Des voix se sont élevées à Québec en faveur d’un recentrage de l’OIF sur la défense
du français et de la diversité culturelle.
Les chefs d’État et de gouvernement ont débattu dimanche, au cours d’un sommet dominé par la crise financière, de la langue française, pour la première fois thème à part entière d’un sommet de la Francophonie, aux côtés de la gouvernance économique, de l’État de droit et de l’environnement. Toutefois, certains participants s’interrogeaient sur le tournant politique pris depuis quelques années par l’Organisation internationale de la Francophonie, au risque de devenir, selon les termes d’un expert du sujet, Dominique Wolton, « une ONU bis sans moyen ».
« On se demande parfois quelle est la pertinence de ce forum pour débattre d’un certain nombre de sujets », a déclaré pendant le sommet le secrétaire d’État belge aux Affaires étrangères, Olivier Chastel, résumant un avis partagé par d’autres délégués. « Que la Francophonie s’occupe clairement du développement du français, des grands thèmes généraux comme la liberté de droits, OK. Mais pour les points de politique étrangère, les conflits se règlent à l’ONU », a-t-il estimé. Du coup, la déclaration finale de Québec est, selon lui, un texte « fourre-tout » qui comprend beaucoup de « déclarations de principes » sur les grands thèmes abordés, mais qui ne peut s’engager au-delà de ce qui est décidé dans les instances internationales « adéquates ».
« À quoi sert à l’avenir un organisme mondial de la Francophonie si la défense de la langue commune est au dernier rang de ses préoccupations ? » s’interrogeait pour sa part le quotidien québécois Le Devoir. Pour Dominique Wolton, la Francophonie doit se recentrer sur « ce qu’elle sait faire : défendre le français, c’est défendre toutes les autres langues et le pluralisme linguistique » dans un monde dominé par l’anglais. « Si la Francophonie continue à ressembler à une ONU bis, elle y gagnera peut-être en tapis rouges, mais elle y perdra son âme. À faire des grandes déclarations sur tout, elle y perd sa crédibilité », a-t-il affirmé. Il critique également « l’absence de vision stratégique de la France en matière de Francophonie » alors qu’elle finance à 80 % ses institutions. Il milite pour une « Académie de la Francophonie » qui intègre le « français des banlieues, de l’Outre-mer, des francophones » et pour une « Francophonie des affaires ».
Le Bénin a proposé au sommet la création d’un « visa francophonie » facilitant la circulation des personnes, une idée défendue dans un rapport publié en juin qui critiquait une France « repliée sur elle-même ». Le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, a, lui, estimé que la défense du français et de la diversité allait de pair avec « des choix politiques forts » visant à « l’émergence d’un multilatéralisme plus équilibré, plus solidaire ». Dans la déclaration finale, les membres de la Francophonie s’engagent à « garantir sa pleine reconnaissance sur la scène internationale » notamment par l’application d’un vade-mecum sur l’utilisation du français dans les instances mondiales. Ils défendent « un pacte linguistique » entre l’OIF et les États et gouvernements qui le souhaitent pour favoriser l’utilisation du français.
La Francophonie compte quelque 200 millions de francophones dans le monde. Le français, en perte de vitesse, est la neuvième langue parlée dans le monde derrière le chinois, l’anglais, l’indi, l’espagnol, le russe, l’arabe, le bengali et le portugais. La France a dépensé 410 millions d’euros en 2008 pour l’enseignement du français dans le monde.
Ingrid BAZINET (AFP)
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du français et de la diversité culturelle.
Les chefs d’État et de gouvernement ont débattu dimanche, au cours d’un sommet dominé par la crise financière, de la langue française, pour la première fois thème à part entière d’un sommet de la Francophonie, aux côtés de la gouvernance économique, de l’État de droit et de l’environnement. Toutefois, certains participants s’interrogeaient sur le tournant politique pris depuis quelques années par l’Organisation internationale de la Francophonie, au risque de devenir, selon les termes d’un expert du sujet, Dominique Wolton, « une ONU bis sans moyen ».
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