Un général décapitant un stylo, un leader jetant à la foule le mot "démocratie" par poignées: une dizaine de caricaturistes arabes ont choisi de dénoncer la censure en exposant à Beyrouth des dessins interdits dans leurs pays.
Dans une salle de tribunal, des clous font office d'accusés. Devant eux, un énorme marteau, en guise de juge, s'apprête à lire la sentence.
Cette caricature, signée du Soudanais Hassan Hakem, n'a jamais été publiée, jugée "inappropriée" par les censeurs.
"Plutôt que de condamner la censure simplement à travers des communiqués, ces caricaturistes ont choisi de le faire d'une manière moins traditionnelle", à travers cette exposition, affirme à l'AFP Elias Khoury, président du Centre "SK Eyes" de défense des libertés médiatiques et culturelles affilié à la Fondation et qui a organisé l'événement.
Armand Homsi (Liban), Saad Hajo (Syrie), Amr Slim (Égypte), Khaled al-Hachémi (Bahreïn) ou Abdel Rahmane Yasser (Irak) se sont attirés plusieurs fois les foudres de leurs régimes pour leurs dessins.
"Nous avons étudié les moyens de contourner la censure et nous nous sommes engagés à tenter de faire publier dans un autre pays une caricature censurée dans son pays d'origine", indique M. Slim.
Il a rappelé que la censure dans le monde arabe n'était pas seulement le fait des autorités politiques.
"Il est impossible de publier des caricatures touchant à la religion en Égypte en raison des pressions exercées par les Frères musulmans", a-t-il dit, en référence à la confrérie islamique qui constitue le principal groupe d'opposition dans ce pays.
En 2006, des caricatures de Mahomet publiés par un journal danois et repris par des journaux européens avaient provoqué une vague de colère dans le monde arabo-musulman, où la religion demeure un sujet tabou.
Aucune caricature raillant ce sujet n'était d'ailleurs affichée dans l'exposition de Beyrouth.
Mais le défi majeur reste de pouvoir caricaturer les régimes totalitaires de la région et leurs méthodes peu orthodoxes, comme a pu en témoigner Saad Hajo.
Un homme cagoulé, qu'on devine être membre des services de renseignements, demande à son complice, dont la tête a la forme d'une bombe: "pourquoi tu l'assassines pas comme les autres"? en référence à un opposant du régime. Et le complice de répondre: "Chef, il (...) n'a pas de voiture, où voulez-vous que je pose la bombe? dans ses chaussures?".
M. Hajo publie parfois ses dessins dans des quotidiens au Liban, où la censure sévit moins que dans d'autres pays arabes, notamment pour les caricatures visant la classe politique.
Un des autres dessins censurés montre la carte de presse d'un journaliste avec une inscription en dessous: "Permis de lui tirer dessus, de tenter de l'assassiner, ou du moins de l'emprisonner".
"L'oppression dans le monde arabe ne menace pas uniquement la culture, mais détruit lentement nos sociétés, d'où la nécessité de telles initiatives", assure M. Khoury.
Censuré par Israël, le caricaturiste arabe-israélien Khalil abou Aarfa aurait lui aussi bien aimé se rendre à Beyrouth pour participer à l'exposition. Mai selon M. Khouri, Israël lui a interdit de quitter Jérusalem.
Un général décapitant un stylo, un leader jetant à la foule le mot "démocratie" par poignées: une dizaine de caricaturistes arabes ont choisi de dénoncer la censure en exposant à Beyrouth des dessins interdits dans leurs pays.
Dans une salle de tribunal, des clous font office d'accusés. Devant eux, un énorme marteau, en guise de juge, s'apprête à lire la sentence.
Cette caricature, signée du Soudanais Hassan Hakem, n'a jamais été publiée, jugée "inappropriée" par les censeurs.
"Plutôt que de condamner la censure simplement à travers des communiqués, ces caricaturistes ont choisi de le faire d'une manière moins traditionnelle", à travers cette exposition, affirme à l'AFP...

