Lélia MEZHER
Le dialogue est encore loin vu qu’il n’aura lieu que le 5 novembre prochain. En attendant, il convient de préserver l’accalmie amorcée avec la réconciliation de Tripoli, et c’est dans ce contexte qu’il faut donc placer la visite attendue de la délégation du Hezbollah à Koraytem. Une source autorisée a indiqué à cet égard que cette rencontre « n’est plus qu’une question d’heures », et ne dépend plus que de Saad Hariri qui doit fixer le moment exact de cette réunion. La source précitée indique que la délégation du Hezb sera en outre formée de Mohammad Raad, Amine Cherry et du responsable de liaison Wafic Safa, alors que d’autres sources citées par le site Internet NowLebanon affirment que ce sont Mohammad Raad, Amine Cherry, Hassan Fadlallah, Mahmoud Komaty et Hussein Hajj Hassan. Bien entendu, Hassan Nasrallah brillera une fois encore par son absence, à l’instar de ce qui s’est produit à Baabda puisqu’il n’a pas pris part au dialogue et s’est contenté de se faire représenter. Les sources de NowLebanon affirment que la délégation se chargera en fait de convier Saad Hariri à se réunir prochainement avec Hassan Nasrallah, mais que cette reprise de contact directe permettra de « calmer les esprits et les appréhensions des habitants de Beyrouth afin de tourner la page du passé et d’aller vers le pardon et la franchise ». Dans le même temps, Saad Hariri s’est attelé à rassurer sa communauté lors d’un iftar donné à Koraytem hier soir en réaffirmant que la mise en place du tribunal spécial pour le Liban allait suivre son cours en dépit du climat qui consiste à « mettre en doute l’instauration du tribunal ». Il a d’autre part et surtout veillé à rassurer « les habitants de Ras el-Nabeh, Noueiri, Mousseitbeh, Mazraa et Borj Abi Haidar » en leur indiquant que « la réconciliation », même si elle est « nécessaire », ne signifie pas qu’elle constitue « un prélude à des alliances électorales », encore moins « un changement d’alliances ». Une source proche de Koraytem a tenu dans ce contexte à souligner à L’Orient-Le Jour la « véritable dimension » de cette rencontre. « Ce n’est pas la rencontre du siècle, ce n’est pas un séisme politique. Cette réunion vise surtout à apaiser la rue. Nous avons réaffirmé plusieurs fois que nous sommes ancrés dans le 14 Mars et que nos alliances sont indéfectibles. En se basant sur ce socle, nous pouvons discuter avec le Hezbollah pour apaiser les tensions politiques. » Sur le timing de cette rencontre, la source indique que « ce n’est pas ce (hier) soir », mais que « rien n’empêche qu’elle ait lieu ».
Remue-ménage
Mais, maintenant que la réconciliation sunnito-chiite à Beyrouth semble sur le point d’être scellée – après celle, sunnito-alaouite, de Tripoli – la brèche ouverte par l’incident de Bsarma la semaine dernière ainsi que les réactions suscitées hier par les excuses de Samir Geagea ne permettent pas de prédire une prochaine harmonie intercommunautaire. Sleimane Frangié a dans ce contexte qualifié les propos de M. Geagea de « manœuvre », pendant que Michel Aoun s’employait de son côté à minimiser l’impact de cette déclaration en affirmant qu’elle n’avait intéressé que « les marginaux de la communauté chrétienne ». Ainsi, et en dépit des efforts louables récemment fournis par la Ligue maronite dans le but de désamorcer les tensions entre Zghorta et Bécharré, les rivalités persistent et ne semblent pas sur le point d’être résolues, surtout à l’approche d’élections législatives perçues comme cruciales. Omar Karamé a d’ailleurs déclaré, imperturbable, que « celui qui s’excuse d’avoir commis un crime reconnaît qu’il en est l’auteur ». Par ailleurs, des sources diplomatiques citées par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, ont estimé que le climat de tension qui règne sur la scène chrétienne vient à contre-courant de l’atmosphère générale de réconciliation actuellement de mise. Les trois protagonistes – Samir Geagea, Michel Aoun et Samir Frangié – ont donc intérêt à emboîter le pas aux leaders sunnites, chiites et druzes. Il convient de souligner dans ce contexte qu’une réunion nocturne de coordination estudiantine a eu lieu entre les responsables du Parti socialiste progressiste (PSP), du Parti démocrate et du Hezbollah afin d’apaiser en amont, à quelques jours de la rentrée universitaire, le climat sur les campus. Walid Joumblatt a toutefois pris soin de se demander si « la reprise des visites individuelles à Damas devaient laisser craindre des complications ou un retard dans les réconciliations en cours ». À méditer… Surtout que cette atmosphère positive a également été émaillée par des déclarations du Hezbollah sur la teneur du dialogue qui, selon celui-ci, ne portera pas « sur les armes » mais bien – et uniquement – sur la « sécurité du Liban ». De quoi réduire considérablement la marge des discussions portant sur la stratégie de défense nationale.
C’est au milieu de ce remue-ménage interne que les responsables politiques ont appris hier que la Syrie avait dépêché des renforts militaires sur la frontière commune au nord pour des raisons, selon Damas, de « sécurité interne ». Très peu de réactions ont pu être obtenues sur cette question. Marwan Hamadé n’a cependant pas hésité à déclarer qu’il aurait « souhaité que ces forces soient déployées face à Israël dans la région occupée du Golan », pendant qu’une source proche de Nagib Mikati qualifiait ce déploiement de « simple étalage de force ». « Les Syriens seraient fous de tenter quoi que ce soit à l’heure qu’il est. Ils sont très bien situés au niveau international et ne tenteront rien qui puisse mettre cela en péril », ajoute cette source qui tient à placer ces mouvements de troupes dans un contexte purement interne. Une source parlementaire a abondé dans le même sens dans la soirée d’hier en affirmant qu’un « trafiquant avait récemment attaqué une brigade » et que l’armée s’est par conséquent déployée en force pour mettre également un terme « au trafic de mazout ». « Il n’y a pas de raisons politiques pour une incursion militaire », a ajouté cette source.
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