Des archéologues européens ont mis au jour des tombes en Allemagne datant de 4600 ans avant l’ère chrétienne dont l’une contenait les restes d’une femme, d’un homme et de deux jeunes enfants de la même famille enterrés se faisant face, une pratique surprenante dans la culture de l’âge de pierre, selon des travaux parus lundi aux États-Unis.
Une analyse d’ADN a permis à ces scientifiques de déterminer qu’il s’agissait bien de la mère, du père et de leurs deux fils âgés de 8 à 9 ans et de 4 à 5 ans respectivement. Cette découverte représente le plus ancien indice génétique moléculaire connu d’une cellule familiale dans le monde. « En établissant un lien génétique entre deux adultes et deux enfants enterrés ensemble, nous avons démontré la présence d’une cellule familiale classique dans un contexte préhistorique en Europe centrale », explique l’archéologue Wolfgang Haak de l’Université d’Adelaïde, principal auteur de cette étude. « À notre connaissance, il s’agit de la plus ancienne preuve génétique moléculaire d’une cellule familiale », ajoute-t-il tout en soulignant que cela « ne prouve pas que la cellule familiale de base soit un modèle universel ou la plus ancienne institution des communautés humaines. »
Les sépultures découvertes en 2005 à Eulau, en Saxe-Anhalt, étaient également inhabituelles pour les soins déployés dans le traitement des corps, précisent les chercheurs dont l’étude paraît dans les Annales de l’académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 17 novembre. Les restes de treize individus au total ont été découverts, tous avaient été enterrés simultanément. Le plus intrigant a été la manière dont les corps étaient disposés, qui semblaient être le reflet des relations des défunts durant leur vivant. Plusieurs paires d’individus étaient ensevelis se faisant face avec souvent leurs bras et mains entrelacés. Toutes les sépultures contenaient des restes d’enfants, allant de nouveau-nés à dix ans et d’adultes dans la trentaine ou plus. Fait intéressant : il n’y avait pas d’adolescents ni de jeunes adultes. Un grand nombre de corps (des ossements, des mâchoires, des dents...) montraient des traces de blessures indiquant que les victimes avaient été violemment agressées. Une des femmes avait été touchée par la pointe en pierre d’un projectile retrouvée dans une des ses vertèbres et une autre avait des fractures du crâne. Plusieurs corps portaient des traces de blessures sur leurs avant-bras et mains.
Les chercheurs ont reconstitué cette tragédie de l’âge de pierre en recourant à des techniques avancées d’analyse génétique et isotopique du strontium, un élément chimique proche du calcium, ainsi qu’à l’anthropologie et à l’archéologie. Ils ont pu ainsi faire la lumière sur l’organisation sociale au néolithique. « Nous avons mesuré les isotopes de strontium dans leurs dents, ce qui a donné une indication de l’endroit où ces individus ont passé leur enfance », explique Hylke de Jong, un des chercheurs de ce projet à l’Université de Bristol (GB). « Le strontium absorbé avec la nourriture est incorporé dans les dents quand elles poussent et on peut aussi retrouver la proportion de différents isotopes de strontium selon la géologie de la région d’où ils proviennent, ce qui permet de déterminer où l’individu a grandi », poursuit ce scientifique. Alistair Pike, archéologue de l’Université de Bristol et codirecteur de ce projet, précise que « l’analyse du strontium a montré que les femmes avaient passé leur enfance dans des régions différentes de celles où les hommes et les enfants avaient grandi ». Cela montre l’existence de mariages hors des communautés d’origine et aussi le fait que les femmes suivaient leur conjoint, des traditions qui devaient être importantes pour éviter des alliances consanguines et forger des relations avec d’autres groupes.
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Une analyse d’ADN a permis à ces scientifiques de déterminer qu’il s’agissait bien de la mère, du père et de leurs deux fils âgés de 8 à 9 ans et de 4 à 5 ans respectivement. Cette découverte représente le plus ancien indice génétique moléculaire connu d’une cellule familiale dans le monde. « En établissant un lien génétique entre deux adultes et deux enfants enterrés ensemble, nous avons démontré la présence d’une cellule familiale classique dans un...