatollah Khamenei et Mahmoud Ahmadinejad date d'avant même l'élection de ce dernier au poste de maire de Téhéran. « Pour le guide suprême, le président sortant représente une garantie de fidélité à la ligne politique révolutionnaire de 1979, estime M. Bitar. Son soutien est donc un moyen de protéger le régime islamique contre ses adversaires, notamment les élites soutenues par les Occidentaux qui souhaitent le déclenchement d'une sorte de "révolution de velours" dans le pays. »
Pour Karim Pakzad, également chercheur à l'IRIS, « la présidentielle de 2009 va considérablement marquer l'équipe dirigeante en Iran car elle a souligné la gravité des dissensions au sein même du régime islamique ». « Ahmadinejad est apparu comme étant le candidat officiel du guide suprême et non pas celui de l'ensemble du clergé qui, en grande partie, a soutenu son rival Moussavi », explique M. Pakzad. Les dignitaires du clergé chiite sont clairement divisés dans leur soutien à M. Ahmadinejad depuis son élection à la présidence en 2005. Samedi, le candidat malheureux Moussavi a d'ailleurs mis en cause le haut clergé chiite pour son « silence » qui « sera plus dommageable qu'une manipulation des votes ».
Par ailleurs, les dissensions sont visibles au sein même des conservateurs. Quelques jours avant le scrutin, le groupe parlementaire conservateur au Parlement avait affiché ses divisions sur l'opportunité de soutenir le président sortant. Ainsi, sur 170 membres du groupe, 80 avaient voté en sa faveur et 75 contre.

Une contestation limitée
« L'ayatollah Khamenei doit tirer une conclusion importante de ce scrutin : les grandes villes, dont la capitale, ont voté pour Moussavi, ce qui démontre un positionnement clair chez une grande partie de la population en faveur des réformes, souligne M. Bitar. Le guide suprême pourrait ainsi infléchir ses positions et sa politique afin de calmer la grogne populaire suscitée par les résultats du vote », poursuit-il.
M. Pakzad, de son côté, estime que cette « contestation sera limitée aux manifestations et ne se transformera pas en confrontation violente entre la population et le régime ». « Premièrement, explique le chercheur, les Iraniens ne souhaitent pas engager avec les autorités une épreuve de force révolutionnaire similaire à la révolution islamique de 1979. Deuxièmement, le régime des mollahs est assez solide en Iran, car il est basé sur un appareil de répression idéologique extrêmement puissant, tel que les pasdaran. » Hier, des centaines de réformistes, proches de Moussavi, ont été arrêtés après des affrontements avec la police à Téhéran et à Ispahan. Le jour de l'élection, les autorités ont également appliqué des tactiques destinées à museler les voix libérales, coupant les messageries personnelles et bloquant les sites Internet favorables à Moussavi.
« La réélection d'Ahmadinejad et les divisions au sein du pouvoir laissent présager qu'une crise profonde se profile dans la République islamique », estime encore M. Pakzad. « Une chose est sûre, la crise aujourd'hui est au niveau de la légitimité du régime », déclare de son côté M. Bitar.

Khamenei, le « vrai décideur »
Si la réélection d'Ahmadinejad devrait avoir un impact sur la scène intérieure, qu'en sera-t-il de ses conséquences au niveau des relations de l'Iran avec la communauté internationale ? Jusqu'à présent, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Union européenne se sont contentés de « prendre note des résultats tels qu'annoncés », tout en affichant leur préoccupation au sujet « d'irrégularités présumées ».
Plusieurs dossiers « chauds » opposent l'Iran aux Occidentaux, comme le programme nucléaire controversé. Sur ce plan, les experts estiment que la réélection de l'ultraconservateur Ahmadinejad n'affectera pas nécessairement les négociations, dans l'impasse depuis près de trois ans. « La tension est énorme sur ce dossier, indique M. Pakzad, mais on s'attend à ce que l'Iran assouplisse sa position, surtout avec l'ouverture démontrée par le président américain Barack Obama. »
Pour sa part, M. Bitar note que la position iranienne sur le dossier nucléaire n'aurait pas considérablement changé en cas de défaite du président sortant. « Les divergences entre les différents candidats présidentiels sont sur la forme et non sur le fond, estime-t-il. Les réformateurs et les conservateurs modérés sont tous en faveur de l'enrichissement de l'uranium, mais ce qu'ils contestent est l'attitude provocatrice d'Ahmadinejad qui, selon eux, a affaibli le pays. » « Par ailleurs, ajoute M. Bitar, les Iraniens savent que les États-Unis ont besoin de leur aide dans plusieurs dossiers, dont l'Irak, l'Afghanistan et le Pakistan. Mais, poursuit-il, le point de litige au sein du régime est de savoir comment négocier et quelle attitude adopter. »
En réalité, le président iranien n'exerce qu'une influence très limitée sur la politique étrangère du pays. Cela est particulièrement vrai pour le programme nucléaire, qui vaut à l'Iran plusieurs résolutions onusiennes et des sanctions du Conseil de sécurité. Dans un récent rapport du Carnegie Endowment for International Peace, le politologue iranien Karim Sadjadpour affirmait que le président Ahmadinejad a « étendu l'influence de son poste dans son premier mandat, mais il n'est que le deuxième personnage le plus puissant de l'État ». Le vrai « décideur » du régime est le guide suprême, dont la Constitution stipule qu'il « définit les politiques générales du pays ». Ainsi, le président Mohammad Khatami avait été incapable, par exemple, d'empêcher la répression du mouvement estudiantin de 1999 ou la fermeture massive de journaux par la justice. Même chose en ce qui concerne le rétablissement des relations avec les États-Unis. M. Sadjadpour rappelle dans son rapport que le guide suprême avait « résisté » avec succès au souhait du président Akbar Hachémi Rafsandjani (1989-1997) « d'atteindre un modus vivendi avec Washington »; Dans le cadre de la présidentielle 2009, alors que Mir Hossein Moussavi, soutenu par Khatami, avait dit son intention de réviser « toutes les lois considérées comme discriminatoires et injustes à l'égard des femmes », le réformateur Mehdi Karoubi, un des quatre candidats, avait reconnu que ce dossier « ne relève pas de (son) domaine », mais de celui de l'ayatollah Khamenei.

Les risques d'une frappe contre Téhéran
Aujourd'hui, après la reconduction d'Ahmadinejad au pouvoir, la question reste de savoir quelle sera la réponse de l'Iran à l'offre des « Six » sur le dossier nucléaire. Selon les experts, en cas d'un échec des négociations à moyen terme, une attaque israélienne n'est pas à exclure. « Mais l'option militaire n'est pas encore sur la table, affirme M. Pakzad. Les Israéliens sont clairement désireux de mener une attaque aérienne contre les installations nucléaires iraniennes, mais se retiennent jusque-là par peur des répercussions régionales d'une telle action. » L'expert des affaires iraniennes rappelle que la République islamique « possède des moyens de nuisance énormes dans la région, notamment à travers le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza ». « C'est là toute la force de dissuasion iranienne », ajoute-t-il.
Pour Karim Bitar, « les Israéliens se sont réjouis de la victoire d'Ahmadinejad qui fait figure d'épouvantail en Occident ». « Sa réélection va servir Israël pour la remobilisation de Washington contre Téhéran, perçu comme une grande menace pour l'existence de l'État hébreu. Mais, poursuit-il, je crois que les acteurs internationaux sont suffisamment conscients des grands dangers qui pourraient résulter d'une frappe militaire contre l'Iran. Personne n'est prêt à jouer avec le feu. »
Les élections en Iran sont célèbres pour leur « imprévisibilité ». La présidentielle 2009 n'aura pas fait exception. Plus surprenant encore que la très large victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad est la violente contestation populaire qui a éclaté samedi à l'annonce des résultats. Les manifestants accusent le président sortant de se maintenir au pouvoir grâce à la fraude et d'avoir « volé » la victoire à son rival réformiste, Mir Hossein Moussavi. Les troubles qui ont eu lieu ces deux derniers jours à Téhéran sont les plus graves depuis les émeutes estudiantines de 1999. L'autre fait marquant de cette élection aura...