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Actualités - Chronologie

La mutinerie de la prison de Kobbé s’achève sans effusion de sang

Patricia KHODER La mutinerie de la prison de Kobbé à Tripoli, qui a commencé dimanche vers 17 heures, s’est achevée pacifiquement hier vers 11 heures, après de longues négociations. Douze des quatre-vingts mutins ont été transférés vers d’autres prisons, dont celle de Roumieh. Vers midi hier, les forces de l’ordre étaient toujours déployées devant la prison de Kobbé, située dans un quartier résidentiel et commercial de Tripoli, à proximité de la faculté des sciences de l’Université libanaise qui a fermé ses portes à cause de la mutinerie. Sur la chaussée, devant la prison, il y avait un important nombre de badauds, notamment des habitants du secteur qui n’ont pas fermé l’œil de la nuit, craignant que la situation ne dégénère. Il y avait aussi des parents de prisonniers accourus la veille, ou tôt le matin hier, devant la prison pour s’enquérir des leurs. Certains d’entre eux ont passé la nuit dans la rue devant la prison, guettant chaque bruit et regardant, dans l’inquiétude, le feu prendre au deuxième étage. « Mon fils est arrêté depuis cinq mois parce qu’il avait pris part à une rixe. Il n’a jusqu’à présent pas été jugé. Mon fils ne fait pas partie des mutins. Je veux juste savoir s’il se porte bien », indique Fatmé qui est accourue aux nouvelles tôt le matin. Samira, qui a également un fils en prison, est arrivée à Kobbé dimanche soir. Deux femmes, des réfugiées palestiniennes, attendent aussi sur la chaussée. « Ça fait cinq ans que mon mari est emprisonné. Jusqu’à présent, il n’a pas été jugé », raconte l’une d’elles. Akl est venu la veille d’Enfé. Son frère a été arrêté il y a trois mois parce qu’il s’était disputé avec le garde du corps d’un député du Liban-Nord. Il n’a pas encore été jugé. Akl ainsi que d’autres parents de détenus parlent du traitement auquel ils ont droit à chaque fois qu’ils rendent visite à leurs proches ; ils attendent des heures avant de pouvoir les rencontrer. « Souvent les plats cuisinés qu’on leur apporte ne leur parviennent pas. Ou encore, ils ont droit aux restes de ces plats », indique une femme. Une autre renchérit : « Nous n’avons pas le droit de leur amener des cigarettes, sauf si on les achète à l’intérieur de la prison, et c’est deux fois plus cher. » La mutinerie s’est achevée vers 11 heures donc, après des négociations menées durant de longues heures avec les mutins par le commandant de la gendarmerie, le général Antoine Chakkour, et le conseiller du ministre de l’Intérieur en matière de prisons et de droits de l’homme, Omar Nachabé. Les mutins, qui étaient environ au nombre de quatre-vingts, avaient pris le contrôle d’une partie de la prison de Kobbé, mettant le feu aux matelas et aux vêtements, bloquant la porte de la prison et prenant en otages deux gardiens membres des FSI qui n’étaient pas armés – pour des raisons de sécurité, le port d’armes étant interdit en prison – le caporal Ahmad Ezzeddine et le conscrit Mohammad Daher. Des prisonniers ont également été blessés parce qu’ils se sont lacéré les bras en signe de protestation. Médicaments hallucinogènes Les mutins ont, entre autres, appelé à l’application de l’article 108 du décret-loi relatif à l’organisation des prisons qui prévoit des réductions de peine sur base d’attestations de bonne conduite, à l’amélioration de la situation des détenus, à leur transfert à la prison de Roumieh et à la promulgation d’une amnistie générale. Les négociations ont mené à la libération des deux gardiens membres des FSI qui ont été transférés à l’hôpital Mounla de Tripoli. L’un d’eux, atteint de diabète, a été frappé à la tête parce qu’il avait refusé de livrer les clés des cellules. Douze mutins, dont les quatre principaux instigateurs, Hassan Allam, Yéhia Yasser Ayoubi, Adel Ghamraoui et Ahmad Ghamraoui, condamnés pour diverses peines, ont été transférés à d’autres prisons, notamment celle de Roumieh. Les forces spéciales des FSI, qui avaient encerclé depuis dimanche soir la prison, ont inspecté les cellules alors que les pompiers éteignaient les flammes. Présent sur place, le directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, a indiqué à L’Orient-Le Jour que la plupart des mutins sont condamnés à des peines pénales, soulignant que les quatre mutins souffrent d’instabilité psychologique. Il a également noté qu’ils ont été transférés à d’autres prisons pour qu’ils soient mieux contrôlés, soulignant qu’il n’y a pas d’arrière-pensée politique derrière cette mutinerie De son côté, le général Chakkour a souligné que « lors des négociations nous avons tenté de gagner du temps. Nous ne sommes pas contre le fait d’aider les prisonniers sur le plan humain, mais beaucoup de leurs revendications nous dépassent et ne dépendent pas de nous ». « Tout en négociant, nous avons fait appel aux forces de l’ordre pour qu’elles soient prêtes à toute éventualité », a-t-il ajouté. Omar Nachabé, le conseiller du ministre de l’Intérieur en matière de droits de l’homme, a indiqué à L’Orient-Le Jour que la prison de Kobbé compte 504 prisonniers. Fournissant des détails relatifs à la mutinerie, il a souligné que dimanche après-midi, les mutins sont entrés dans la pharmacie de la prison, ont ingurgité divers médicaments hallucinogènes à fortes doses et se sont rendus ensuite à l’atelier de la prison pour s’emparer d’outils tranchants. Il a noté que la plupart des mutins sont des prisonniers qui ont déjà été jugés et qui purgent diverses peines de prison. Interrogé au sujet de leurs revendications, M. Nachabé, criminologue ayant effectué des stages aux États-Unis, a indiqué que les mutins ont changé à plusieurs reprises de revendications parce qu’ils étaient sous l’effet des médicaments qu’ils avaient ingurgités. Il a noté que les mutins ne pouvaient plus poursuivre leur action à cause de la fumée à l’intérieur de la prison. Il a également souligné que les négociateurs sont parvenus à une solution pacifique sans céder aux exigences des prisonniers, ajoutant que les négociations ont été menées en coordination avec le procureur général Saïd Mirza et le ministre de l’Intérieur Ziyad Baroud. « Cette mutinerie constitue une sonnette d’alarme, les prisons libanaises n’étaient pas conformes aux normes internationales et aux normes relatives aux droits de l’homme. Nous souhaitons que le dossier des prisons figure parmi les priorités du gouvernement », a-t-il conclu.
Patricia KHODER

La mutinerie de la prison de Kobbé à Tripoli, qui a commencé dimanche vers 17 heures, s’est achevée pacifiquement hier vers 11 heures, après de longues négociations. Douze des quatre-vingts mutins ont été transférés vers d’autres prisons, dont celle de Roumieh.

Vers midi hier, les forces de l’ordre étaient toujours déployées devant la prison de Kobbé, située dans un quartier résidentiel et commercial de Tripoli, à proximité de la faculté des sciences de l’Université libanaise qui a fermé ses portes à cause de la mutinerie.
Sur la chaussée, devant la prison, il y avait un important nombre de badauds, notamment des habitants du secteur qui n’ont pas fermé l’œil de la nuit, craignant que la situation ne dégénère.
Il y avait aussi des parents de prisonniers accourus la veille,...