Le temps presse pour le géant américain de l’assurance, AIG, au bord du dépôt de bilan. Cette perspective sème la panique sur les marchés, mais la Fed est restée prudente en maintenant son taux inchangé.
Le géant américain de l’assurance AIG était engagé hier dans une course contre la montre pour réunir 75 milliards de dollars nécessaires pour échapper au dépôt de bilan.
À en croire le gouverneur de l’État de New York David Paterson, AIG ne disposait que de cette seule journée pour trouver les « 75 à 80 milliards de dollars » qui pourraient lui permettre d’honorer ses engagements et d’échapper à une faillite aux conséquences « énormes ».
L’ancien PDG Hank Greenberg a martelé que la société était saine et « solvable », qu’elle ne souffrait que d’une crise de liquidités. Il a plaidé pour un crédit-relais des pouvoirs publics au cas où le secteur privé ne serait pas disposé à aider le groupe qu’il a dirigé pendant 40 ans.
L’État de New York, où l’assureur a son siège et qui dispose à ce titre d’un pouvoir de régulation sur le groupe, a déjà autorisé lundi AIG à emprunter 20 milliards de dollars à ses filiales.
Mais cela n’a pas suffi à rassurer : AIG, qui avait déjà perdu 93 % de sa capitalisation boursière en un an jusqu’à lundi, s’est encore enfoncé en début de journée. En séance, l’action perdait encore 21,64 % à 3,73 dollars, se raffermissant légèrement à la suite de rumeurs selon lesquelles l’État n’exclurait plus de s’engager en faveur de l’assureur.
La crise a été précipitée par la décision prise lundi soir par les trois principales agences de notation d’abaisser son « rating », ce qui va renchérir fortement le coût du crédit pour l’assureur.
Selon la société d’investissement Charles Schwab, la baisse de la note d’AIG « va sans doute déclencher des demandes de garanties allant jusqu’à 17 milliards » de la part d’investisseurs.
Au total, il est estimé que l’assureur, qui fait face à 40 milliards de dettes venant à échéance d’ici à la fin de l’année, doit dénicher pas moins de 75 milliards de dollars pour honorer ses engagements.
Pour ce faire, elle pourrait vendre des actifs – ses richesses étant évaluées à quelque 1 000 milliards de dollars.
M. Greenberg a demandé que la société ait suffisamment de temps pour pouvoir effectuer ces ventes dans de bonnes conditions, estimant qu’elle devrait pouvoir tirer une vingtaine de milliards de dollars de la vente d’actifs comme la filiale de leasing d’avions ILFC, ou sa division de gestion d’actifs.
Mais le problème, comme l’a souligné le PDG de la société de courtage Cumberland Advisors, David Kotok, c’est que « AIG connaît la valeur de son portefeuille, mais le marché ne la connaît pas »
AIG, 35e plus grosse société du monde, compte 74 millions de clients au total, en majeure partie américains. Elle emploie 116 000 personnes dans 130 pays.
Plusieurs analystes ont estimé qu’une intervention de la Banque centrale devenait indispensable, vu l’imbrication de l’assureur dans le système bancaire. « Je ne connais aucune grande banque qui ne soit pas exposée de façon significative à AIG », avait souligné lundi le PDG de Bank of America Ken Lewis.
Une défaillance d’AIG aurait un impact bien supérieur au dépôt de bilan de Lehman Brothers. « Nombreux sont ceux qui pensent que la chute d’AIG serait bien plus catastrophique que tout ce à quoi le marché a été confronté » jusqu’ici, estime Liz Ann Sonders, stratégiste chez le courtier Charles Schwab.
L’effondrement du cours de l’action AIG a renforcé ce qui est la crainte numéro un des banquiers centraux : l’apparition d’un risque systémique, où la disparition d’un acteur important entraîne par un effet de dominos toute une série de défaillances d’intermédiaires financiers.
« Le fameux risque systémique existe chez AIG. Avec Lehman, on avait des problèmes qu’on va résoudre au coup par coup, mais l’amplitude d’une faillite d’AIG serait bien plus importante », renchérit Gregori Volokhine, de Meeschaert New York. « Si on veut stabiliser le système aujourd’hui et qu’on ne veut pas le pousser dans le gouffre, il faut sauver AIG », ajoute-il.
L’assureur a notamment émis un nombre très élevé de « credit default swaps » (CDS), des instruments financiers assurant les investisseurs contre les défauts de paiement d’un émetteur d’obligations.
Ces produits complexes, souvent liés au marché immobilier américain, sont au cœur de la crise bancaire actuelle et ont déjà entraîné d’énormes dépréciations d’actifs à travers le monde.
Selon un document transmis aux autorités boursières américaines (Securities and Exchange Commission, SEC), au 30 juin 2008, AIG avait accumulé une exposition considérable de 441 milliards de dollars sur ces produits.
« On ne peut pas enlever du système toutes les assurances, ce serait trop grave pour la plupart des institutions », avertit M. Volokhine.
« Toutes les banques au monde ont AIG en contrepartie. Et toutes les institutions qui ont utilisé AIG pour diminuer le risque et assurer leur exposition se retrouveraient en difficulté », souligne l’analyste.
En cas de chute d’AIG, les banques verraient la valeur de leurs actifs, notamment ceux adossés au marché du crédit hypothécaire, s’effondrer davantage, ce qui se traduirait par des dépréciations d’actifs dans leurs comptes.
Cela signifierait pour le secteur financier, déjà saigné par plus d’un an de crise financière, de nouvelles pertes, une diminution de ses liquidités et de ses fonds propres. De nouvelles faillites seraient inéluctables.
« C’est une spirale négative », avertit Marc Pado, de Cantor Fitzgerald, jugeant indispensable une intervention des autorités.
Dans ce contexte, et même si les autorités américaines se sont refusées pour l’heure à sauver l’assureur, elles pourraient devoir avaler leur chapeau.
« On trouvera une solution temporaire car le risque pour toutes les institutions au monde est trop important », avance M. Volokhine.
Hier la Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé de maintenir à 2,0 % son taux directeur, refusant d’accorder une baisse à des marchés financiers qui s’étaient pris à rêver d’un tel cadeau, après les soubresauts provoqués par l’effondrement de Lehman Brothers. Mais si elle n’a pas touché à ses taux, la Fed n’est pas pour autant restée inactive.
Elle a injecté dans la matinée 50 milliards de dollars dans le circuit bancaire par le biais d’une opération exceptionnelle de refinancement, en sus des 20 milliards de dollars normalement prévus, et a annoncé qu’elle était prête à faire plus, si la situation l’exigeait.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le temps presse pour le géant américain de l’assurance, AIG, au bord du dépôt de bilan. Cette perspective sème la panique sur les marchés, mais la Fed est restée prudente en maintenant son taux inchangé.
Le géant américain de l’assurance AIG était engagé hier dans une course contre la montre pour réunir 75 milliards de dollars nécessaires pour échapper au dépôt de bilan.
À en croire le gouverneur de l’État de New York David Paterson, AIG ne disposait que de cette seule journée pour trouver les « 75 à 80 milliards de dollars » qui pourraient lui permettre d’honorer ses engagements et d’échapper à une faillite aux conséquences « énormes ».
L’ancien PDG Hank Greenberg a martelé que la société était saine et « solvable », qu’elle ne souffrait que d’une crise de liquidités. Il a...