Une dizaine de grands cartons jonchaient le sol. C'était, méli-mélo, le condensé d'une vie. Il m'a fallu du temps pour réaliser ce que cela représentait. » Jean-Pierre Goux-Pelletan venait de se débarrasser de ce qu'il avait de plus précieux. « Par la suite, affirme Boulos, je recevais un coup de fil de lui au cours duquel il insistait pour que ce legs soit utilisé à bon escient. »
« Il fallait faire vite et vider le contenu des caisses. » Branle-bas de combat. Une opération déballage venait de démarrer. Trier, ranger et classifier. Un travail ardu auquel l'équipe d'Aimée Boulos s'est attelée et c'est grâce à Nadim Tarazi, un autre passionné du livre, que la tâche a été plus facile », avoue-t-elle.
Des centaines d'ouvrages, de revues, de magazines, de rapports de ciné-clubs, d'écrits, d'articles pêle-mêle et qui évoquent l'amour, qu'avait cet homme aux yeux clairs, pour le 7e art. Mais également des photographies, et quelles photos ! Des clichés de stars, de scènes de films en noir et blanc comme on n'en verra jamais, poussiéreuses, défraîchies, mais à l'effet toujours aussi magique.
Un trésor inestimable qui représente le parcours d'une vie laborieuse et passionnante et qui comprend notamment des collections comme le Cinéma d'aujourd'hui (Du numéro 1 au 79) qui sont des monographies de grands réalisateurs internationaux ; des Que sais-je ? ; des ouvrages comme les Revues du cinéma (5 tomes) avec les éditions spéciales ; des revues comme les Cahiers du Cinéma (de 1955 à 2004), Écran, Première, Cinéma (26 au 209)», Ciné d'Orient (revue libanaise). Avant-scène, Empire, Positif, Studio, Télérama et Lumières du cinéma.
La passion d'une vie
JPGP. Une passion qui se résume dans ces quatre lettres qui n'ont pas toujours été au haut de l'affiche, car si cet homme bossait dur, il l'a toujours fait dans la discrétion et sans aucune recherche de gloire. « Son seul souci, dit Aimée Boulos, était de transmettre aux Libanais l'amour du cinéma et la lecture d'une œuvre cinématographique. »
Venu de France s'installer et se marier au Liban, Jean-Pierre Goux-Pelletan, devenu plus Libanais que les Libanais, a formé des générations de cinéphiles, collaboré à de nombreux quotidiens ou mensuels de langue française toujours pour la section cinéma. Qui ne se souvient de ses joutes verbales avec son confrère Samir Nasri à travers L'Orient-Le Jour auquel il a consacré le plus clair de ses écrits et critiques ? Et que dire du ciné-club fondé avec son ami Alain Plisson qu'ils célébraient aux « fervents » de la pellicule ? Ou, plus tard, les cours donnés à l'Iesav et dont les étudiants se souviendront toujours ?
Une collaboration doublée d'une amitié s'était instaurée entre lui et Aimée Boulos, qui réalise aujourd'hui ce que représente la responsabilité d'un tel héritage.
Comment exploiter tant de richesse ? « D'abord, répond-elle, cette bibliothèque nécessite d'être restaurée et archivée. Ensuite, en attendant de lui trouver un meilleur endroit, comme un musée de cinéma par exemple (n'a-t-on pas le droit de rêver ?), la Bibliothèque nationale, cette bibliothèque est prête à accueillir tous les jours (de 10 à 16 heures) les étudiants ou les professionnels du milieu qui ont besoin de faire des recherches approfondies.
Ce fonds représente le souvenir d'un Français qui a aimé le Liban et permis à des centaines de Libanais d'apprécier le cinéma. En compilant ces collections, on leur redonne vie pour en tirer le meilleur.
Reste à dire tout simplement : « Merci Goux. »

