Scarlett Haddad
volonté de dialogue
Programme chargé et entretiens
intenses : tel est le premier bilan de la visite de trois jours à Beyrouth du groupe d’amitié France-Liban au Sénat, présidé par Adrien Gouteyron.
Jusqu’à avant même de prendre l’avion du retour pour Paris, la délégation du groupe d’amitié France-Liban au Sénat français a poursuivi ses rencontres avec les parties politiques libanaises. En un peu plus de trois jours, la délégation présidée par le vice-président du Sénat, Adrien Gouteyron, a rencontré pratiquement toutes les parties. Mardi soir, la délégation a dîné avec des personnalités du 14 Mars à la Résidence des Pins. Mercredi, elle a rencontré le chef de l’État, le président de la Chambre, le Premier ministre et le mufti Mohammad Rachid Kabbani. Elle a déjeuné à la table du général Michel Aoun, s’est entretenue avec le chef du bloc de la Résistance, Mohammad Raad, et s’est rendue à Bkerké pour une rencontre avec le patriarche maronite Mgr Sfeir. Jeudi, longue journée au Sud pour rencontrer le contingent français de la Finul et le commandant en chef Claudio Graziano, avant de dîner à la table du député Abdellatif Zein. Puis, ultime entretien avec le député Michel Murr, qui est aussi le président du groupe d’amitié Liban-France au Parlement, avant de déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des victimes françaises de l’attentat du Drakkar et de se recueillir sur la tombe de Rafic Hariri.
Il est certes un peu difficile de dresser dès à présent un bilan de cette visite, mais une partie des membres de la délégation connaît déjà le Liban. Adrien Gouteyron était par exemple sur place lors du début des précédentes séances de dialogue, en 2006, pilotées alors par le président de la Chambre Nabih Berry. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et beaucoup d’obus sont tombés. Toutefois, le sentiment général de la délégation est qu’ils ont perçu chez les différents protagonistes une volonté réelle d’aller de l’avant et de faire réussir le dialogue commencé mardi. Les différentes parties ont aussi exprimé leurs appréhensions, qui ne sont d’ailleurs pas toujours les mêmes. Le dossier sécuritaire s’est aussi imposé dans les discussions et les Libanais ont fait part à leurs interlocuteurs français de leur conviction que certaines parties cherchent encore à déstabiliser le pays. Certaines parties citent des parties non libanaises et d’autres ne s’aventurent pas plus loin. Mais les Libanais ont évoqué avec crainte la possibilité que les élections législatives du printemps 2009 n’aient pas lieu à la date prévue. Les Français ont perçu chez tous leurs interlocuteurs la détermination d’adopter une nouvelle loi électorale dans les plus brefs délais. Ils constatent d’ailleurs que le plus gros travail a été accompli à Doha et que les réformes encore sous étude ne constituent pas un thème de divergences profondes. Ils ont toutefois senti que les prochaines élections représentent un enjeu majeur pour toutes les parties, pour l’avenir du pays et notamment pour le Hezbollah qui espère en tirer une nouvelle légitimité populaire.
Devant l’étonnement des Français sur la date éloignée de la prochaine séance de dialogue, on leur a expliqué que l’agenda du président est très chargé pour le mois à venir. De plus, le temps restant avant le prochain rendez-vous devrait être mis à profit pour procéder à des rapprochements politiques et à des réconciliations.
Les parties libanaises ont aussi évoqué la visite du président français à Damas, et toutes sont conscientes qu’il faut rétablir des relations avec la Syrie, sur des bases saines toutefois. Certaines ont estimé que Nicolas Sarkozy est allé un peu trop vite, mais il n’y a pas eu de véritables critiques, tout comme aucune partie libanaise n’a émis la crainte d’un changement de la politique française à l’égard du Liban. Les interlocuteurs libanais ont d’ailleurs fait preuve de réalisme. La délégation du Sénat français s’est aussi rendue au Liban-Sud où elle a rencontré le contingent français de la Finul. Certains de ses membres ont visité des positions militaires alors que d’autres se sont entretenus avec la population. Pour la délégation, le travail accompli par la Finul est énorme (elle a déjà traité 250 000 bombes à sous-munitions sur 450 000, sur une surface de 4 100 hectares), et les équipements déployés sur place, notamment par les militaires français, contribuent fortement à maintenir la stabilité dans la région. La coopération est étroite entre la Finul et la population, et entre cette même Finul et l’armée libanaise, a noté la délégation.
En conclusion, l’atmosphère générale est plutôt positive, mais la situation reste fragile et les divisions importantes, notamment chez les chrétiens. La délégation du Sénat français rentre en France avec le sentiment que les choses avancent au Liban et livrera ses impressions aux autorités concernées à Paris. Au Liban, ce qui restera de cette visite, qui d’ailleurs ne sera probablement pas la dernière, est le message d’amitié et de solidarité et d’intérêt réel que portent les Français au peuple libanais.
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