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Actualités - Opinion

Le billet d’humeur Palindrome d’Émilie SUEUR

En matière de compréhension des mots, l’étymologie est un phare. Quand un mot nous échappe, une analyse de sa racine nous permet au moins d’en cerner le sens général. Par un tour étymologique pour le moins intéressant, il se trouve que « palin » est un terme grec signifiant « en arrière », avec l’idée de répétition. Ainsi, un palindrome est un nombre, un mot ou une phrase qui peut se lire de la même manière de gauche à droite et de droite à gauche. Exemple : la mariée ira mal. D’où la question – que John McCain aurait certainement dû se poser plus tôt – : Sarah Palin échappe-t-elle à l’étymologie de son patronyme ? Juste après sa nomination comme colistière, Sarah Palin s’est présentée comme une « Hockey Mum », une Américaine moyenne qui emmène ses enfants aux entraînements sportifs, change les couches du petit dernier avec le sourire et va faire ses courses au Wal-Mart du coin. Quelques semaines plus tard, la presse révèle que la chasseuse d’orignal a été relookée pour un total de 150 000 dollars. Un relookage qui propulse l’ex-Miss Wasilla sur une orbite bien différente de celle où gravite « hockey mum ». Scandale, polémique... Sarah Palin remballe les tailleurs de Sacks Fifth avenue et les talons aiguilles version Sex and the City. Retour aux bottes en peau de phoque et aux vestes fourrées dénichées dans un dépôt vente de Wasilla, Alaska. « Hockey mum », « Fashionata », « Hockey Mum » : premier palindrome. Il y a quelques mois, Philip Munger, un ancien professeur de Wasilla, avait déclaré que Sarah Palin lui avait expliqué, en 1997, que « les dinosaures et les hommes ont vécu en même temps sur Terre, il y a six mille ans ». Confusion due à un visionnage excessif de Jurassic Park ou adhésion à la théorie répandue dans le courant créationniste américain d’une « jeune terre » que Dieu aurait créée il y a 6 000 ans, et sur laquelle hommes et dinosaures auraient cohabité ? Étant donné le « casier religieux » de Palin, la seconde option semble plus probable. Nouveau retour en arrière en matière de connaissance, avec effet de répétition de la bêtise du type « Inquisition ». Un beau « palin » en quelque sorte. En matière de « retour en arrière », c’est toutefois John McCain qui pourrait réellement se prendre l’effet boomerang en pleine tête. Après l’annonce de la nomination de Palin, la côte de popularité du candidat républicain était remontée en flèche. Avec son sourire ultrablanc, sa crinière « Wild, Wild West », son côté américain moyen et sa famille nombreuse, l’opération séduction de la GI Jane du Grand Nord semblait être un succès. Jusqu’à ce que Palin se mette à parler. Aux journalistes, qui plus est. Ce fut le début de l’ère des bourdes. Palin critique, devant les micros, la décision de McCain de ne pas faire campagne dans le Michigan. Palin étale son incompétence en politique étrangère, sur le mode : « Je maîtrise le dossier russe parce que de mon balcon, par temps ultradégagé, je peux apercevoir les “Rouges” de Sibérie orientale. » Sa dernière bourde en date, un véritable bijou, remonte à quelques jours seulement, quand Palin explique à des journalistes que « les vice-présidents ont vraiment un supertravail. (...) Ils sont aussi chargés du Sénat des États-Unis, donc s’ils veulent, ils peuvent vraiment s’impliquer avec les sénateurs et mettre en place beaucoup de bonnes réformes ». Si le vice-président est effectivement président du Sénat, ce titre est honorifique et, selon le principe de séparation des pouvoirs, la branche législative est totalement distincte de la branche exécutive. De bourdes en polémiques, Sarah Palin a réussi à perdre le soutien d’un certain nombre de personnalités au sein du Parti républicain. Par ricochet, McCain se voit lâché par des membres de son propre état-major. Le « palin », le retour en arrière, McCain doit bien le sentir ces jours-ci. Pire, mécontente des critiques à son encontre émises par certains de ses propres conseillers, Palin semble être devenue hors de contrôle, volant par là même le costume de « Maverick » dont se drapait McCain. Ces derniers jours, les médias américains suspectaient Palin de ne même plus suivre le script de la campagne, de ne plus dire ce qu’on lui dit de dire. Oh, surprise, « palin » est la racine de palimpseste, un terme qui désigne un parchemin sur lequel on a effacé le texte initial pour écrire par-dessus... Espérons que les Américains, dans un palindrome certes approximatif sur la forme mais correct dans l’esprit, diront à Palin, le 4 novembre : « Thanks, but no thanks. »
En matière de compréhension des mots, l’étymologie est un phare. Quand un mot nous échappe, une analyse de sa racine nous permet au moins d’en cerner le sens général. Par un tour étymologique pour le moins intéressant, il se trouve que « palin » est un terme grec signifiant « en arrière », avec l’idée de répétition. Ainsi, un palindrome est un nombre, un mot ou une phrase qui peut se lire de la même manière de gauche à droite et de droite à gauche. Exemple : la mariée ira mal.
D’où la question – que John McCain aurait certainement dû se poser plus tôt – : Sarah Palin échappe-t-elle à l’étymologie de son patronyme ?
Juste après sa nomination comme colistière, Sarah Palin s’est présentée comme une « Hockey Mum », une Américaine moyenne qui emmène ses enfants aux entraînements...