Les féministes craignent qu’elle ne donne le « mauvais exemple » en favorisant les pressions des employeurs sur les femmes.
Le retour au travail de la ministre de la Justice Rachida Dati, cinq jours après son accouchement, suscite en France les critiques des féministes qui craignent qu’elle ne donne le « mauvais exemple » en favorisant les pressions des employeurs sur les femmes. Mme Dati, 43 ans, a donné naissance le 2 janvier par césarienne à son premier enfant, une fille prénommée Zohra, et a repris ses tâches de ministre mercredi, jour même de sa sortie de la clinique.
Devant de nombreux photographes, elle est arrivée au palais de l’Élysée souriante, dans un tailleur noir et juchée sur de hauts talons, pour participer au Conseil des ministres.
Le congé de maternité, pour une salariée, est en France de seize semaines, généralement six avant la naissance et dix après. Mais étant ministre, Mme Dati n’est pas soumise au code du travail. « C’est un scandale », dit Maya Surduts, du Collectif national pour les droits des femmes. « Les employeurs peuvent s’en servir, faire une pression intolérable sur les femmes », dit-elle encore, craignant une incitation à « s’asseoir sur les conquêtes, les acquis », dans une période où ils ont tendance à être « remis en question ».
Florence Montreynaud, présidente de l’association Les chiennes de garde et mère de quatre enfants, souligne, « scandalisée », que les femmes ont besoin de ce congé « pour se reposer ». Cette historienne rappelle les luttes pour le congé de maternité. « Dopée à l’adrénaline du pouvoir », la ministre reproduit « l’exploit monstrueux des ouvrières des années 20, dont 20 % accouchaient à l’usine ».
Elle regrette qu’une telle attitude divise le monde des femmes en « superwomen » et « mauviettes ».
Marie-Pierre Martinez, secrétaire générale de l’association du Planning familial, regrette pour sa part que l’on fasse « porter le chapeau » à Rachida Dati. Dans une société où les normes restent « très masculines », elle « n’avait pas le choix », dit-elle. « Elle jouait la poursuite de sa carrière », car dans les sphères du pouvoir « l’absence équivaut à une manière de se mettre hors du système ». La Commission européenne vient de proposer d’allonger à 18 semaines les congés de maternité, y voyant « un investissement permettant aux Européens de mieux organiser leurs vies ». « La grossesse n’est pas une maladie », souligne le Dr Georges-Fabrice Blum, vice-président du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF), pour qui il n’y a « pas de contre-indication physiologique » à revenir très vite au travail.
Il prône néanmoins un repos « au minimum de trois semaines ou un mois » après une césarienne.
Le cas de Mme Dati n’est pas unique. L’ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, ministre de l’Environnement quand elle avait accouché en 1992, était elle aussi revenue très vite à son ministère. Sarah Palin, qui n’était pas encore colistière du candidat républicain aux présidentielles américaines John McCain, a repris ses fonctions de gouverneur de l’Alaska quatre jours après la naissance de son cinquième enfant, en avril 2008.
En revanche, la ministre espagnole de la Défense Carme Chacon a pris récemment six semaines de congé de maternité pendant lequel elle a été remplacée par le ministre de l’Intérieur.
La grossesse puis la maternité de Rachida Dati, célibataire, ont alimenté de nombreuses spéculations dans la presse sur le nom du père de l’enfant, que la ministre n’a pas souhaité révéler.
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Le retour au travail de la ministre de la Justice Rachida Dati, cinq jours après son accouchement, suscite en France les critiques des féministes qui craignent qu’elle ne donne le « mauvais exemple » en favorisant les pressions des employeurs sur les femmes. Mme Dati, 43 ans, a donné naissance le 2 janvier par césarienne à son premier enfant, une fille prénommée Zohra, et a repris ses tâches de ministre mercredi, jour même de sa sortie de la clinique.
Devant de nombreux photographes, elle est arrivée au palais de l’Élysée souriante, dans un tailleur noir et juchée sur de hauts talons, pour participer au Conseil des ministres.
Le congé de maternité, pour une salariée, est en France...