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Place de l’Étoile Le gouvernement enfin sous le feu des interpellations parlementaires

C’est dans une ambiance relativement calme, contrastant avec l’acidité de certaines interventions, que le débat de politique générale, le premier depuis la formation du deuxième gouvernement Siniora, s’est enfin ouvert hier. La séance matinale du débat de politique générale, hier, place de l’Étoile, s’est principalement caractérisée par les assurances du président de la Chambre, Nabih Berry (lire encadré), selon lesquelles un boycottage ou un blocage de l’action du gouvernement est hors de question – des assurances qui ont fait écho à la détermination de Fouad Siniora de voir respecté dans son intégralité l’accord de Doha (lire par ailleurs). Les reproches adressés à l’Exécutif variaient en fonction de l’appartenance politique des orateurs. Ainsi, si les députés de l’opposition se sont élevés contre la politique suivie pour le paiement des indemnités, consécutivement à la guerre de juillet 2006, ceux de la majorité sont revenus à la charge au sujet des armes des Palestiniens et de la délimitation des frontières avec la Syrie, tout en critiquant les appels à une révision de l’accord de Taëf. La question de Tabbarah à Baroud Neuf députés se sont succédé à la tribune, au cours de la séance matinale. Premier à prendre la parole, le député Bahige Tabbarah a notamment reproché au cabinet de ne pas avoir honoré les promesses qu’il avait formulées dans sa déclaration ministérielle, quatre mois après sa formation. Il s’est attardé particulièrement sur le dossier des législatives, en relevant que la loi adoptée ne reposait pas sur un projet présenté par l’Exécutif, mais sur une proposition de loi du député Robert Ghanem. M. Tabbarah a en outre déploré le remplacement du comité indépendant des élections, préconisé par la commission Boutros, par un comité de surveillance de l’opération électorale « dont la seule mission est de veiller au respect, par les médias, des lois régissant les campagnes électorales et de surveiller les dépenses électorales ». S’adressant au ministre de l’Intérieur, Ziyad Baroud, il lui a demandé s’il était satisfait de la manière avec laquelle le comité avait été formé et de la neutralité de cette instance, constituée au forceps. M. Tabbarah, ainsi que les députés Nehmetallah Abi Nasr et Moustapha Allouch ont interrogé le gouvernement sur les mesures qu’il compte prendre en prévision de l’impact inévitable, selon eux, de la crise financière sur le Liban. Il devait ensuite déplorer le retard pris dans les nominations administratives et judiciaires, en s’arrêtant sur la gravité des vacances dans les deux secteurs. Le député hezbollahi Hassan Fadlallah s’est déchaîné contre le gouvernement qu’il a accusé de ne pas vouloir payer à qui de droit les indemnités déterminées à la suite de la guerre de juillet 2006 et d’avoir modifié l’orientation d’un don de la Banque mondiale destiné à la compensation des dégâts occasionnés par les bombardements israéliens. La même question a été soulevée par le député Hassan Yaacoub. Amendement de Taëf, entre pro et anti… M. Nehmetallah Abi Nasr a pour sa part défendu la proposition du chef du CPL, le général Michel Aoun, de réviser l’accord de Taëf, arguant de la nécessité de rétablir les prérogatives du président de la République « confiées en principe au Conseil des ministres, mais détenues en réalité par le président du Conseil qui contrôle les conseils et les organes de contrôle ». Le député haririen Moustapha Hachem s’en est pris pour sa part à l’opposition, lui reprochant, en se fondant sur le bras de fer qui a caractérisé en Conseil des ministres le débat autour de la composition du comité de contrôle des élections, de bloquer, encore une fois, l’action du gouvernement, ce qui lui a valu une longue réplique du président de la Chambre (voir par ailleurs). Même son de cloche pour Mohammad Kabbani, qui s’est élevé contre la campagne menée en faveur de la révision de l’accord de Taëf, estimant qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une logique électorale. Il a pris le contre-pied de l’argumentation développée par son collègue, Nehmetallah Abi Nasr, estimant que Taëf avait été établi pour « établir un commandement collégial du pays sur des bases justes et équilibrées ». Il a mis en garde contre des changements qui peuvent porter un coup à cet équilibre. Quant au député Élias Atallah, il a choisi, lui, de critiquer la composition du gouvernement, qui rend difficile, selon lui, la gestion du pays, « parce qu’elle est le fruit d’un clientélisme et qu’elle a été décidée sur base du principe : entre deux maux, on choisit le moindre ». Il s’est interrogé sur le point de savoir « comment un gouvernement pareil peut mettre en application les résolutions du dialogue national ou la résolution 1701 » du Conseil de sécurité. Chehayeb demande au gouvernement de trancher Les mêmes antiennes ont été reprises au cours de la séance nocturne, entamée peu après 18h00, par le même nombre de députés – avec la même volonté, notamment de la part de Nabih Berry, de calmer le jeu ; le président de la Chambre allant jusqu’à demander à certains intervenants soit de baisser le ton soit de changer carrément de sujet… Député PSP de Aley, Akram Chehayeb a fermement dénoncé les desseins secrets du régime syrien après qu’il eut été forcé, par les pressions de la communauté internationale, à brûler sa carte libanaise et à accepter, « dans la forme », l’établissement de relations diplomatiques avec le Liban. « Sauf que, dans le fond, le régime syrien s’emploie à vider ces relations-là de leur substance », a-t-il affirmé, donnant plusieurs exemples. Un : l’absence de tout progrès par rapport aux décisions prises autour de la table de dialogue national concernant le tracé des frontières libano-syriennes et les armes palestiniennes hors les camps. Deux : la fermeture illusoire de la ligne militaire (et l’ouverture de quelques autres…). Trois : le climat médiatique à la veille de la visite du ministre Ziyad Baroud à Damas. Quatre : la pérennité du Haut Comité libano-syrien, « un résidu de l’ère de la tutelle », et celle d’accords « que l’on s’était pourtant entendus de réexaminer ». Et le député joumblatti de conclure en appelant le gouvernement à trancher : « Ce doit être ou un Haut Comité libano-syrien ou des relations diplomatiques équitables ». Son collègue de la Békaa-Ouest, Robert Ghanem, a commencé par (se) poser une question que la majorité des Libanais, a-t-il assuré, se pose aussi : « Quelle est la différence entre ce gouvernement d’union nationale et le cabinet qui le précédait ? » s’est-il demandé, assurant que la productivité de l’équipe exécutive, dans les deux cas, est pratiquement paralysée. Le député Ghanem a également dénoncé l’implication et l’imbrication du religieux dans le politique, « ce qui se fait constamment au détriment de l’État », a-t-il souligné, avant de vanter les bienfaits d’une décentralisation administrative, « pierre angulaire d’un développement équilibré, à même de renforcer la participation des jeunes dans le service public à partir de leurs villages et de leurs cazas ». Et de marteler que l’application de l’accord de Taëf ne peut qu’améliorer aussi bien la performance politique que la pratique de la démocratie. L’altercation Houry-Zeaïter Après que le député du Liban-Sud, Abdel-Latif Zein, eut dénoncé la lenteur dans les nominations judiciaires, et après que le député de la Békaa, Ismaïl Succariyé, eut rendu un hommage particulièrement appuyé au journaliste irakien qui a lancé ses chaussures en direction du président américain il y a quelques jours à Bagdad, affirmant, par ailleurs, que le cabinet Siniora est tout sauf « un gouvernement de réformes », le député haririen Azzam Dandachi a pris la parole pour critiquer sans détours tous ceux qui appellent à l’amendement de l’accord de Taëf. « Le problème n’est pas, comme aiment à le faire croire certains, un transfert de prérogatives d’une faction à une autre », a-t-il dit, relevant que le moindre dépassement ou la moindre explication de ce texte qui tient lieu de Loi fondamentale nécessite « un consensus national ». Député Courant du futur de Beyrouth, Ammar Houry a profité de sa présence à la tribune de l’hémicycle pour exiger une commission d’enquête parlementaire sur la corruption « depuis la fin du mandat du président Amine Gemayel jusqu’à ce jour ». Il est à signaler qu’une violente altercation a opposé le député Houry au ministre de l’Industrie, Ghazi Zeaïter, lorsque le premier a évoqué l’insécurité dans la Békaa, incriminant dans plusieurs problèmes un homme de la famille Zeaïter – une altercation qui a nécessité une intervention ferme, à plusieurs reprises, de Nabih Berry pour calmer les deux hommes. Idem lorsque le député, s’adressant au gouvernement, a dénoncé « cette hérésie pratiquée par certains ministres qui pérorent sur leurs triomphes au sortir d’un Conseil des ministres ». Ghazi Zeaïter s’est alors tourné vers Fouad Siniora : « Nous sommes ministres dans ton gouvernement, tu ne peux pas ne pas lui répondre », a-t-il tonné. « Je lui répondrai », a assuré le Premier ministre, avant que le député Jamal Takech ne prenne la parole pour rappeler les infinies doléances et les misères continues dont souffrent les habitants du caza de Baalbeck-Hermel, exigeant du gouvernement des mesures exceptionnelles afin d’améliorer leur situation. L’appel de De Freige C’était ensuite au tour du député de Tripoli, Samir Jisr, de revenir sur la question des relations libano-syriennes, appelant de tous ses vœux une délimitation et un tracé des frontières entre les deux pays qui mettrait « définitivement » un terme à tous les problèmes en ce sens. Autre exhortation : celle de Nabil de Freige – le dernier à prendre la parole avant que Nabih Berry ne lève la séance jusqu’à 10h00 ce matin. « Il est impossible de ne pas relever les récentes propositions visant à amender l’accord de Taëf et qui ont provoqué une tempête politique dans le pays. Ce que tout le monde demande, aujourd’hui, est que l’on arrive au scrutin législatif de l’an prochain dans un climat calme et sain, pour que cette échéance se déroule le plus naturellement possible. Sauf que c’est exactement l’inverse, et ce qui se passe actuellement est une menace contre la situation interne de ce pays. J’appelle vivement tous ceux qui martèlent la nécessité d’amender l’accord de Taëf à éviter au pays des secousses et des chocs qui ne serviraient les intérêts de personne ; je les appelle également à cesser de vampiriser le Trésor à des fins purement électorales », a-t-il affirmé. Le député CdF de Beyrouth s’était auparavant courageusement emporté contre la décision du Parlement d’amender et de voter le projet de loi sur la réévaluation des salaires des fonctionnaires. Il a également interpelé le ministre des Télécommunications sur l’affaire Alfa, lui demandant pourquoi, si l’opérateur n’a pas honoré le contrat qu’il avait signé, n’a-t-il pas pris les mesures judiciaires requises à son encontre. « On se demande alors : ou bien l’opérateur n’a rien fait d’illégal et l’on ne comprend donc absolument pas cette campagne menée contre lui, ou bien il a fauté et l’on ne comprend pas l’absence de poursuites », a-t-il soutenu, appelant à la formation d’une commission parlementaire d’enquête, à laquelle participeraient le ministre concerné, son directeur général, ainsi que l’opérateur incriminé.
C’est dans une ambiance relativement calme, contrastant avec l’acidité de certaines
interventions, que le débat de politique générale, le premier depuis la formation du deuxième
gouvernement Siniora, s’est enfin ouvert hier.
La séance matinale du débat de politique générale, hier, place de l’Étoile, s’est principalement caractérisée par les assurances du président de la Chambre, Nabih Berry (lire encadré), selon lesquelles un boycottage ou un blocage de l’action du gouvernement est hors de question – des assurances qui ont fait écho à la détermination de Fouad Siniora de voir respecté dans son intégralité l’accord de Doha (lire par ailleurs).
Les reproches adressés à l’Exécutif variaient en fonction de l’appartenance politique des orateurs. Ainsi, si les députés de l’opposition se...