Il est tout à fait possible que le Liban traverse une période de croissance faible ou même éventuellement de récession qui commencerait en début 2009, et ceci pour des raisons internes et externes. La récession est le mal économique de cette période douloureuse qui a commencé avec le « subprime » pour toucher ensuite les marchés alimentaires et de matières premières, surtout le pétrole. Elle est devenue plus tard une crise d’inflation pour aboutir enfin à une crise classique de récession.
L’économie mondiale a toutefois la chance de voir des experts économiques de très haut niveau, connus pour être des spécialistes des récessions, diriger l’économie américaine et par conséquent l’économie mondiale. Je vise à cet égard particulièrement les professeurs Ben Bernanke, gouverneur actuel de la Réserve fédérale, et Christina Romer, future présidente des conseillers économiques du président américain élu, Barack Obama. Ces deux spécialistes des crises auront un chantier vaste et fertile leur permettant de mettre en pratique leur talent avéré dans la compréhension de tous les aspects de ce genre de crises.
La récession actuelle est mondiale. L’Europe y a sombré ainsi que le Japon. Les pays émergents, surtout l’Amérique latine et l’Est asiatique, montrent clairement des signes de crise sécessionniste. La région arabe commence à être sérieusement affectée par la baisse du prix du pétrole qui a atteint des limites considérées nuisibles aux finances publiques et à la stabilité sociale des pays exportateurs de pétrole. Les pays du Golfe sont ainsi directement touchés par la faible demande pour le pétrole, et par la baisse rapide et douloureuse du prix du baril. La récession dans la zone de l’OCDE, qui continuera à créer des chômeurs et de la pauvreté dans les pays membres, devrait influencer négativement les prix de tous les biens et services y compris le pétrole. La situation actuelle mondiale a ainsi permis aux gouvernements de maîtriser complètement l’inflation tout en tombant de nouveau dans la dure récession. La courbe de Phillips et les théories d’Okun sont de nouveau à la une.
Les pays exportateurs de pétrole doivent utiliser leurs ressources financières gigantesques accumulées pendant de longues années pour continuer à fournir à leurs citoyens les mêmes services sociaux. Ils doivent les utiliser pour injecter de la liquidité directement dans les entreprises financières, commerciales et immobilières. Des milliers de travailleurs et de cadres seront licenciés et rentreront dans leur pays d’origine. Les pays producteurs de pétrole ont les moyens de traverser cette crise mondiale avec des pertes économiques minimales, mais au prix d’une diminution significative de leurs réserves monétaires.
Quant aux pays exportateurs de main-d’œuvre, comme le Liban, la Jordanie et l’Égypte, ils devront accueillir une partie de ces salariés qui retrouveront leur pays d’origine pour travailler ou investir. Ces pays perdront ainsi des ressources financières énormes qui provenaient des expatriés. Les pays exportateurs de main-d’œuvre connaîtront ainsi une récession due à la baisse de la consommation et des investissements. Il y aura des pressions dans les marchés du travail car les opportunités sont déjà limitées. Le climat social pourrait être négativement atteint d’une manière similaire, mais plus profonde que ce qui se passe dans les pays occidentaux.
Il est donc indispensable que les dirigeants économiques officiels libanais commencent à appliquer la logique de la transparence en préparant les Libanais à cette éventuelle récession. Les dirigeants libanais doivent cesser de prétendre que le pays est protégé par une main visible ou invisible qui en fait n’existe pas. La différence essentielle entre la situation libanaise et le modèle mondial est que notre crise commencerait dans le secteur réel, c’est-à-dire à travers la consommation et les investissements.
Nos banques, bien que solides et saines, ne pourraient pas rester complètement immunisées dans la nouvelle conjoncture. Le climat d’optimisme créé par nos responsables donnerait un effet inverse lorsqu’il s’avère irréaliste et sans fondement. Il est temps de dévoiler aux Libanais les informations vraies dans un esprit calme et serein, au lieu de diffuser des informations loin de la logique et de la réalité.
Nos responsables économiques pourraient bien alternativement veiller à la protection de la libre concurrence, en d’autres termes voir pourquoi les prix dans tous les pays du monde ont baissé et non pas au Liban. Ils pourront prendre toutes les mesures qui pourraient permettre aux Libanais durant les périodes de fêtes de satisfaire leurs besoins essentiels moyennant des prix raisonnables. Nous attendons de même de nos responsables des actions efficaces permettant de moderniser les biens publics et d’améliorer les services qui continuent à se détériorer.
* Professeur et expert en économie
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L’économie mondiale a toutefois la chance de voir des experts économiques de très haut niveau, connus pour être des spécialistes des récessions, diriger l’économie américaine et par conséquent l’économie mondiale. Je vise à cet égard particulièrement les professeurs Ben Bernanke, gouverneur actuel de la Réserve...