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Actualités - Analyse

La situation Retour (temporaire ?) à l’esprit de Doha

Michel TOUMA Il y avait – il y a toujours – l’esprit (consensuel) de Taëf. Il y a aussi désormais (du moins pour une période transitoire) l’esprit de l’accord de Doha visant à calmer le jeu sur la scène politique locale dans l’attente des prochaines élections législatives. Ou d’un développement régional majeur susceptible de bouleverser la donne sur l’échiquier libanais. C’est ce retour à « l’esprit de Doha » qui semble s’être imposé au cours du week-end écoulé, à quelques jours de la relance, le 5 novembre prochain, du dialogue national sous l’égide du président de la République. Deux dossiers ont failli ces derniers jours remettre en question, dans une certaine mesure, le fragile statu quo concocté à Doha : la campagne menée par Issam Aboujamra afin d’obtenir une reconnaissance officielle et une consolidation institutionnelle des prérogatives du vice-Premier ministre ; et l’insistance du 8 Mars à élargir la table de dialogue afin d’y joindre des personnalités proches de Damas. Concernant ce dernier point, le président Michel Sleiman a tranché le problème en soulignant sans ambages, d’une manière fort diplomatique, qu’il « n’insistait pas » pour un élargissement de la liste des chefs de file conviés au dialogue, précisant qu’en tout état de cause, une telle mesure devrait faire l’objet d’un consensus. Or une source autorisée de la coalition du 14 Mars a d’emblée annoncé la couleur à ce propos en rappelant les termes de l’accord de Doha : le dialogue national devrait regrouper les 14 leaders et chefs de file ayant participé aux premières réunions de 2006, et ce dialogue devrait être axé sur la stratégie de défense. Abondant, à l’évidence, dans le même sens, le vice-président du conseil exécutif des Forces libanaises, Georges Adwan, a indiqué pour sa part que les FL étaient opposées à l’élargissement de la table de dialogue. La double attitude du président Sleiman et du 14 Mars devrait, en principe, mettre un terme aux tentatives du 8 Mars d’associer à la conférence de dialogue Omar Karamé, Sleimane Frangié et/ou Moustapha Saad. Il était question ces derniers jours que ce dernier représente un nouveau bloc parlementaire prosyrien regroupant les députés Assaad Hardane, Marwan Farès, Nader Succar et Moustapha Saad, ce qui aurait permis à un tel bloc de revendiquer un siège autour de la table de dialogue, du fait que lors du lancement du dialogue, début 2006, le critère retenu pour la participation aux réunions initiées alors par Nabih Berry était que tout bloc parlementaire regroupant quatre députés ou plus pouvait participer aux séances de la place de l’Étoile. Autre facteur de discorde qui aurait été désamorcé grâce, notamment, à la sage médiation du ministre Ibrahim Chamseddine : l’affaire des prérogatives du vice-Premier ministre. Selon diverses sources concordantes, le ministre Issam Aboujamra et avec lui le bloc aouniste auraient mis une sourdine à leur campagne sur ce plan. Nombre d’observateurs ont noté à cet égard que, dans ses discours prononcés au cours des dernières quarante-huit heures, le général Michel Aoun n’a pas abordé la question ni de près ni de loin. Le problème soulevé à ce sujet aurait été réglé sur base d’une proposition du Premier ministre Fouad Siniora visant à confier au vice-Premier ministre la tâche de présider les commissions ministérielles ad hoc qui pourraient être formées afin de plancher sur des dossiers précis. Cela équivaut à un retour à la pratique qui était de rigueur sous les gouvernements de Rafic Hariri lorsque Michel Murr était vice-Premier ministre. Quant à la question du bureau réclamé par Issam Aboujamra, ce n’est pas au Grand Sérail qu’il sera situé – comme le réclamait avec insistance le bloc aouniste – mais dans un immeuble du centre-ville proche du Sérail. Le contrat de location de ce bureau serait signé sous peu. À en croire des sources dignes de foi, cette détente apparente (et temporaire ?) au niveau du climat politique local serait, entre autres, le fruit de démarches d’apaisement qu’auraient entreprises ces derniers jours, loin des feux de la rampe, les dirigeants du Qatar – parrains de l’accord de Doha – ainsi que les hauts responsables de la Ligue arabe qui auraient rappelé à qui de droit les termes de l’entente convenus à Doha. Un bémol a toutefois été apporté à ce dégel, relatif, dans les rapports internes. Dans une déclaration à la Future News, le président Sleiman s’est prononcé, samedi, pour l’émergence d’un bloc parlementaire « centriste » qui regrouperait des députés souhaitant se tenir à égale distance des deux camps politiques en présence sur la scène locale. Une suggestion qui a été critiquée, d’une manière à peine voilée, par le ministre aouniste des Télécoms, Gebran Bassil, qui a affirmé que les propos sur un bloc parlementaire « neutre » visent à affaiblir les velléités de « réforme », sans compter que « la neutralité nourrit la corruption » (!). En tout état de cause, les milieux politiques n’ont pas manqué de relever l’arrivée inopinée à Beyrouth, dans le contexte présent, du « numéro deux » des services de renseignements égyptiens, le général Omar Qennaoui, porteur d’un message du président Hosni Moubarak au président Sleiman, au chef du Législatif et au Premier ministre qu’il a rencontrés hier, en sus du président Amine Gemayel et de M. Walid Joumblatt. Cette mission intervient, convient-il de noter, à la veille de la visite que Fouad Siniora doit effectuer au Caire dans le courant de cette semaine, après un bref crochet par le Koweït, où le Premier ministre est attendu sous peu. Parallèlement à ces concertations avec les dirigeants égyptiens et koweïtiens, le président Sleiman s’entretiendra aussi de son côté du dossier de la crise libanaise avec le pape Benoît XVI et les dirigeants italiens à la faveur de la visite qu’il effectuera au milieu de la semaine à Rome. Dans une déclaration faite en fin de semaine, le chef de l’État s’est montré résolument optimiste quant aux perspectives d’avenir au Liban, notamment sur les plans politique et économique. Reste à espérer que les traditionnels commanditaires de l’entreprise de déstabilisation ne reviendront pas à la charge pour saper tous les efforts de redressement déployés sans relâche par Baabda.
Michel TOUMA

Il y avait – il y a toujours – l’esprit (consensuel) de Taëf. Il y a aussi désormais (du moins pour une période transitoire) l’esprit de l’accord de Doha visant à calmer le jeu sur la scène politique locale dans l’attente des prochaines élections législatives. Ou d’un développement régional majeur susceptible de bouleverser la donne sur l’échiquier libanais. C’est ce retour à « l’esprit de Doha » qui semble s’être imposé au cours du week-end écoulé, à quelques jours de la relance, le 5 novembre prochain, du dialogue national sous l’égide du président de la République.
Deux dossiers ont failli ces derniers jours remettre en question, dans une certaine mesure, le fragile statu quo concocté à Doha : la campagne menée par Issam Aboujamra afin d’obtenir une reconnaissance...