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La vallée de la Békaa, le "far west" du Liban

La mort de quatre soldats libanais imputée à des trafiquants de drogue a de nouveau braqué les projecteurs sur la plaine de la Békaa, où des dealers armés jusqu'aux dents sévissent au vu et au su de l'État, absent depuis des décennies de la région.

"Le Liban est parmi les rares pays où les trafiquants de drogue disposent d'un arsenal presque plus important que celui des forces de sécurité", affirme à l'AFP le colonel Adel Machmouchi, chef de la section de lutte contre la drogue.

"Ils ont des obus, des lance-roquettes RPG et des mortiers", indique-t-il.

Dans une région où le trafic de la drogue a fleuri pour devenir une véritable industrie pendant la guerre civile (1975-1990), une centaine de gros trafiquants poursuivis par la loi sont protégés par des clans puissants.

L'embuscade meurtrière de lundi avait d'ailleurs pris l'allure d'une vendetta, l'armée ayant tué fin mars un baron de la drogue appartenant à un important clan de la région et qui avait refusé de s'arrêter à un barrage. Il faisait l'objet de 172 mandats d'arrêt.

"Le trafic de drogue est répandu surtout chez les clans car leur structure sociale leur permet de se protéger les uns les autres", explique Fouad Khalil, professeur de sociologie à l'Université libanaise et auteur de l'ouvrage "Le clan, un substitut de l'État au sein des communautés locales".

"Ces clans, pour qui le port d'armes est une tradition, sont plus forts que l'État", souligne de son côté Massoud Younès, professeur d'anthropologie à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.

"Leur montée en puissance traduit la fragilité du système social et politique libanais qui privilégie l'appartenance confessionnelle, féodale ou clanique aux dépens de la loyauté envers l'État", dit-il.

Des soldats, des policiers et leurs familles ont été dans le passé la cible de menaces et même d'assassinats comme vengeance pour l'arrestation ou la mort d'un criminel.

"L'attaque de lundi est toutefois la plus audacieuse jamais commise par des trafiquants contre un symbole de l'État libanais", commente le colonel Machmouchi.

Les cultures illégales, en régression depuis 1996 sous la pression de Washington, profitent depuis trois ans de l'instabilité.

"Avec la crise politique qui a éclaté en 2006, les armes ont proliféré dans la région", indique l'officier.

La Békaa est un bastion du Hezbollah et la plupart des clans sont de cette confession.

Toutefois, le "parti de Dieu", classé comme terroriste par Washington, assure ne protéger aucun hors-la-loi et laisser les choses aux mains de l'armée.

"Le Hezbollah ne couvre personne et ne l'a jamais fait", a déclaré le numéro deux du mouvement, Naïm Kassem, à l'AFP cette semaine.

Le problème reste que cette région est rongée par la pauvreté, l'analphabétisme, l'absence d'infrastructures et d'investissements.

"La violence clanique est tout à fait condamnable, mais la Békaa, comme d'autres régions libanaises, est négligée par l'État depuis 60 ans et certains ont voulu "se débrouiller" par leurs propres moyens", dit M. Khalil.

"Les gros dealers sont devenus comme des "modèles" pour les jeunes de la région, souvent tentés par l'argent facile", explique le colonel Machmouchi.

"On nous tire dessus parfois durant l'éradication des cultures de haschich. Ils nous font sentir que nous détruisons leur gagne-pain", ajoute-t-il.

De 2006 en 2008, très peu de cultures ont été éradiquées en raison du contexte politique et sécuritaire. "Cette année, nous allons mettre les bouchées doubles", assure le militaire.

Pour beaucoup, la clé réside dans le développement durable. "Grâce à son temple romain de Baalbeck et sa richesse agricole, la Békaa a un potentiel inouï pour échapper aux griffes des hors-la-loi", estime le colonel.


"Le Liban est parmi les rares pays où les trafiquants de drogue disposent d'un arsenal presque plus important que celui des forces de sécurité", affirme à l'AFP le colonel Adel Machmouchi, chef de la section de lutte contre la drogue.
"Ils ont des obus, des lance-roquettes RPG et des mortiers", indique-t-il.
Dans une région où le trafic de la drogue a fleuri pour devenir une véritable industrie pendant la guerre civile (1975-1990), une centaine de gros trafiquants poursuivis par la loi sont protégés par des clans puissants.
L'embuscade meurtrière de lundi avait d'ailleurs pris l'allure d'une vendetta, l'armée ayant tué fin mars un baron de la drogue appartenant à un important clan de la région et qui avait refusé de s'arrêter...