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Actualités - Opinion

Le billet d’humeur La foi du charbonnier Émilie SUEUR

« J’voudrais avoir la foi, la foi d’mon charbonnier Qu’est heureux comme un pape et con comme un panier. » Georges Brassens L’état de mon compte en banque étant ce qu’il est, il a fallu que la crise financière prenne une dimension véritablement mondiale pour que le phénomène commence un tant soit peu à m’interpeller. Plus par curiosité intellectuelle que pour déterminer si des mesures s’imposaient pour la protection de mon pécule. Soyons lucides. En parcourant les pages des journaux spécialisés, je découvrais un monde, clairement parallèle au mien, dont le vocable même m’était plus étranger que du papou. Dans un élan de gentillesse, ou de pitié, une âme généreuse s’employa à éclairer ma lanterne. À grand renfort de schémas alambiqués, elle m’expliqua les mouvements d’argent et l’équilibrage des risques dans une banque. Mme Michu dépose ses euros, la banque place, investit, prête, touche des intérêts, en verse, etc. En termes de compréhension du système financier, je revenais au niveau de la mer. Le lendemain, une deuxième âme charitable eut la bonté de bien vouloir m’expliquer le pourquoi de l’ampleur de la crise. L’ami n’avait ni crayon ni papier. L’affaire s’annonçait corsée. J’eus d’abord droit à un cours intensif en « subprime » : en gros, on prête à un type qui n’aurait jamais décroché un crédit pour s’acheter un lecteur DVD, assez d’argent pour s’offrir une maison. Quand la Réserve fédérale relève ses taux d’intérêt, il est clair que le type, dont les fins de mois commencent le 15, ne va plus rembourser son prêt. Je commençais à voir le marc au fond de ma tasse de « Beirut Blend », quand il sortit l’artillerie lourde : titres représentatifs, marché des prêts hypothécaires, répercussions sur les marchés financiers… « Et puis tout est lié, ajouta-t-il, des Japonais qui placent aux États-Unis, des Golfiotes qui placent au Japon… Le problème, c’est que tout repose sur la confiance et là, la confiance s’est effondrée. » Silence... Visiblement, il attendait une réaction de ma part. Je pris un air très inspiré, et, rapidement, fourrais un loukoum dans ma bouche en répétant mentalement mon mantra : « Un petit moment de honte est vite passé. » Magnanime, il lança une bouée de sauvetage vers mon ego qui se noyait : « Tu sais, tout ceci est compliqué. » J’ai relevé la tête, une lueur d’espoir dans les yeux. Alors il m’asséna le coup de grâce : « En fait non, ce n’est pas compliqué, c’est complexe. » Ce n’était plus la crise qui était le problème, c’était moi ! À ce moment précis, j’ai aperçu l’Atlantide. Et puis, j’ai découvert Didier Le Ménestrel. Après avoir lu son interview dans Le Figaro, M. Le Ménestrel, on a sincèrement envie de l’appeler Didier, parce que tout président qu’il est d’une énorme société de gestion de portefeuille, il sait parler aux nuls. Dans le courant, Didier, il doit parler le « financier », un dialecte à base de taux d’escompte, de recapitalisation, de taux directeur, de Nasdaq, Tasi et autres titrisations… Pour Le Figaro, il a shifté sur sa seconde langue, le « français moyen », en gros ma langue. Didier, il n’aborde pas vraiment le fond du problème, mais il m’explique que « la finance était devenue folle, mais maintenant il y a un pilote dans l’avion ». Didier, il a visiblement l’habitude de s’adresser aux neuneus, parce qu’il répète : « Il y a le feu, c’est vrai, mais les pompiers sont là en force et ils sont en train d’agir. » Histoire de s’assurer totalement que le message est bien passé, il ajoute encore que « les bulles se sont dégonflées ». Celui qui n’a compris ni l’avion, ni le feu, ni les bulles, même Didier, il ne peut plus rien pour lui. Et puis il m’a averti : il ne faut pas vendre, il ne faut pas craquer ! « Ceux qui craqueront aujourd’hui feront la fortune des fonds vautours, des prédateurs qui, eux, s’apprêtent à ramasser des actifs bradés en Bourse. » Ne pas craquer, surtout ne pas craquer. Bon d’accord, je n’ai rien à vendre, mais c’est pas grave, il ne faut pas craquer. Il faut d’autant moins craquer, que Didier nous promet des jours meilleurs. Des jours où les marchés rebondiront, où les prix des actifs se reconnecteront à leur valeur. « Nous sommes pile au moment où il faut avoir la foi du charbonnier », nous intime alors Didier. Et là, le doute affreux. Didier nous prendrait-il pour des cons ?
« J’voudrais avoir la foi, la foi d’mon charbonnier
Qu’est heureux comme un pape et con comme un panier. »

Georges Brassens

L’état de mon compte en banque étant ce qu’il est, il a fallu que la crise financière prenne une dimension véritablement mondiale pour que le phénomène commence un tant soit peu à m’interpeller. Plus par curiosité intellectuelle que pour déterminer si des mesures s’imposaient pour la protection de mon pécule. Soyons lucides.
En parcourant les pages des journaux spécialisés, je découvrais un monde, clairement parallèle au mien, dont le vocable même m’était plus étranger que du papou. Dans un élan de gentillesse, ou de pitié, une âme généreuse s’employa à éclairer ma lanterne. À grand renfort de schémas alambiqués, elle m’expliqua les mouvements d’argent et...