La lutte politique entre loyalistes et prosyriens atteint des sommets sans précédent. Les débats en Conseil des ministres, à la Chambre ou dans les commissions parlementaires sont tous houleux, manifestement marqués de l’empreinte des prochaines élections législatives, rendez-vous crucial en termes de pouvoir, mais aussi évidemment affectés par la redoutable situation régionale, par Gaza et par l’exacerbation des tensions entre les axes.
Les majoritaires soutiennent que le camp d’en face est dans l’embarras. Sur le plan interne à cause de sujets récemment soulevés qui ne jouent pas en sa faveur. Et sur le plan extérieur, parce que, selon eux, l’évolution semble aller, bien qu’avec vents et marées, vers un arrangement global contraire aux intérêts du tandem syro-iranien. Dès lors, poursuivent les loyalistes, les prosyriens se résignent à une ligne de fuite en avant. En tentant de détourner l’attention de leurs déboires par des attaques. Comme à l’issue de la sélection de cinq membres du Conseil constitutionnel par la Chambre. Le président Berry, et ses alliés, avaient alors soutenu que la majorité avait trahi un accord conclu au préalable. Mais il s’était attiré un démenti documenté de son second, Farid Makari, qui, après avoir demandé des preuves de l’existence d’un tel accord, avait indiqué que le bureau de la Chambre n’était parvenu à aucune entente préalable. Laissant à l’Assemblée le soin de trancher.
Maintenant, l’opposition cherche à se rattraper sur le quota imparti au Conseil des ministres. Le 14 Mars réplique que l’organigramme de cette instance capitale ne peut être soumis aux pratiques douteuses du copartage. Et qu’il ne saurait admettre une réédition du coup de force opéré par les prosyriens, en empiètement des prérogatives du ministre de l’Intérieur, dans la composition du haut comité de supervision des élections législatives.
Un proche du président Berry continue cependant à assurer qu’en Conseil des ministres, l’opposition ne permettra pas à la majorité de se tailler la part du lion, comme à la Chambre, dans les nominations du Conseil constitutionnel. Précisant qu’il n’est pas question de laisser le 14 Mars contrôler entièrement une institution qui peut décider du sort des législatives, donc du pouvoir, en validant ou en invalidant des mandats déterminés.
Cette source confirme donc l’intention des prosyriens d’utiliser le tiers de blocage, le cas échéant. En contradiction avec de précédentes assurances du président Berry, qui déclarait qu’il n’y a plus de tiers de blocage, du moment qu’il n’y a plus d’opposition exclue du gouvernement. Ajoutant qu’il est inadmissible que l’Exécutif soit divisé en deux courants adversaires, le pouvoir devant être uni, cohérent, solidaire, formé d’une seule et même équipe de travail.
Le général Michel Aoun mène campagne pour le copartage, au nom de l’accord de Doha, et parle du tiers décideur. La reprise des menaces de blocage, assortie de l’exigence opposante de désigner le président du Conseil constitutionnel, inquiète les majoritaires. En effet, les prosyriens proposent un nom récusé à la Chambre, Raymond Eid. Sous Hraoui, les candidats refoulés à la Chambre ne pouvaient plus postuler devant le gouvernement. Dès lors, la majorité souhaite voir le poste de la présidence du Conseil constitutionnel attribué au président sortant du CSM, Antoine Khair, déjà choisi par l’Assemblée. Les loyalistes craignent donc que le Conseil constitutionnel ne reste en l’air, sans pouvoir compléter ses effectifs ni assumer sa mission. Le Conseil des ministres peut passer outre à une règle de blocage qui ne joue pas dans un tel cas de figure, de semblables nominations n’étant pas classées parmi les 14 sujets constitutionnels nécessitant un vote aux deux tiers. Mais les loyalistes craignent que leurs vis-à-vis refusent, après les élections, les décisions d’un Conseil constitutionnel qu’ils accuseraient d’être à la solde de leurs rivaux. Une instance autonome, juridique et judiciaire que les prosyriens veulent politiser à tout prix, comme ils l’ont fait pour tout, au nom du copartage, depuis le départ de leurs bons amis, notent les majoritaires.
Quoi qu’il en soit, le ministre d’État en charge du dossier, Youssef Takla, prépare ses conclusions à la lumière des quelque cent requêtes de cooptation présentées par des magistrats et des juristes. Il procède à des concertations intensifiées, loin des feux de la rampe. Pour avancer ses recommandations de choix au Conseil des ministres appelé à désigner cinq membres du Conseil constitutionnel.
Le président Sleiman souhaite qu’on aille vite en besogne, pour réduire les marges de capotage ou de bazar. Il pourrait dégager une solution, en suggérant un nom de président du Conseil constitutionnel. Il y aurait alors six membres pour la majorité, trois pour l’opposition et le chef d’orchestre pour le président Sleiman.
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Les majoritaires soutiennent que le camp d’en face est dans l’embarras. Sur le plan interne à cause de sujets récemment soulevés qui ne jouent pas en sa faveur. Et sur le plan extérieur, parce que, selon eux, l’évolution semble aller, bien qu’avec vents et marées, vers un arrangement global contraire aux intérêts du tandem syro-iranien. Dès lors, poursuivent les...