Le nouveau président américain doit ignorer la lettre de félicitations que lui a envoyée son homologue iranien, estiment des experts.
Selon des experts, une réponse de Barack Obama à la lettre de félicitations du président iranien pourrait entamer la popularité du président élu aux États-Unis, redorer le blason de Mahmoud Ahmadinejad en Iran, et passerait à côté du personnage-clé du régime iranien : le guide suprême Ali Khamenei. Lors de sa première conférence de presse post-électorale, M. Obama a indiqué qu’il « répondrait de façon appropriée » à la lettre de félicitations envoyée par M. Ahmadinejad au lendemain de sa victoire électorale, dans laquelle le président iranien lui demandait un changement radical de la politique des États-Unis. Le nouveau président américain s’exprimera dimanche soir lors de l’émission d’informations 60 minutes pour sa première interview télévisée depuis son élection le 4 novembre.
« L’administration Obama doit ignorer Ahmadinejad autant que possible parce qu’il n’est pas un interlocuteur utile, et il semble que son étoile politique soit en train de pâlir », estime Gary Samore, expert de l’Iran au Council on Foreign Relations (CFR). « À mon avis, il serait beaucoup plus sensé d’ouvrir le dialogue avec le guide suprême qui contrôle de fait le dossier nucléaire et les autres dossiers importants de politique étrangère », ajoute-t-il.
Les États-Unis considèrent l’Iran comme responsable de certains de leurs plus graves problèmes au Proche-Orient, non seulement à cause de ses activités nucléaires controversées, mais aussi en raison de son soutien aux mouvements antiaméricains en Irak, au Liban, dans les territoires palestiniens et en Afghanistan. Au début de sa campagne, M. Obama s’est déclaré prêt à dialoguer sans conditions avec le régime iranien, mais il a depuis durci son discours en déclarant que l’Iran devait « cesser » de soutenir des organisations terroristes et que la fabrication d’armes nucléaires par Téhéran était « inacceptable ».
L’administration sortante du président George W. Bush lui a de toute façon préparé le terrain, soulignent les analystes : elle a envoyé le numéro trois du département d’État, Williams Burns, participer à une réunion avec l’Iran en juillet à Genève, abandonnant de facto sa condition préalable de gel des activités d’enrichissement de l’uranium par Téhéran. En outre, l’administration Bush envisage d’ouvrir une section d’intérêts à Téhéran, ce qui serait la première mission diplomatique américaine en Iran depuis que les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques en 1979 après la prise en otages de diplomates américains dans la capitale iranienne.
Le président élu pourra toujours envoyer un « signal positif » à l’Iran quand il aura pris le pouvoir le 20 janvier, souligne Suzanne Maloney, de la Brookings Institution, suggérant par exemple la nomination d’un diplomate de haut rang qui serait chargé exclusivement de l’Iran.
Parallèlement, un groupe d’anciens diplomates américains ont prévenu M. Obama que les sanctions économiques contre la République islamique n’ont pas sérieusement affecté le régime en place. Dans un rapport qu’ils s’apprêtent à rendre publique la semaine prochaine, les experts estiment que « les Iraniens ont vu le résultat de la politique américaine en Irak et en Afghanistan et ne sont pas prêts pour un changement de régime dans leur pays ». Le rapport conseille par ailleurs à M. Obama « d’ouvrir des négociations directes et inconditionnelles avec de hauts responsables iraniens ». Selon eux, le nouveau président américain doit également laisser Téhéran participer à une table de négociations concernant l’avenir de l’Irak, l’Afghanistan et la région. « Les États-Unis et l’Iran soutiennent le même gouvernement au pouvoir en Irak et font face à des ennemis en commun, comme el-Qaëda et les talibans en Afghanistan », ajoute le rapport.
Dans le même temps, à Téhéran, un haut responsable religieux iranien a prévenu hier le président élu américain que les slogans antiaméricains continueraient de résonner en Iran, tant que les États-Unis se montreraient arrogants à l’égard de la République islamique. Il a également conseillé à M. Obama de prendre ses distances avec la politique du président sortant George W. Bush.
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Selon des experts, une réponse de Barack Obama à la lettre de félicitations du président iranien pourrait entamer la popularité du président élu aux États-Unis, redorer le blason de Mahmoud Ahmadinejad en Iran, et passerait à côté du personnage-clé du régime iranien : le guide suprême Ali Khamenei. Lors de sa première conférence de presse post-électorale, M. Obama a indiqué qu’il « répondrait de façon appropriée » à la lettre de félicitations envoyée par M. Ahmadinejad au lendemain de sa victoire électorale, dans laquelle le président iranien lui demandait un changement radical de la politique des États-Unis. Le nouveau président américain s’exprimera dimanche...