Prenant le premier la parole, M. Najjar devait définir le mécénat comme « un acte philanthropique qui se traduit par une commande ou par le versement d'une aide financière à un organisme ou un particulier pour une ou des actions d'intérêt général... Et d'évoquer les chiffres que représente le mécénat en France, aux États-Unis comme dans les pays arabes où cet esprit se développe considérablement», dit-il.
« À l'heure où l'État libanais et le ministère de la Culture ne parviennent pas, faute de crédits nécessaires, à aider convenablement les artistes et à soutenir les projets culturels, le mécénat apparaît comme la planche de salut susceptible de sauvegarder et de développer notre culture », dit-il encore.
Pour Najjar, toujours, « le mécénat pose toutefois plusieurs problèmes dont, principalement, la tentation de se substituer à l'État et le manque de cohérence, de souffle et de visibilité...Le mécénat au Liban est insuffisant, faute d'incitations fiscales », précise-t-il encore.
À son tour, le Dr Shadi Karam insiste sur la nécessité de familiariser les mécènes avec la question culturelle et évoquer le besoin de s'ouvrir à de nouveaux champs culturels. Ainsi, le mécénat est une affaire complexe, a-t-il dit, parce qu'il touche à des problèmes économiques et éducatifs tout autant que psychologiques. Notre objectif principal est de familiariser les mécènes aux enjeux socio-économiques et culturels en insistant sur la nécessité de s'ouvrir sur de nouveaux champs culturels. Notre association s'occupe principalement de mécénat d'entreprises. Comme nous encourageons ces dernières à prendre des démarches de mécène.
D'un autre côté, le mécénat d'entreprises doit être compris comme un partenariat, non comme une collecte de fonds. Plus il est étroit et plus il y a un échange et une compréhension des objectifs réciproques. Plus l'opération qui se fertilise va se dérouler sur la durée. Jusqu'à présent, notre association a levé des fonds. Comme nous n'avons jamais le temps de répondre vite aux besoins d'un projet, il fallait constituer un trésor de guerre pour pouvoir répondre de façon rapide aux besoins. L'essentiel est l'argent évidemment. Il faut aussi un effort éducatif.
Le sponsoring
Et si ce tableau de chasse paraît maigre, le président de l'Association du mécénat libanais s'est empressé d'ajouter qu'une étude a été faite avec le British Council concernant des industries créatives et de mettre l'accent sur une motivation fiscale. « Un projet de loi bien élaboré dort encore dans les tiroirs. C'est ce texte qui donnera un second souffle au mécénat », conclut-il. Des projets qui, jusque-là, étaient inaboutis mais qui voient quand même leur concrétisation dans la réalisation de certains chantiers culturels intéressants, évoqués par la suite par Antoine Wakim et Liliane Tyan.
« Après de multiples recherches, j'ai compris que je faisais du sponsoring, avoue Antoine Wakim. Dans l'histoire de mon entreprise, nous avons fait en quinze ans beaucoup de sponsoring mais je peux citer de grandes réalisations, notamment Rachana, Help Lebanon et le Festival al-Bustan. » Et de poursuivre : « Pour une entreprise, le sponsoring est une obligation non un choix. Elle se doit de retourner des bénéfices à son pays. » Le président du conseil d'administration de la SNA Allianz s'est dit très fier de fréquenter les artistes qui le sortent de la rigidité des chiffres. Il a par la suite défini les règles à suivre pour un bon sponsoring : travailler en profondeur la direction du marketing et de la publicité, convaincre le personnel ainsi que le conseil d'administration, enfin saisir l'opération au moment voulu.
Crédibilité et action
Pour sa part, Liliane Tyan a évoqué, en quelques mots, la grande aventure de Help Lebanon qui a commencé en 1996 et qui l'a mise sur le chemin d'Antoine Wakim. C'est là que commence le chantier d'un « coup de frais » de certains quartiers qui aboutit à l'embellissement de douze mille immeubles dans la capitale. Puis de bien de villages à travers le pays. « Nous sommes au service des Libanais et du Liban. Il faut donc aimer passionnément ce qu'on fait pour bien le faire », a-t-elle affirmé. La présidente de Help Lebanon a insisté sur la procédure à suivre pour obtenir de l'argent. Les maîtres-mots pour cela étant la crédibilité et l'action pour tout organisme demandeur. « Par la suite, c'est la villa Audi qui m'a ouvert les bras et m'a donné (en même temps que des bureaux) la possibilité de développer la culture, notamment à travers l'organisation d'expositions à but non lucratif, de signatures d'ouvrages, de conférences, etc. »
Le débat qui a suivi ces interventions a posé les interrogations suivantes : pourquoi alors a-t-on l'impression qu'une grande partie des créateurs et responsables culturels se sent exclue de l'échiquier du mécénat ? Pourquoi les artistes libanais sont-ils désavantagés par rapport aux étrangers ? Pourquoi certains secteurs d'activités culturelles, comme le cinéma par exemple, sont-ils marginalisés ?
Est-ce parce que la richesse culturelle du pays est inépuisable et que très peu de fonds lui sont réservés ? Ou alors parce que l'Association du mécénat (principal catalyseur) est encore à l'état embryonnaire sans véritable réalisation jusque-là ? Des questions qui sont demeurées sans réponses, certes, mais qui auront, à l'évidence, un écho à l'avenir.


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