Fady NOUN
Après l’ouragan Gaza, la vie politique locale reprend progressivement ses droits, avec en perspective un Conseil des ministres, aujourd’hui, un round de dialogue, lundi, et une bataille électorale dont certains contours se précisent de plus en plus.
Le Conseil des ministres, aujourd’hui, comprendra certainement un bilan du mois passé et de l’action diplomatique entreprise par le Liban pour ressouder les rangs arabes, face au déluge de fer et de feu qui s’est abattu sur Gaza.
Recevant une délégation du Centre de presse internationale d’Ibrahim Sayah, le président Michel Sleiman s’est défendu hier d’avoir subi des pressions pour se rendre – ou ne pas se rendre – au sommet de Doha, auquel les pays arabes « modérés » comme l’Égypte et l’Arabie saoudite n’ont pas assisté. Il a simplement dit qu’il avait agi « dans le souci de l’intérêt national et par conviction personnelle », un choix qui avait été avalisé en Conseil des ministres. Il ne s’est à aucun moment plaint, devant ses visiteurs, des slogans hostiles lancés contre lui à Awkar par une foule infantile jouant une pièce d’un autre temps.
Certes, le Liban ne pouvait se permettre de ne pas se rendre à Doha, estiment les observateurs, compte tenu de ce que sa stabilité lui doit. Mais si le pays s’en sort sans blâme, c’est qu’à Doha, le chef de l’État, égal à lui-même devant ses pairs arabes comme il l’est devant les diverses fractions libanaises, s’est adroitement fait l’avocat de l’initiative arabe, lancée par… Riyad, au sommet arabe de 2002.
Avec la vie politique qui reprend ses droits, ce sont les élections législatives qui poindront à nouveau. Le Conseil des ministres pourrait les aborder sous l’angle, important entre tous, de l’avènement du Conseil constitutionnel.
On sait en effet que le ministre Joe Takla est chargé d’effectuer une présélection parmi les quelque 97 noms de personnalités ayant fait acte de candidature et de les soumettre au Conseil des ministres. Mais sur ce plan, le blocage apparu au lendemain de l’élection par le Parlement de cinq des membres de cette cour reste entier. Certes, la démocratie a triomphé ce jour-là, comme l’a bien dit le chef de l’État. Mais ce qui en a souffert, c’est « le consensus », ce consensus que le Liban doit encore traîner encore quelques mois derrière lui comme un boulet, en attendant l’apparition d’une majorité incontestée.
L’opposition exige, en effet, que le Conseil constitutionnel comprenne trois membres au moins qui lui seraient proches, de sorte à pouvoir bloquer toute décision de cette cour dont les implications politiques lui seraient défavorables, notamment en cas de recours en invalidation, après les législatives.
Là comme ailleurs, il faudra compter sur l’arbitrage du chef de l’État, mais il est probable que la question traîne encore, à moins que… les élections législatives ne soient torpillées, ce que certains continuent de craindre, malgré les assurances contraires.
Notons au passage que le paysage électoral chez les communautés chrétiennes commence à se modifier de façon significative, avec la consolidation d’un bloc « centriste » proche du chef de l’État, dans lequel Michel Aoun voit une menace sérieuse.
La polémique entre le chef du CPL et Michel Murr s’est envenimée hier, tandis que le patriarche maronite louait le rôle de balancier que pourrait jouer un bloc centriste, en adoucissant l’effet des clivages internes.
Parallèlement, le climat local se détend sur d’autres scènes que la scène chrétienne, notamment avec la rencontre entre Walid Joumblatt et Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, et hier Nabih Berry. Les « réconciliations arabes » pourraient sur ce plan se révéler utiles, mais pas toutes.
Damas continue, en effet, de jouer les pierres d’achoppement, comme on devrait le constater lundi, autour de la table de dialogue. Que font encore à Koussaya et Naamé les baroudeurs d’Ahmad Jibril, sinon essayer de lancer des roquettes en direction d’Israël, en pleine crise ? La question a été posée hier par Walid Joumblatt. Autre question : pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’ambassadeur de Syrie, rue Hamra, mais seulement un chargé d’affaires ?
La Syrie est également impliquée, certes indirectement, dans le choix d’une stratégie de défense où les armes du Hezbollah pourraient être intégrées. Elle l’est enfin, aux yeux de certains, dans le processus de mise en place du tribunal international qui doit retrouver et juger les assassins de Rafic Hariri.
Face aux facteurs de détente, les facteurs de tension interne et interarabe subsistent donc et le Liban ne saurait s’y soustraire.
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