Les conditions d’accès au marché ont été durcies, mais le chef
du gouvernement assure que le modèle libéral reste de rigueur.
L’Algérie continue sur la voie de l’économie de marché même si elle entend mieux contrôler les investissements privés nationaux et étrangers au moment où une éventuelle chute des prix du pétrole, première source de devises, pourrait mettre à mal sa politique de grands travaux.
Ahmad Ouyahia, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND, libéral) et chef du gouvernement, vient de l’affirmer à l’issue d’une réunion de son parti : « Il n’y a pas de changement de cap sur le plan économique. Il y a affinement de la méthode. Les réformes continueront sur le modèle libéral. »
Certains observateurs nationaux avaient interprété des décisions annoncées en août par les autorités algériennes comme un retour à l’interventionnisme étatique et même au « nationalisme patriotique ».
Parmi ces décisions figure le renforcement du contrôle sur les sociétés étrangères désireuses d’investir en Algérie, par le biais de partenariats dont l’État détiendra désormais 51 % du capital. Un investisseur étranger ne pourra plus acheter de terrains domaniaux et ne bénéficiera que d’une cession de ces terrains pour une durée de 33 ans renouvelable mais ne pouvant excéder 99 ans.
Une succursale d’un groupe étranger paiera en outre 15 % d’impôts sur ses bénéfices transférables vers sa société mère hors d’Algérie. Les investisseurs sont obligés d’investir une partie de leurs bénéfices sur place, et les plus-values réalisées à l’occasion de la vente d’actions ou de parts sociales seront imposées. Enfin, l’État se réserve un droit de préemption à l’occasion de vente d’une société qu’il jugerait stratégique.
Démentant un tournant dans la politique économique algérienne, M. Ouyahia a souligné que l’économie de marché reste la feuille de route du gouvernement. Mais « cela ne nous empêchera pas de revendiquer une plus grosse part du marché » ni de « venir au secours des entreprises nationales », a-t-il ajouté.
Cette politique avait en fait été annoncée dès le 26 juillet et réaffirmée fin août par le chef de l’État Abdelaziz Bouteflika. Il avait alors souligné que « l’Algérie a besoin d’investissements productifs » mais « fondés sur un partage équitable des avantages et des bénéfices entre l’investisseur national ou étranger et la collectivité nationale ».
En décembre 2007, Orascom Cement, filiale du holding égyptien Orascom, avait cédé des cimenteries, acquises au moment de leur privatisation, au groupe français Lafarge pour 8,8 milliards d’euros, sans que l’État algérien ne puisse intervenir.
La décision d’Alger de miser sur des investissements contrôlés et générateurs de ressources pour l’État et surtout d’emplois survient au moment où l’incertitude pèse sur le marché du pétrole dont une éventuelle baisse pourrait mettre à mal le financement d’une politique de grands travaux, lancé par le plan quinquennal 2005-2009.
Il entraîne des investissements lourds de 140 milliards d’euros (200 mds dollars dont 50 en 2009) avec la construction de 1,4 million de logements, d’une autoroute Est-Ouest de 1 000 km, de barrages, de nouveaux ports, d’usines de dessalement, etc.
En août encore, M. Bouteflika avait prévenu : grâce à ses réserves financières, l’Algérie pourra financer « sans difficultés » le budget 2009, en déséquilibre de 20 %, mais « cela ne doit pas faire illusion (...) car les hydrocarbures ne sont pas inépuisables et leurs prix ne dépendent pas de nous ».
D’où la nécessité impérieuse pour ce pays d’attirer des investissements productifs sur le long terme dans une société où, cette année, plus d’un million de jeunes sont entrés à l’université.
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