Durant de nombreuses années, c’est-à-dire l’ère Michael Schumacher (1998-2006), Ferrari s’est attachée à ne pas mettre un pilote trop talentueux dans les pattes de son champion, sans faire injure à Eddie Irvine, Rubens Barrichello et Felipe Massa. Au contraire, McLaren jouait, elle, la carte de deux pilotes de même niveau et traités à égalité.
Et puis, cette saison, la philosophie des deux écuries a été inversée, Heikki Kovalainen servant de faire-valoir à Lewis Hamilton, alors que Massa et Kimi Raikkönen étaient mis en concurrence directe. Cette stratégie a de grandes chances d’aboutir à sa conséquence logique ce week-end au Brésil : titre pilotes pour McLaren avec Hamilton (sept points d’avance sur Massa) et titre constructeurs pour Ferrari (onze points de plus que McLaren).
Ferrari : le funeste GP d’Autriche 2002
Lorsqu’on étudie les résultats des dix dernières années, cette tendance se confirme. Ainsi, mis à part la saison 1999, où Schumacher, grièvement blessé au Grand Prix de Grande-Bretagne à la mi-saison, n’avait pas pu se mêler à la lutte pour le titre, et avait été devancé par son coéquipier, Eddie Irvine (74 points contre 44 points), l’Allemand a toujours devancé son partenaire, et parfois même très largement, profitant de sa position d’intouchable chez Ferrari. Ainsi, en 2000, 2001 et 2002, trois saisons où il fut titré, Schumi marqua parfois plus du double de points que Barrichello (108-62 en 2000, 123-56 en 2001 et 144-77 en 2002). Les dirigeants de l’époque à la Scuderia, Jean Todt en tête, n’ont d’ailleurs jamais caché cet état de fait, difficile à dissimuler il est vrai.
Il est même arrivé que cette hiérarchie entre pilotes apparaisse de manière un peu trop marquée, comme lors du funeste épisode du Grand Prix d’Autriche 2002. Le Brésilien, parti en pôle, leader du début à la presque fin de la course, leva le pied dans les derniers mètres pour laisser passer et s’imposer Schumacher, il est vrai bien mieux placé dans la course au titre (44 points contre 6 après cinq courses). À l’époque, Jean Todt avait justifié cette décision par la politique d’entreprise, une notion assez éloignée de l’équité sportive...
McLaren : le traumatisme de 2007
Dans le camp McLaren, la logique était tout autre. « Les deux pilotes sont traités à égalité » : tel a toujours été le credo de Ron Dennis, le patron de l’écurie britannique. Ainsi, entre 1998 et 2006, les deux pilotes ont souvent été assez proches au classement final et l’ordre pouvait varier d’une année sur l’autre.
Et puis l’année 2007 a tout changé. Fernando Alonso, auréolé de ses deux titres mondiaux avec Renault, a été embauché à prix d’or pour redonner à McLaren son lustre d’antan et retrouver les sommets perdus de vue depuis Hakkinen (champion en 1998 et 1999). Face à l’Espagnol, Ron Dennis avait décidé de lancer dans le grand bain son poulain, le pilote qu’il bichonne et façonne depuis plusieurs années, Lewis Hamilton. Entre un grand pilote et un rookie aux dents longues, la concurrence s’annonçait intense. Elle fut terrible et destructrice. Hamilton, qui était là pour apprendre, se révéla très rapide, trop rapide même. Et Ron Dennis se retrouva face à un cruel dilemme : choisir entre les deux pilotes. Un dilemme qu’il ne parvint pas à résoudre, et c’est finalement Kimi Raikkönen qui s’empara du titre.
« Lewis et Heikki vont collaborer »
Fernando Alonso ne fut pas retenu quand il décida de repartir chez Renault fin 2007, et derrière le leader Hamilton, Ron Dennis installa un pilote, certainement doué, mais encore trop tendre pour inquiéter le Britannique et l’empêcher d’être champion, Heikki Kovalainen. Certes, cette nouvelle politique n’a jamais été clairement annoncée, car elle ne correspond pas à la philosophie ancestrale de l’écurie, mais elle ne dupe personne, malgré les déclarations d’intention du patron de McLaren en début d’année.
Il est également ironique de constater que chez Ferrari, depuis la retraite de Schumacher et son remplacement par Kimi Raikkönen aux côtés de Felipe Massa, la stratégie a également changé, mais dans le sens inverse, aucun pilote, Massa ou Raikkönen, n’étant désigné n° 1, sauf en cas de force majeure, comme à la fin de saison. « Comme d’habitude chez Ferrari, la priorité est de travailler dans l’intérêt de l’équipe », déclarait ainsi Stefano Domenicali, le directeur de la Scuderia, en septembre dernier. D’ailleurs, le Finlandais a clairement annoncé qu’il ferait tout ce qu’il peut pour aider le Brésilien à être champion cette saison. Avec quel résultat, le suspense reste encore présent. Heureusement que dans ce monde où tout semble parfois planifié à l’avance, l’incertitude du sport demeure un concept d’actualité...
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Et puis, cette saison, la philosophie des deux écuries a été inversée, Heikki Kovalainen servant de faire-valoir à Lewis Hamilton, alors que Massa et Kimi Raikkönen étaient mis en concurrence directe. Cette stratégie a de grandes chances d’aboutir à sa conséquence logique ce week-end au Brésil : titre pilotes pour McLaren avec Hamilton (sept points d’avance sur Massa) et titre constructeurs pour Ferrari (onze points de plus que McLaren).
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