Le climat de réconciliation continue de susciter quotidiennement un flot de commentaires de tous bords. Les milieux du 14 Mars soulignent à l’unisson que ces réconciliations ne signifient nullement une renonciation aux principes de la révolution du Cèdre.
L’opportunité, la portée et le bien-fondé des réconciliations initiées à divers niveaux et dans plus d’une région continuent de focaliser l’attention des milieux politiques, toutes tendances confondues.
M. Ahmad Fatfat, député de Denniyé et membre du Courant du futur, a souligné, au cours d’un iftar, que le climat de discorde et les incidents sécuritaires se sont maintenus en dépit de la conclusion de l’accord de Doha à la suite des événements de mai dernier. « Les forces du 14 Mars ont, par voie de conséquence, pris l’initiative, après concertations entre elles et sur base d’une décision commune, de lancer des opérations de réconciliation dans les régions de la Montagne, à Tripoli et dans la Békaa, a souligné M. Fatfat. À cela est venu s’ajouter l’important et courageux discours de Samir Geagea qui a pris l’initiative de présenter des excuses au peuple libanais et d’appeler à la réconciliation. Mais malheureusement, aucune réaction positive n’a été enregistrée au niveau des autres leaders chrétiens. C’est dans le cadre de cette volonté de détente que le député Saad Hariri a indiqué que les portes de Koraytem sont ouvertes à tout le monde. Le Hezbollah a de ce fait demandé un rendez-vous. La réunion a été franche et claire. Les points ont été mis sur les i et Saad Hariri a tenu des propos très clairs concernant son projet politique. »
Et M. Fatfat d’ajouter : « Nous œuvrons à éviter la discorde et à favoriser la détente. Cela ne signifie nullement que nous renonçons à l’un quelconque des principes de la révolution du Cèdre dont vous avez porté le flambeau depuis 2005. Notre décision (en faveur de la réconciliation) est celle du 14 Mars dans son ensemble, dans toutes ses composantes et en coordination avec les alliés du 14 Mars. Notre option en faveur de la réconciliation vise à permettre à la vie politique de reprendre son cours normal. Cela ne signifie pas que nous avons oublié ce qui s’est passé en mai (l’attaque du Hezbollah contre Beyrouth-Ouest, le 7 mai dernier). Mais notre riposte et votre riposte aux événements de mai 2008 se manifesteront dans les urnes en mai 2009. » Et M. Fatfat de conclure : « Nous nous sommes engagés dans une grande bataille politique dont l’aboutissement sera les prochaines élections qui détermineront si le projet de Rafic Hariri fera chou blanc, si l’État libanais tombera aux mains de ceux qui désirent le briser. »
Le député de Tripoli Misbah el-Ahdab a réitéré son soutien à toute démarche faisant passer le Liban du climat de confrontation à un climat de paix. « Mais la réconciliation a ses conditions, a déclaré M. Ahdab. La première de ces conditions est de reconnaître que ce qui s’est passé à Beyrouth le 7 mai dernier était une erreur et non pas un acquis. Les armes qui étaient destinées à Israël ont été dirigées vers l’intérieur et il en a résulté 82 tués. » M. Ahdab a, d’autre part, dénoncé dans ce cadre la présence d’« îlots sécuritaires dans le pays, et plus particulièrement à Tripoli ». « Je conçois que l’armement du Hezbollah ait une vocation régionale, mais je ne comprends pas pourquoi il existe des armes à Tripoli, s’est interrogé Misbah Ahdab. À Tripoli, le Hezbollah n’a pas de présence, mais il existe des instruments qui lui sont inféodés. »
Le député Nabil de Freige, membre du Bloc du futur, a souligné pour sa part que « la réconciliation devrait être consolidée par des garanties qui permettraient à toutes les factions d’être rassurées quant à leur avenir et leur sécurité dans ce pays ». « Ceux qui sont lésés (par l’édification de l’État) ont beau nous provoquer, notre décision au sein du 14 Mars est prise dans le sens de l’édification de l’État. Les démarches entreprises par Saad Hariri en vue de la réconciliation ainsi que l’attitude de Walid Joumblatt, et, par la suite, le discours de Samir Geagea, qui a fait son mea culpa au sujet des erreurs du passé en vue d’avancer sur la voie de la réconciliation, sont la preuve de la détermination du 14 Mars à transposer au sein des institutions et sous l’égide de l’État les conflits qui se manifestent dans la rue. »
Le PNL et Ibrahim Najjar
Le conseil supérieur du Parti national libéral, réuni sous la présidence de Dory Chamoun, a soutenu de son côté les démarches de réconciliation « afin de faire baisser la tension et d’éliminer les causes de conflit ». Se prononçant pour un dialogue « dans le cadre des institutions constitutionnelles », le PNL a souligné que le mea culpa de Samir Geagea « non seulement contribue à tourner la page du passé, mais il pave aussi la voie à un sursaut national se basant sur les leçons à tirer du passé ».
Le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar (Forces libanaises), a déploré quant à lui « la lenteur du processus de réconciliation interchrétienne, ce qui est d’autant plus déplorable que les chrétiens peuvent s’entendre aujourd’hui sur les constantes nationales ».
Le ministre Jean Oghassapian a estimé que la visite d’une délégation du Hezbollah à Koraytem aura des retombées « psychologiques et politiques qui seront aussi importantes que celles de l’accord de Doha ». « La détente dans les relations entre les Libanais et le retrait de la rue marqueront une nouvelle phase de détente, a déclaré M. Oghassapian. Mais je voudrais souligner que si le Courant du futur s’emploie à favoriser les réconciliations dans tout le Liban, cela ne signifie pas que nous ne resterons pas au cœur du 14 Mars. Nous demeurons attachés à l’indépendance, la souveraineté et la liberté du Liban, et nous restons attachés à nos alliés, au tribunal international et au projet d’établissement d’un Etat démocratique et libre. »
Le commissaire à l’information du PSP, Ramy Rayyès, a souligné que son parti avait soutenu la réconciliation entre le Courant du futur et le Hezbollah. Il a toutefois déploré le fait que les propos « provocateurs » émanant du Bloc (aouniste) du changement et de la réforme « ne favorisent pas la réconciliation » entre les factions adverses.
Le député Samir Jisr a estimé quant à lui que le mea culpa de Samir Geagea est « une initiative particulièrement courageuse qui ouvre la voie à la réconciliation ».
Le PSNS et le Hezbollah
Quant au ministre Ali Kanso (PSNS), il a prôné, une nouvelle fois, l’élargissement du dialogue national à un plus grand nombre de chefs de file « afin de faciliter les réconciliations ».
Le ministre Mohammad Fneich (Hezbollah) a souligné de son côté que son parti reste attaché à l’accord de Taëf comme cadre pour la « restructuration du pouvoir », soulignant la nécessité de mettre un terme à la tension sur le terrain « afin d’assurer le succès du dialogue et l’organisation des élections ».
Le député Sélim Aoun, membre du bloc parlementaire aouniste, a indiqué par ailleurs que la réconciliation interchrétienne devrait « assurer les intérêts des chrétiens et éviter d’éclipser les racines du problème » qui se pose au plan chrétien. Il a en outre affirmé que la position du général Michel Aoun, qui a menacé de boycotter la prochaine séance de dialogue, « est un moyen démocratique de dénoncer le pouvoir de la mafia ».
Le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, a affirmé pour sa part qu’il ne saurait y avoir de redressement au Liban « sans dialogue et sans réconciliation ». Pour le député Abdel Magid Saleh, membre du bloc Berry, « le dialogue est la seule voie possible pour consolider la paix civile ». Le Bloc populaire de Zahlé, présidé par le ministre et député Élie Skaff, a estimé par contre que « ceux qui sont responsables des affres de la guerre ne peuvent pas s’adapter à l’ère de la réconciliation ». Enfin, au terme d’un entretien avec l’ancien député Sleimane Frangié, le secrétaire général du PCL, Khaled Hdedé, a réclamé la mise sur pied d’un « comité de salut national » qui se substituerait au comité de dialogue.
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L’opportunité, la portée et le bien-fondé des réconciliations initiées à divers niveaux et dans plus d’une région continuent de focaliser l’attention des milieux politiques, toutes tendances confondues.
M. Ahmad Fatfat, député de Denniyé et membre du Courant du futur, a souligné, au cours d’un iftar, que le climat de discorde et les incidents sécuritaires se sont maintenus en dépit de la conclusion de l’accord de Doha à la suite des événements de mai dernier. « Les forces du 14 Mars ont, par voie de conséquence, pris l’initiative, après...