Il faut un commencement à tout. Et c’est l’amorce de l’entame d’un début de commencement qu’est cette incroyable, cette heureuse unanimité constatée jeudi soir au Conseil des ministres lorsque, sur fond de cataclysmes guerriers à Gaza et au lendemain d’un anonyme tir de roquettes à partir du Liban-Sud, a été formellement consigné l’engagement de tous à respecter certain principe, on ne peut plus élémentaire pourtant.
Le Liban s’acquitte amplement de son devoir de solidarité avec les Palestiniens ; son intérêt, peuple et État, prime sur toute autre considération, et c’est à sa seule autorité légale qu’il appartient d’en juger : c’est autour de ces évidences toutes simples, ne souffrant aucune discussion sensée, que se sont retrouvées en effet les diverses parties constituant le gouvernement d’union nationale. Cette règle de base, vigoureusement énoncée hier encore par le président Michel Sleiman, n’a jamais cessé de dicter la conduite de tous les États arabes, même les plus radicaux, même les plus voués – verbalement, le plus souvent – à la défense de la cause palestinienne. En s’y ralliant sur le tard, les Libanais viennent en quelque sorte de découvrir la poudre, alors qu’ils s’étaient contentés jusqu’à ce jour de la faire parler, se jetant à corps éperdus dans de féroces guerres pour les autres.
C’est dire qu’il convient de saluer la retenue sur le terrain et l’esprit de conciliation politique dont fait preuve actuellement le Hezbollah. Celui-ci s’est abstenu en effet de toute action unilatérale à la frontière avec Israël ; il a d’ailleurs déploré les tirs de jeudi matin visant des localités frontalières israéliennes, même s’il n’en a pas dénoncé les auteurs, bénéficiant de protections bien connues, et qui, par leurs futiles provocations, ne font objectivement que servir la cause de l’ennemi. Toujours est-il que face à l’extrême précarité du moment, on se prend à espérer que la Résistance islamique libanaise veille à ne pas passer plus longtemps pour l’armée des chiites : ou plus funestement encore, comme ce fut le cas lors de la guerre de l’été 2006, pour le bras armé d’un Iran manifestement parti à la conquête idéologique du monde arabe. Après tout, il y a longtemps déjà que la résistance palestinienne n’est plus, comme en 1975, l’armée des sunnites libanais...
Hezbollah et Hamas, le Liban et Gaza, les hécatombes de civils, les résolutions 1701 et 1860 votées à grand-peine, avec une désespérante lenteur, par le Conseil de sécurité de l’ONU, des manifestations monstres un peu partout : entre ces deux sanglantes conflagrations, plus d’un parallèle s’impose à l’esprit. C’est un Hezbollah théoriquement délogé de son fief méridional mais aux structures demeurées intactes, à l’arsenal promptement reconstitué, mais surtout un Hezbollah considérablement plus puissant au plan politique local et régional qui avait émergé de la tourmente libanaise. Or c’est sur un résultat comparable que pourrait déboucher l’affaire de Gaza, la vieille tradition voulant que l’extrémisme n’engendre rien d’autre que l’extrémisme comme l’illustre cette double fin de non-recevoir opposée sur-le-champ hier par Israël et le Hamas à l’appel onusien.
C’est pour faire oublier le précédent de 2006, pour rétablir une suprématie militaire naguère incontestée qu’Israël a entrepris de réduire Gaza. Et c’est sa hantise même d’éviter un remake de 2006 qui, au terme de la deuxième semaine d’une guerre rien moins que concluante, porte maintenant l’État hébreu à se livrer aux pires extrémités. Comme de tirer sur les ambulances ou sur les écoles de l’Unrwa. Comme de poursuivre son agression sans égard pour la volonté internationale, alors même que son image se détériore de jour en jour aux quatre coins de la planète.
Entre le verdict des armes et la pression des gouvernements comme des opinions publiques balance désormais le sort de Gaza et de sa population, otage de la folie criminelle des uns et des délires suicidaires des autres. Dans ce dramatique contexte, la superpuissance américaine fait passablement figure de grand absent, en attendant l’investiture de Barack Obama. Après avoir longtemps bloqué tout vote à l’ONU, l’administration Bush a finalement joué l’abstention. Ce faisant, elle a surpris et irrité ses amis israéliens, habitués il est vrai à plus de complaisance. Mais de jouer les Ponce Pilate à la veille du départ ne la grandit pas pour autant.
Issa GORAIEB
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Le Liban s’acquitte amplement de son devoir de solidarité avec les Palestiniens ; son intérêt, peuple et État, prime sur toute autre considération, et c’est à sa seule autorité légale qu’il appartient d’en juger : c’est autour de ces évidences toutes simples, ne souffrant aucune discussion sensée, que se sont retrouvées en effet les diverses parties constituant le...