Quarante-septième semaine de 2008.
Y aura-t-il de la neige à Noël ? Y aura-t-il un bloc centriste au Parlement au prochain printemps ?
C’est une drôle d’histoire. Une histoire drôle. Une fable – peut-être… Avec une morale : tout le monde ne réussit pas, loin de là, le/son passage des galons à la cravate.
Ils sont deux : il y a l’un et l’autre.
Pour l’un, la cravate s’impose de plus en plus comme un habit presque naturel, la mutation se fait en douceur : aussi martialement soit-il noué, le nœud reste fluide, il y a une évidente volonté de se couler dans le bain de la nouvelle fonction sans faire de vagues. Pour l’autre, cette cravate reste(ra) comme l’accessoire ultime d’un travestissement, elle est devenue ce signe extérieur de crédibilité, de légitimité, cette tentative frénétique de se gaulliser : là, l’espace-temps est un carnaval perpétuel.
L’un entame sa carrière civile. L’autre a de très longues années derrière lui – sachant qu’avant, dans presque une autre vie, tous deux ont commandé une troupe, avec les succès (absence de sang pendant la révolution du Cèdre, Nahr el-Bared…) et les échecs (guerres : interchrétienne et avec la Syrie) que l’on connaît.
L’un veut maîtriser le temps. L’autre veut le remonter.
L’un veut fédérer autour d’une même table ; placer tout le monde sous le même toit, la même loi. L’autre semble tout faire pour installer d’irréversibles clivages ; conserver pour une seule faction de bien trop miliciens privilèges.
L’un (se) pose confiant. L’autre revanchard.
L’un montre que la vision et la conception qu’il se fait du Liban se placent dans l’ouverture sur les mondes : il y a une détermination à replacer ce pays dans l’universel, au cœur des nations, toutes les nations. L’autre pas : les angles sont obtus, fermés ; les perspectives réduites, comme les alliances, et l’échelle de valeurs inversée.
En fait, l’un aurait tellement voulu être à la place de l’autre. Qui sait : peut-être qu’à cette place, il aurait fait mieux… Mais là n’est pas la question. Il n’y est pas, à cette place – il n’y sera probablement jamais, alors, il fait tout le contraire.
Ils s’appellent tous les deux Michel.
Et il est facile, trop facile désormais, de les opposer, de les comparer, surtout que l’écueil d’un manichéisme hyperréducteur est aussi gros que l’iceberg du Titanic – tellement facile que cela, finalement, n’a plus rien d’amusant ni d’intéressant. Justement à cause de cet attachement incroyablement méticuleux et quasi obsessionnel de Michel Aoun à faire tout ce que Michel Sleiman fait. Mais en prenant l’exact contre-pied du chef de l’État. Et ça, ce n’est vraiment pas malin.
Parce que, et quoi que l’on pense du locataire de Baabda, ce dernier n’a toujours pas fait le moindre faux pas. Et ce n’est certainement pas en annonçant clairement la couleur, en ce démarrage discret mais tellement dense d’une campagne électorale d’ores et déjà historique, qu’il risque de trébucher : Michel Sleiman appelle de ses vœux un bloc centriste, un bloc présidentiel, censé à ses yeux pleinement contribuer à l’aider à assurer encore mieux ce pour quoi il a été élu, ce pour quoi il est payé : être l’arbitre. Et cette annonce, rien que cette annonce, suffit pour donner les pires urticaires et autres cauchemars du monde aux caciques du CPL – Michel Aoun en tête.
Sans doute que l’alliance du 14 Mars y voit là, elle aussi, quelques raisons de s’inquiéter, de craindre quelques débauchages actifs au sein de ses rangs. Sauf que ce 14 Mars-là est loin d’être toujours aussi sot qu’il veut bien le montrer : ils ont compris, vraiment compris, au sein de la majorité, que Michel Sleiman serait probablement leur meilleur allié – plus encore : leur possible statue du Commandeur. Parce que, sans en avoir encore la fougue et la lettre, sans en arborer encore fièrement les couleurs, le chef de l’État incarne jusqu’à preuve du contraire le parfait esprit du concept-14-Mars. Par cette foi en un Liban ouvert au monde et carrefour du monde, par son attachement viscéral au respect de la légalité internationale, par sa détermination pudique mais féroce à asseoir le pouvoir de l’État sur l’ensemble du territoire libanais, par sa douce mais inexorable fermeté/pugnacité lorsqu’il s’agit de la stratégie de défense ou de l’axe syro-iranien, Michel Sleiman n’est finalement rien d’autre que le pur produit, en plus soft, plus souple dans la forme (est-ce nécessairement moins bien ?...), de ce concept-14-Mars, un enfant du siècle.
Le chef de l’État, auquel l’on reproche (et l’on continuera assurément à le faire) beaucoup de choses, sait qui il est et ce qu’il veut et comment il œuvre pour – et il n’est définitivement pas du genre à en faire une annonce publique avec force roulements de tambours. Le chef de l’État ne fera pas de coming-out politique. Mais le chef de l’État, c’est chose acquise et c’est chose parfaite pour le Liban, a perdu sa virginité politique. Tout le monde le sait désormais – il n’y a que Michel Aoun qui refuse de le voir et de l’admettre.
L’hiver, on le sait, fatigue les yeux. Sans doute qu’au printemps, les rétines deviennent, de gré ou bien obligées, beaucoup plus performantes.
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Y aura-t-il de la neige à Noël ? Y aura-t-il un bloc centriste au Parlement au prochain printemps ?
C’est une drôle d’histoire. Une histoire drôle. Une fable – peut-être… Avec une morale : tout le monde ne réussit pas, loin de là, le/son passage des galons à la cravate.
Ils sont deux : il y a l’un et l’autre.
Pour l’un, la cravate s’impose de plus en plus comme un habit presque naturel, la mutation se fait en douceur : aussi martialement soit-il noué, le nœud reste fluide, il y a une évidente volonté de se couler dans le bain de la nouvelle fonction sans faire de vagues. Pour l’autre, cette cravate reste(ra) comme l’accessoire ultime d’un travestissement, elle est devenue ce signe extérieur de crédibilité, de légitimité, cette tentative frénétique de se...