10 milliards de dollars sur dix ans pour modifier radicalement l’image pitoyable qui colle à ce quartier depuis sa naissance en 1959.
À l’instar des alchimistes qui promettaient de transmuer le plomb en or, le maire de Bagdad jure qu’il transformera en dix ans le cloaque de Sadr City en le plus huppé des quartiers de la capitale irakienne. « Vous verrez : ce rêve deviendra réalité et Sadr City sera la cité la plus formidable et la plus fortunée d’Irak », assure Saber al-Issaoui.
Jusqu’à l’offensive militaire irako-américaine du printemps dernier, ce quartier misérable de 25 km2 dans le nord-est de Bagdad était sous l’emprise de l’Armée du mahdi. Cette milice de 60 000 hommes dévoués au chef radical chiite Moqtada Sadr tenait en respect ses adversaires et tirait des obus contre la zone verte, secteur ultraprotégé du centre-ville. Mais aujourd’hui, la situation a changé et l’homme de 40 ans, qui dirige la municipalité depuis 2005, a un plan : 10 milliards de dollars sur dix ans pour modifier radicalement l’image pitoyable qui colle à ce quartier depuis sa naissance en 1959.
Sortie de terre pour faire face à l’exode rural de chiites pauvres venus du sud du pays à la recherche de travail, la « cité de la Révolution » est devenue en 1979 « Saddam City », du nom du dictateur qui règne sur le pays. Après l’invasion américaine de 2003, les habitants l’ont renommée « Sadr City », en hommage au père de Moqtada, l’ayatollah Mohammad Sadeq al-Sadr, assassiné en 1999.
Les plans du maire, élaborés au moment où le prix du pétrole était au zénith, sont pharaoniques mais sont indubitablement nécessaires pour redonner du lustre à cette capitale décrépite par vingt ans de guerre et plus d’une décennie de sanctions internationales. M. Issaoui, titulaire d’un doctorat d’agriculture, veut doubler la capacité en eau potable de la mégapole qui en manque cruellement, percer deux lignes de métro et créer des espaces verts et des jardins.
Son enthousiasme se heurte toutefois à l’incrédulité des deux millions d’habitants de Sadr City qui ont aujourd’hui comme seul horizon des façades criblées d’impacts de balles, des devantures brisées et des chaussées défoncées par quatre ans de combats destructeurs. « En quelle année sommes-nous, 2008 ? Attendons 3008. Je lui laisse mille ans », lance, à la fois amer et goguenard, Abou Haïdar, un commerçant du quartier.
Moqtada Sadr a décrété la fin des combats et demandé à ses partisans de s’investir dans le travail social, mais beaucoup de résidents lui font davantage confiance qu’au gouvernement central. « Ces jours-ci, nous avons de l’essence et de l’électricité, mais c’est parce que les élections provinciales approchent », ajoute, désabusé, Abou Ammar, un menuisier de 48 ans, faisant référence au scrutin du 31 janvier. L’idée d’Issaoui est de faire migrer progressivement la population des masures vers des appartements de 150 à 200 m2 dans des immeubles qu’il entend construire, afin de libérer l’espace pour des installations communautaires. Selon Jalil al-Sarkhi, un haut responsable du mouvement sadriste, qui rejette l’idée d’immeubles, cela va séparer les familles.
Ces critiques n’atteignent pas le fringant édile. À la lisière de Sadr City et du quartier sunnite d’Azamiyah se trouve le « canal de l’armée », une infâme sentine de 25 km remplis d’ordures et, il y a encore peu de temps, de cadavres des victimes de la folie confessionnelle. M. Issaoui, qui a alloué 50 millions de dollars pour épurer le canal, y voit déjà une petite Venise avec des parcs, des restaurants et des cafés.
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À l’instar des alchimistes qui promettaient de transmuer le plomb en or, le maire de Bagdad jure qu’il transformera en dix ans le cloaque de Sadr City en le plus huppé des quartiers de la capitale irakienne. « Vous verrez : ce rêve deviendra réalité et Sadr City sera la cité la plus formidable et la plus fortunée d’Irak », assure Saber al-Issaoui.
Jusqu’à l’offensive militaire irako-américaine du printemps dernier, ce quartier misérable de 25 km2 dans le nord-est de Bagdad était sous l’emprise de l’Armée du mahdi. Cette milice de 60 000 hommes dévoués au chef radical chiite Moqtada Sadr tenait en respect ses adversaires et tirait des obus contre la zone verte,...