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La situation Politique nationale et diplomatie partisane

Mahmoud HARB Dans cette fédération confessionnelle édulcorée qu’est devenu le Liban, il est coutume que les chefs politico-communautaires mènent leur propre diplomatie, parallèlement à celle de l’État, pour drainer le soutien – et parfois les fonds – étrangers. En tant que telle, la visite du chef du CPL Michel Aoun à Téhéran est donc une démarche plutôt normale, vu qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une sorte de « lobbying » à la libanaise, d’une diplomatie partisane à laquelle nombre de formations politiques se sont déjà employées. Quoique l’accueil quasiment digne d’un chef de l’État qu’ont réservé les autorités iraniennes à un député libanais puisse étonner plus d’un… Toujours est-il que certains éléments ayant trait aux circonstances de la visite du chef du CPL ainsi qu’aux propos tenus par ce dernier mériteraient une attention particulière. En effet, Michel Aoun a choisi la date hautement symbolique pour ses partisans qu’est le 13 octobre pour effectuer son déplacement dans la capitale des ayatollahs. L’ancien chef du gouvernement intérimaire aurait-il misé sur la passion qu’inspire la date du raid des Mig syriens sur le « palais du peuple » pour calmer sa base populaire face à une visite qui ne serait pas sans susciter l’ire de nombreux milieux chrétiens ? Ou bien chercherait-il à mettre en avant le fait que le 13 octobre 2008 marquera une date charnière dans l’histoire du pays, tout comme cette même journée avait marqué l’avènement de la République de Taëf et de Anjar, il y a dix-huit ans de cela ? Le séjour de Michel Aoun en Iran soulève en outre des interrogations du fait de sa longueur pratiquement inhabituelle. Après avoir rencontré le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, dès le premier jour de son arrivée, à quoi le chef du CPL compte-t-il occuper les six journées restantes de sa tournée à Téhéran ? Le guide de la révolution islamique, Ali Khamenei, pourrait-il lui faire l’honneur de le recevoir, lui qui n’a jamais reçu, à une ou deux exceptions près, que des responsables musulmans ? Ou bien les responsables de la République islamique projettent-ils d’organiser de nombreuses rencontres entre Michel Aoun et la communauté chrétienne iranienne, comme l’avait annoncé l’ambassadeur Mohammad Riza Chibani depuis Rabieh, samedi ? Le diplomate iranien avait en effet indiqué que « divers programmes ont été prévus pour la visite du général afin de l’informer de la place prépondérante qu’occupent les chrétiens iraniens », saluant, tout comme Manouchehr Mottaki hier, « le rôle du général Aoun sur la scène chrétienne orientale ». Une tournée chrétienne de Michel Aoun permettrait à l’Iran de redorer son blason sur la scène régionale et internationale, et de tenter de mettre en avant une forme du « respect de la pluralité » au sein de son régime islamique. Il est fort à douter toutefois qu’une telle démarche puisse contrebalancer l’image de la situation désastreuse des droits de l’homme dans l’Iran khomeyniste qu’ont rappelée la merveille de Marjane Satrapi, Persépolis, ou l’appel de Mahmoud Ahmadinejad à « purger les professeurs laïcs des universités » ou ses propos quant à « l’inexistence d’homosexuels en Iran ». Un autre élément à relever est la coïncidence (fortuite ? délibérée ?) de la visite du député Aoun à Téhéran avec celle du président de la République, Michel Sleiman, en Arabie saoudite. Cette correspondance temporelle du voyage partisan et du déplacement présidentiel semble constituer un message adressé au chef de l’État. En se faisait accueillir chez les rivaux honnis des Saoudiens, au moment même où Michel Sleiman était reçu avec grande chaleur par les responsables wahhabites, le chef du CPL semble vouloir concurrencer la diplomatie de la magistrature suprême et dénoncer implicitement la représentativité chrétienne du président. D’ailleurs, la critique virulente de la politique saoudienne à laquelle s’est livré Michel Aoun au moment même où Michel Sleiman se trouvait à Riyad semble en dire long sur ce sujet. Le chef de l’État n’a toutefois pas hésité à riposter en martelant que « tout Libanais qui s’en prend à l’Arabie saoudite s’éloigne de son arabité ». Il reste à constater que ce sont deux visions contradictoires du Liban qui ressortent des propos tenus de part et d’autre du Golfe. D’un côté, un rattachement à l’arabité, d’un autre, la proclamation de l’Iran comme « première puissance régionale et ami le plus proche du Liban ». D’un côté, la réconciliation, d’un autre, la guerre contre les pétrodollars lancée depuis un pays pétrolier. D’un côté, la politique nationale présidentielle, d’un autre, la diplomatie partisane. Et au milieu, les Libanais qui sont appelés à départager les deux visions, lors des prochaines législatives…
Mahmoud HARB

Dans cette fédération confessionnelle édulcorée qu’est devenu le Liban, il est coutume que les chefs politico-communautaires mènent leur propre diplomatie, parallèlement à celle de l’État, pour drainer le soutien – et parfois les fonds – étrangers.
En tant que telle, la visite du chef du CPL Michel Aoun à Téhéran est donc une démarche plutôt normale, vu qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une sorte de « lobbying » à la libanaise, d’une diplomatie partisane à laquelle nombre de formations politiques se sont déjà employées. Quoique l’accueil quasiment digne d’un chef de l’État qu’ont réservé les autorités iraniennes à un député libanais puisse étonner plus d’un…
Toujours est-il que certains éléments ayant trait aux circonstances de la visite du chef du CPL ainsi...