« La lutte avec des ennemis déclarés est plus facile que la lutte avec le relativisme » est l’une des phrases-clés de la conférence de l’évêque polonais Tadeusz Pieronek, qui a parlé du rôle de l’Église en temps de crise et des écueils de l’engagement politique direct.
Sur le thème « Le rôle de l’Église en temps de crise », une conférence vient d’être donnée par Mgr Tadeusz Pieronek à la faculté de sciences religieuses de l’USJ, en présence notamment de l’ambassadeur de Pologne Tomasz Niegodzisz, du président de la Fondation maronite dans le monde, Michel Eddé, du recteur de l’USJ, le Pr René Chamussy, du doyen de la FSR, le P. Salim Daccache, et de M. Nagy Khoury, secrétaire général de l’amicale des anciens de Jamhour, qui, avec M. Eddé, avait été officiellement invité en Pologne, début septembre, pour découvrir ce beau pays, si proche spirituellement du Liban.
Statistiquement, l’Église de Pologne a vécu « en temps de crise » pratiquement la plus grande partie de son existence. Et c’est probablement sur ce plan qu’elle ressemble le plus à l’Église maronite. Ces crises ont été multiformes, mais les épreuves ont été surtout celles de la persécution par des forces contraires, souvent religieuses, qui tentaient de briser l’esprit de la nation polonaise, qui a fini par s’identifier avec celui de l’Église catholique.
Toutefois, l’Église de Pologne vit aujourd’hui à l’heure de l’ouverture, de la démocratie et de l’Europe. La persécution ouverte a disparu. Une autre persécution, plus subtile, s’est levée.
« Aujourd’hui, dit le conférencier, l’Église catholique en Pologne et les autres confessions jouissent de la liberté, mais se retrouvent devant les défis du monde moderne auxquels ils ne savent pas toujours répondre. Parfois, on pourrait avoir l’impression que la lutte avec des ennemis déclarés est plus facile que le relativisme moral, la mauvaise utilisation de la liberté, ou la course au succès ou à la richesse. Mais l’Église n’a-t-elle pas vocation à affronter des défis aussi difficiles ? »
Ancien secrétaire général de la conférence épiscopale polonaise, de 1993 à 1998, et recteur de l’Académie pontificale de Cracovie, Mgr Tadeusz Pieronek sait de quoi il parle. Il a fait l’expérience de la Pologne occupée par les nazis et celle d’aujourd’hui, avec la sombre transition communiste d’une cinquantaine d’années, entre la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’Empire soviétique (1989).
Les « erreurs »
de l’Église
C’est peut-être la raison pour laquelle il parle sobrement de tous les défis que l’Église catholique a affrontés, dans son pays, s’étendant notamment sur ce qu’il considère comme des « erreurs ».
Première erreur, la collaboration avec les pouvoirs publics, même quand ces derniers prennent des mesures répressives. « En Pologne, a affirmé le conférencier, l’Église, dans les siècles passés, a commis beaucoup d’erreurs dans sa coopération avec le pouvoir laïc, notamment lorsque ce dernier cherchait à abuser de son pouvoir en restreignant la liberté de religion. »
« Cette erreur peut être le résultat d’une mauvaise lecture de l’Évangile », affirme le conférencier. Une erreur involontaire, mais une erreur quand même, celle de vouloir mettre l’Évangile au service d’objectifs sociaux, économiques, culturels et politiques, ce qui finit par « minimiser sa force ».
Le triomphalisme est un autre type d’erreur commis par l’Église. Ainsi, après l’effondrement du communisme, « l’Église catholique, dès 1989, se voyant vainqueur et très sûre d’elle, sans autre réflexion, a cherché à retrouver au plus vite sa visitation d’avant la Seconde Guerre mondiale, quand elle avait plus de poids politique. Ce fut une erreur. En 1991, pendant les élections législatives, quelques évêques ont essayé d’appuyer un parti proche de l’Église. Cet essai n’a pas réussi, ce sera une leçon pour le futur pour que l’Église ne s’engage pas directement dans la politique ».
Et le conférencier de rappeler que les relations mutuelles entre l’Église et l’État ont été définies selon les règles de la Constitution pastorale Gaudium et spes, de Vatican II. Finalement, souligne le conférencier, l’Église en Pologne a compris qu’un concordat était nécessaire, délimitant les domaines respectifs de l’Église et de l’État. Ce concordat réprouve en particulier tout engagement direct d’une personne d’Église à une charge proprement politique et n’appuie même pas un système politique déterminé.
L’âge d’or
L’âge d’or de l’Église catholique, en Pologne, remonte, lui, à l’époque où « la Pologne a perdu son indépendance et a été partagée entre trois envahisseurs, les Prussiens protestants, les Russes orthodoxes et les Autrichiens catholiques ».
« Pendant toutes ces années, affirme l’évêque, la personne qui luttait contre la foi catholique luttait contre l’indépendance de la Pologne, et celui qui luttait contre la Pologne luttait également contre la foi. Pour les Polonais, ce fut la meilleure forme de défense du nationalisme et de la foi religieuse. »
C’est cet âge qui revint quand, grâce à l’Église, la nation polonaise recouvra ses droits et que l’Empire soviétique s’effondra. C’était toutefois pour se retrouver devant un ennemi plus sournois, un ennemi invisible et d’autant plus féroce qu’il ne se déclarait pas, le relativisme. C’est aujourd’hui l’Église universelle qui est confrontée à cet adversaire implacable, et c’est dans l’ordre des choses, puisque le Christ a promis à son Église qu’au long de son pèlerinage sur terre, elle ne saurait vivre sans tribulations.
« Que de similitudes entre nos deux pays, devait affirmer Nagy Khoury, en début de séance : union dans la souffrance, union dans les difficultés avec nos voisinages, union dans la présence chrétienne active, union dans l’importance accordée à la famille, union même dans les couleurs des drapeaux. »
Union dans la souffrance, union dans la gloire.
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Sur le thème « Le rôle de l’Église en temps de crise », une conférence vient d’être donnée par Mgr Tadeusz Pieronek à la faculté de sciences religieuses de l’USJ, en présence notamment de l’ambassadeur de Pologne Tomasz Niegodzisz, du président de la Fondation maronite dans le monde, Michel Eddé, du recteur de l’USJ, le Pr René Chamussy, du doyen de la FSR, le P. Salim Daccache, et de M. Nagy Khoury, secrétaire général de l’amicale des anciens de Jamhour, qui, avec M. Eddé, avait été officiellement invité en...