Cinquante-deuxième semaine de 2008.
À l’heure où la trêve entre le Hamas et Israël a bien vite été remplacée par de nouveaux rounds de fer, de feu et de sang, la découverte de huit roquettes prêtes à tout, entre Naqoura et Taïr Harfa, aussi hénaurme soit-elle, n’a finalement rien de surprenant – à l’heure, surtout, où certains politiques libanais, tellement altruistes, tellement généreux, tellement déterminés à faire passer un éventuel mieux-être de leur pays en deuxième ou huitième place sur la liste de leurs priorités, ne pensent, en petits papas Noël férocement prodigues, qu’aux mille et une manières d’aider les Palestiniens dans leur juste combat.
Bien plus stupéfiant en revanche, prodigieux même, est le fait que ces katiouchas aient pu être apportées, installées, pointées vers le nord de l’État hébreu et dûment minutées, c’est-à-dire gentiment posées là comme de sympathiques et vulgaires sapins de Noël, sous le nez et les jeunes barbes de plus d’une dizaine de milliers de boys onusiens et libanais… Le voudrait-on que l’on ne pourrait jamais assez remercier les hommes et les femmes de la Finul pour l’inestimable travail, militaire mais aussi social, qu’ils réalisent au quotidien, pour ces tonnes de sacrifices auxquels ils consentent un peu plus chaque jour ; quant aux braves et vaillants soldats libanais, ils ne font finalement (et ils le font bien, malgré tout et envers et contre certains…) que ce pour quoi ils sont (bien, aussi) payés, que remplir leur mission. Heureusement, pourtant, que tous ces gars-là ne sont pas chargés de surveiller une zone de la taille du Groenland…
Ce qui compte est moins qui et pourquoi que comment.
Qui ? Des Palestiniens télécommandés d’outre-Masnaa, surexcités et habitués à user et abuser du Liban comme du plus pratique des playgrounds (le Fateh et le Hamas branches libanaises ont tous deux démenti tout lien, de près ou de loin, avec les huit roquettes…) ? Un Hezbollah en mal d’adrénaline et qui trouve bien moins amusantes les joutes institutionnelles et autres règles républicaines – qu’il a pourtant fini de dénaturer (le silence du parti de Dieu à propos de ces katiouchas reste tout de même assez assourdissant…) ? Des agents israéliens savamment infiltrés et qui voulaient donner au tandem Olmert-Barak, qui rabâche depuis des semaines que le Hezb a déjà triplé sa puissance de feu depuis la guerre de 2006, une occasion en or pour quelque nouvelle frappe ? Pourquoi ? Parce qu’un Liban en relative paix, des hôtels affichant de splendides taux d’occupation et des devises jetées malgré toutes les crises du monde avec le sourire par des touristes énamourés dérangent fortement ? Parce que, dans des palais damascènes où une matriarche, malade et fatiguée, n’arrive plus à souder une famille au sein de laquelle frère(s) et sœur se déchirent désormais ouvertement, on ne supporte pas l’idée du drapeau rouge-blanc-noir doublement étoilé hissé (à reculons) sur le siège d’une ambassade qui, avanie suprême pour un régime étouffé par ses besoins et infinies envies de revanche, va bientôt ouvrir ses portes dans un magnifique quartier beyrouthin – lequel, soit dit en passant, ne demandait pourtant aucunement tous ces honneurs ?
Reste cette énigme à laquelle très probablement manquera toujours la réponse : par quel sortilège ces (apprentis) sorciers du Sud ont réussi leur coup ? Parce que, qu’on se le dise : ce n’est pas un petit coup, ce n’est pas une gentille plaisanterie sans conséquence, ce n’est pas, non plus, le genre d’affaire que l’on peut oublier ou escamoter, comme ça, en faisant un petit effort. La découverte de ces katiouchas est effectivement un des développements les plus dangereux de cette année écoulée – sinon le plus grave.
Il ne s’agit pas, encore une fois, de remettre en cause l’œuvre au blanc, souvent somptueuse, de la Finul et de la troupe, surtout que ces roquettes ont finalement été découvertes et désamorcées ; sauf qu’un minimum de bon sens exige : qu’une enquête en bonne et due forme soit diligentée ; que les bonnes questions soient posées aux bonnes personnes, sans craindre de fâcher qui que ce soit ; que les réunions se multiplient entre Claudio Graziano et Jean Kahwagi.
Drôle de semaine que celle-ci, d’ailleurs, pour le commandant en chef de l’armée, avec, coup sur coup, comme un double baptême du feu, un succès (Brital) et un camouflet (Naqoura). Le moins que l’on puisse dire est qu’elle avait de la gueule, cette opération coup de poing à Brital, à la fois punitive et préventive – cette belle traduction de la souveraineté de l’État sur l’ensemble de son territoire. Enfin, sur presque l’ensemble de son territoire : les Libanais apprécieraient ardemment de voir les soldats de la troupe et leurs compagnons des FSI effectuer le même genre de gros œuvre dans ces îlots de sécurité, bunkerisés, pullulant de voitures volées et autres matières prohibées, interdits à tout représentant de l’État, armé soit-il ou simple percepteur de redevances que paient pourtant sans rechigner tous les autres Libanais. Lesquels, bonnes âmes, savent se contenter du moins que le minimum qui leur est dû : très enthousiastes, ils ont applaudi l’expédition armée à Brital.
Il n’en reste pas moins qu’il est grand temps que le général Kahwagi, malgré tous ces fers qu’il fait mijoter sur autant de feux, se rende, et ce dès le 22 janvier, au palais de Baabda et qu’il contribue, fort de l’humiliation subie à Naqoura, à mettre un terme à cette sacrée pantalonnade à laquelle se livre et va sans aucun doute continuer à se livrer, à coups de projets et de contre-projets sur cette risible et illusoire stratégie de défense, le délirant Club des Quatorze. Jean Kahwagi à la prochaine séance de dialogue national ? Oui, mille fois oui, pour marteler, preuves à l’appui, que n’importe quelle stratégie de défense devra, d’abord et surtout, sacraliser dans son esprit et dans sa lettre chaque clause de cette résolution 1701 de l’ONU, sans laquelle ce pays serait encore là où le Hezbollah et Israël l’avaient mis en 2006 : en plein âge de pierre.
Jean Kahwagi à la prochaine séance de dialogue national ? Mille fois oui – ne serait-ce que par gratitude pour celui qui a tout fait pour le nommer, c’est-à-dire son prédécesseur, c’est-à-dire Michel Sleiman, c’est-à-dire, pour l’instant, l’un des plus grands défenseurs de l’application stricto sensu de la 1701. Laquelle, personne ne l’a oublié, exige le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises.
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À l’heure où la trêve entre le Hamas et Israël a bien vite été remplacée par de nouveaux rounds de fer, de feu et de sang, la découverte de huit roquettes prêtes à tout, entre Naqoura et Taïr Harfa, aussi hénaurme soit-elle, n’a finalement rien de surprenant – à l’heure, surtout, où certains politiques libanais, tellement altruistes, tellement généreux, tellement déterminés à faire passer un éventuel mieux-être de leur pays en deuxième ou huitième place sur la liste de leurs priorités, ne pensent, en petits papas Noël férocement prodigues, qu’aux mille et une manières d’aider les Palestiniens dans leur juste combat.
Bien plus stupéfiant en revanche, prodigieux même, est le fait que ces katiouchas aient pu être apportées, installées, pointées vers le nord...