L’ancien président de la République Amine Gemayel a appelé les Libanais et les
chrétiens en particulier à quitter la politique des axes extérieurs et à jouer l’ouverture dans toutes les directions, conformément à l’esprit du pacte de 1943.
M. Gemayel s’exprimait lors d’une cérémonie de prestation de serment de nouveaux adhérents au Kataëb dans la région de Batroun.
« Tant qu’il restera des armes autres que les armes légales et qu’il y aura un État dans l’État, les Kataëb garderont l’œil sur les institutions et la patrie », a-t-il déclaré dans un discours prononcé à cette occasion.
« Les armes illégales menacent de se retourner contre le système, comme cela s’est produit le 7 mai dernier, ainsi qu’avec l’occupation du centre-ville de Beyrouth et ce que nous entendons quotidiennement comme menaces du genre : “ Ou bien vous faites ce que nous voulons, ou bien nous ferons telle chose ” », a-t-il ajouté.
« Les menaces visent aussi les plus hautes instances spirituelles. L’insolence est arrivée au point où des attaques blessantes sont dirigées contre Bkerké et le patriarche. Le plus regrettable, c’est que ces insultes émanent de proches qui étaient censés être à nos côtés pour défendre ces institutions et nos constantes. Que Dieu leur pardonne. Nous espérons qu’ils reviendront vers le droit chemin, celui de la souveraineté et de l’indépendance », a-t-il dit.
Il a relevé que « les périls viennent aussi de l’extérieur. Nous savons très bien ce qui se déroule autour de nous. Il y a de grandes transformations et il est question de guerres. Les menaces proviennent de toutes parts, et ce que nous craignons, c’est de grandes explosions dans la région dont le Liban aurait à payer le prix. Sans parler de la grande crise financière internationale. Jusqu’ici, celle-ci n’a pas eu de répercussions au Liban, mais il ne fait pas de doute que ce pays finira par payer quelque chose sur le plan socio-économique ».
« Il faudrait retourner à l’esprit du pacte de 1943 qui exclut tant l’Est que l’Ouest et toutes les alliances, d’ici et de là, aux dépens de l’entité libanaise et de son unité », a ajouté M. Gemayel, déplorant qu’une « fraction de Libanais se laisse embarquer dans une alliance régionale ou internationale et même se lie à telle ou telle stratégie au détriment de la souveraineté du Liban et de sa stabilité ».
« C’est pourquoi nous estimons qu’il n’y aura point de salut pour le Liban hors du retour au pacte de 1943. Nous ne voulons nous lier à aucun axe. Le seul axe qui nous sauvera est le retour aux racines et aux constantes du Liban. À ceux qui considèrent que le salut de notre pays réside dans la stratégie syro-iranienne ou dans la stratégie américaine, nous disons : nous voulons être les amis de tout le monde. C’est cela le rôle du Liban, d’être ouvert à tous mais seulement pour servir ses propres intérêts, pas ceux d’autrui, quel qu’il soit », a-t-il ajouté.
« Ne nous mêlons pas aux jeux des grands, car ils sont au-delà de nos moyens. Mais nous ne voulons pas non plus que les grands jouent leur jeu sur le théâtre libanais. Le Liban que nous voulons, c’est celui de la neutralité positive », a-t-il encore dit.
Le rôle de l’Arabie saoudite
L’ancien président a en outre critiqué « les attaques injustes contre l’Arabie saoudite et ses dirigeants de la part de ceux qui devraient être à nos côtés ». « C’est mal de cracher dans la soupe. Le royaume a tendu la main aux Libanais. Il les a accueillis par centaines de milliers et leur a assuré des moyens de subsistance. Il a soutenu généreusement le Liban dans les situations les plus difficiles, sans jamais cacher d’ambitions annexionnistes ou hégémonistes. Nous ne cherchons pas à défendre l’Arabie saoudite. Nous voulons les meilleures relations avec tout le monde, avec l’Arabie saoudite, avec l’Iran et avec la Syrie, avec tous ceux qui respectent la souveraineté du Liban et ses intérêts supérieurs. Il n’est pas dans l’intérêt des chrétiens de s’engager dans un axe contre l’autre », a déclaré M. Gemayel.
« Le rôle des chrétiens libanais et du Machrek, c’est de vivre un christianisme d’ouverture et d’être des ponts entre toutes les parties », a-t-il dit.
Pour lui, « les Kataëb étaient et resteront la garantie fondamentale de la pérennité du Liban, tant dans la guerre que dans la paix. Pour la résistance, il y a les Kataëb, et pour le dialogue, il y a aussi les Kataëb. Aujourd’hui, ce parti est revenu sur la scène avec force et détermination. Nous mènerons la campagne électorale en coopération avec nos alliés. Nous serons unis dans la bataille pour consolider la ligne souverainiste. Nous nous entendrons avec nos alliés », a-t-il insisté, soulignant que « les Kataëb de Batroun resteront ce qu’ils ont toujours été, un élément dont on tient compte, électoralement parlant ».
« Les Kataëb méritent d’être représentés à Batroun, a ajouté M. Gemayel, indiquant que Samer Georges Saadé (fils de l’ancien président du parti Georges Saadé) a été choisi par les militants de la région. « Toutefois, a-t-il précisé, la décision finale sera prise dans le cadre d’un accord avec nos alliés afin de consolider la ligne souverainiste, fondement de toute bataille et de toute échéance. »
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