de Suzanne Baaklini
Il y a quelque deux semaines, une tortue de mer a été sauvée à Jiyeh d’une mort atroce par des plongeurs, qui avaient pris leur temps pour mener à bien cette opération. L’image était belle. On sait aussi qu’à Tyr, à Naqoura et ailleurs, là où abondent des plages de sable, il existe des initiatives individuelles et associatives pour sauver les populations de tortues qui naissent dans ces habitats naturels. Initiatives louables en tous points de vue, et il en existe aujourd’hui de par le monde, pour les tortues marines et autres espèces menacées. Mais malgré ces réactions décisives pour la protection des espèces (parfois gouvernementales), comment oublier que l’homme serait actuellement la cause principale d’une extinction massive ?
Il est vrai que les extinctions d’espèces sont un phénomène naturel, dues le plus souvent à une perte des atouts nécessaires pour survivre, à des changements qui réduisent la capacité de compétitivité dans un milieu donné… Toutefois, si l’on doit en croire un sondage extensif effectué en 1998 auprès de 400 biologistes par le Muséum d’histoire naturelle de New York, le « début d’une extinction de masse causée par l’homme » aurait bel et bien commencé. En effet, le taux actuel d’extinction des espèces serait de 100 à 1 000 fois plus élevé que le taux moyen observé jusqu’à notre époque, et serait de 10 à 100 fois plus rapide que toutes les extinctions de masse précédentes. On risque ainsi, selon certains biologistes, de perdre définitivement jusqu’à 20 % des espèces dans les deux décennies qui viennent. Sans oublier le changement climatique : une étude parue dans Nature en 2004 a montré que celui-ci entraînerait la perte de 15 à 37 % des espèces d’ici à 2050.
Effrayant.
Pourquoi la perte d’espèces – surtout à ce rythme – devrait tant nous préoccuper ?
Il est vrai que la menace pesant sur des espèces pittoresques et populaires auprès du grand public comme les tortues de mer géantes, les ours polaires, les gorilles, etc, incite à la tristesse. Mais il n’y a pas que cela. La disparition d’espèces rompt en quelque sorte la chaîne de la biodiversité et provoque un effet domino. Les exemples abondent : la raréfaction, sinon l’extinction, d’espèces d’oiseaux bien particulières ont permis à certains insectes de proliférer anormalement. On a constaté cela au Liban à plusieurs reprises, notamment avec la chenille processionnaire qui détruit aujourd’hui les pins à un rythme accéléré, ce qui requiert par ricochet une intervention de l’homme. D’autres insectes débarrassés de leurs prédateurs à plumes nuisent à l’agriculture. Et ainsi de suite.
Pour mieux se faire une idée de la multitude de conséquences d’une disparition de spécimens dans la nature, une image : celle d’arbres qu’on abat dans une forêt autrefois dense. Sont-ils les seuls à disparaître ? La fougère qui était à leur pied ne peut survivre, parce que avec eux, elle a perdu l’ombre qui lui permettait de se protéger du soleil.
Et nous, qu’adviendra-t-il de nous si nous continuons à perdre l’ombre bienfaitrice de la vie qui nous entoure ?
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