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Actualités - Analyse

Éclairage Une prochaine réconciliation interchrétienne ? Pas si sûr...

Scarlett HADDAD Dans la foulée des réconciliations entre les pôles ennemis il y a quelques jours encore, la scène politique chrétienne est sur la sellette. Mais les facteurs qui ont permis ces rencontres sont plus complexes qu’on ne le croit... Depuis que les réconciliations se succèdent sur la scène libanaise, d’abord entre le PSP et le Hezbollah, puis à Tripoli, et plus récemment entre le Courant du futur et les deux blocs chiites, on parle de plus en plus d’un processus identique sur la scène chrétienne. Bkerké a même formé une commission spéciale composée de quatre évêques, Mgrs Roland Aboujaoudé, Samir Mazloum, Youssef Béchara et Boulos Matar, pour tenter de rapprocher les points de vue entre les pôles politiques chrétiens, alors que la Ligue maronite multiplie les réunions avec les mêmes pôles pour tenter de parvenir à un accord minimal sur des principes communs ou une charte d’action commune. Même le président de la République, Michel Sleiman, a promis de convoquer dans les prochains jours les pôles chrétiens à Baabda pour des entretiens d’abord bilatéraux, mais qui pourraient devenir plus élargis si les bonnes dispositions chez les uns et les autres se précisaient. Des efforts sérieux sont donc entrepris pour que la scène politique chrétienne n’échappe pas à la vague de réconciliations qui souffle sur le pays. Mais, selon une source de l’opposition, les choses sont bien plus complexes qu’on ne veut le présenter. Cette source rappelle que les récentes réconciliations ne sont pas nées d’un soudain réveil de conscience chez les leaders qui ont décidé de renouer le dialogue entre eux. La même source précise que cette série de réconciliations intervient après les événements du 7 mai à Beyrouth et dans la Montagne, après les quatre rounds d’affrontements à Tripoli et après des incidents divers dans la Békaa et au Sud. Pour cette source de l’opposition, il a fallu, à chacune de ces étapes, que celle-ci remporte la bataille sur le terrain pour que les forces de la majorité acceptent le principe d’une réconciliation. Cela a commencé le 7 mai dans la Montagne lorsque Walid Joumblatt a été le premier à réagir. À Choueifate et à Kaïfoun, la violence des combats a montré que la discorde était sur le point de s’étendre à la communauté druze elle-même. Ce que Joumblatt ne pouvait pas accepter. Il a donc appelé au calme et a accepté d’ouvrir un dialogue avec l’émir Talal Arslane en prélude à une réconciliation avec Amal et le Hezbollah. La source de l’opposition affirme qu’avec le Courant du futur, le processus a pris plus de temps, car il fallait encore attendre l’issue des affrontements à Tripoli. Toutefois, bien qu’encerclés, les alaouites ont montré qu’ils étaient armés et préparés à la bataille. Ils ont d’ailleurs bombardé les quartiers plus ou moins « éloignés du front », montrant ainsi leur capacité de nuisance et semant la peur chez les habitants de la ville. Initiatives arabes Pour la source de l’opposition, ces facteurs ont largement contribué à accélérer le processus de réconciliation, d’autant que la situation sur le terrain était totalement bloquée. De plus, autre élément important, selon la source de l’opposition, des parties arabes sont intervenues pour pousser la majorité à accepter la réconciliation. Il y a eu d’abord la visite imprévue du ministre égyptien des AE Ahmad Aboul Gheit, qui avait clairement alerté les protagonistes sur le danger de maintenir la tension à Tripoli, ensuite les initiatives répétées de l’ambassadeur d’Arabie saoudite, Abdel-Aziz Khoja, qui a appelé au dialogue entre les parties. Autre élément à relever dans les réconciliations actuellement en cours, précise la source de l’opposition, c’est la reconnaissance, sans doute tardive mais effective, par le Courant du futur d’une place aux autres leaders sunnites. C’est ainsi que Saad Hariri s’est rendu à la résidence d’été de l’ancien Premier ministre Omar Karamé à Bkaassefrine et il s’est aussi rendu auprès de l’ancien Premier ministre Sélim Hoss, qui a d’ailleurs joué un rôle important dans le rapprochement entre le Courant du futur et le Hezbollah. Pour en revenir à la scène politique chrétienne, la source de l’opposition explique qu’il n’y a pas eu de développements sur le terrain, depuis le triste 23 janvier 2007, où la situation avait commencé à déraper dans les régions chrétiennes. Ce que nul ne saurait regretter, d’autant que les précédentes expériences n’ont pas poussé au dialogue et à la réconciliation, mais à plus de rancœur et de division. De plus, aucun État n’est intervenu en faveur des réconciliations, ce qui prouve quelque part que les pôles chrétiens ne sont pas rattachés à un pays en particulier. De même, l’autorité religieuse qui aurait pu jouer le rôle de médiateur et de moteur est considérée par l’opposition comme étant partiale. Enfin, le problème des pôles chrétiens, c’est qu’en général, ils ne se reconnaissent entre eux aucune légitimité, chacun voulant se présenter comme le plus populaire, minimisant l’importance de ses rivaux. Dans ce contexte, les réconciliations deviennent donc plus difficiles, surtout à la veille des législatives où chaque camp veut mobiliser sa base. Mais pas nécessairement impossibles, d’autant que le chef de l’État semble désormais déterminé à agir, avec l’aide de la Ligue maronite et des évêques. Face à cette pression et surtout face aux images des autres réconciliations, les pôles chrétiens pourront-ils refuser de renouer le dialogue, à défaut de procéder à un véritable rapprochement ?
Scarlett HADDAD

Dans la foulée des réconciliations entre les pôles ennemis il y a quelques jours encore, la scène politique chrétienne est sur la sellette. Mais les facteurs qui ont permis ces rencontres sont plus complexes qu’on ne le croit...

Depuis que les réconciliations se succèdent sur la scène libanaise, d’abord entre le PSP et le Hezbollah, puis à Tripoli, et plus récemment entre le Courant du futur et les deux blocs chiites, on parle de plus en plus d’un processus identique sur la scène chrétienne. Bkerké a même formé une commission spéciale composée de quatre évêques, Mgrs Roland Aboujaoudé, Samir Mazloum, Youssef Béchara et Boulos Matar, pour tenter de rapprocher les points de vue entre les pôles politiques chrétiens, alors que la Ligue maronite multiplie les réunions avec les mêmes pôles...