Trente-septième semaine de 2008.
Le dialogue. Ici, c’est un drôle de concept. Urgent, fondamental et vital. Mais aussi : superficiel, clinquant, pailleté. Une tour de Babel – quel(s) que soit(ent) le(s) sujet(s) abordé(s) ; de la poudre aux yeux. Sauf qu’elle est incontournable – sachant que de la poudre jetée sur des rétines même en excellent état, cela aveugle. Il suffit de demander à Michel Aoun : le document de Mar Mikhaïl est en train de lui refiler une de ces cataractes politiques…
Bref. L’important reste que Michel Sleiman a fait ce pour quoi il est payé et tout le monde a été très courtoisement sommé de se rendre au palais présidentiel mardi prochain. De s’asseoir autour d’une seule et même table. Et finalement, tout le monde viendra – même si certains le feront à reculons. Mille et une raisons commandent ce déplacement que tout le monde, ici et ailleurs, attendait : le regard des autres ; la volonté de prouver que l’agenda appliqué est libanais et pas, par exemple, iranien ; le désir d’en finir avec un privilège dément et mortel : les armes du Hezbollah, en évitant autant que faire se peut de nouveaux bains de sang, de nouvelles flambées de haine ou l’éclosion de quelques Bastille inédites ; le projet de coincer l’autre au pied du mur, de le laisser s’embourber dans l’inanité de ses arguments, et, last but not least, préparer comme rarement cela a été fait, c’est-à-dire en manœuvrant jusque dans l’inconscient même des électeurs, des législatives 2009 qui s’annoncent au moins dantesques.
Tout le monde viendra, bon gré mal gré ; mais tout le monde sait que si ce dialogue réussit, s’il aboutit à quelque chose de concret, s’il est immédiatement traduit par un mécanisme d’application, c’est que des dieux, quelque part, existent et qu’ils s’en sont mêlés. Tout le monde sait que l’on patauge en pleine utopie, dans un infini océan de vœux pieux : les uns, parce qu’ils sont déterminés à pérenniser leurs privilèges ; les autres, parce qu’ils savent qu’ils n’ont que l’option de s’entêter jusqu’au bout dans leur croisade ou leur jihad en faveur de la primauté de l’État – ce n’est pas que la seconde, celle de suivre le mauvais exemple et de se mettre, eux aussi, hors la loi, leur déplait : tout simplement, elle jetterait le pays dans une cuve d’acide sulfurique. Pour l’instant, ils en sont conscients.
Tout le monde viendra, mais chacun veut être le seul à décider de l’ordre du jour. Puis à l’imposer. Depuis la hitchcockienne annonce de Michel Sleiman, chacun y va de sa surenchère, chacun fait sa Paris Hilton. Il n’en reste pas moins que les caprices, les foucades et autres lubies des uns et des autres, naturellement, rapidement, vont se fracasser sur la scientificité de la chose – de ce dialogue.
Un : la table de dialogue n’est pas et ne doit pas être un crypto ou un pseudo-Conseil des ministres. Cela veut dire que tous les dossiers à même d’être débattus par les Trente (puis dans l’hémicycle) n’ont pas leur place à Baabda : politique économique et sociale, nominations, prérogatives du vice-président de la Chambre ou du Conseil des ministres, ou du quatrième adjoint d’un caïmacam, ouverture d’une ambassade dans une île quelconque, refus de l’implantation des réfugiés palestiniens (surtout que là, tous sont probablement d’accord), etc.
Deux : cette table de dialogue n’est pas et ne doit pas être une Arche de Noé. Inviter tous les Wi’am Wahhab ou toutes les Gina Hobeika du Liban équivaudrait à prolonger les rounds de discussions/négociations jusqu’en 2017 avec toutes les annulations de scrutins possibles et imaginables.
Trois : autour de la table, ne doivent siéger que les plus représentatifs des responsables libanais ; et sur le tapis, ne doivent être empilés puis débattus que les questions à cause desquelles la situation est ce qu’elle est, à cause desquelles il y a deux Liban, à cause desquelles ces deux Liban, à n’importe quel moment, peuvent se suicider sous les yeux impuissants ou ravis (c’est selon) des pays de la planète.
La vie est belle : ces questions-là se résument à une seule – c’est la question des questions, un gargantuesque epsilon qui a tout cannibalisé, le triptyque des triptyques : la primauté de l’État/la stratégie de défense/les armes du Hezbollah. Une question, aussi, facilement interchangeable avec une autre : celle de l’égalité de chaque Libanais face à la loi. Et puis rien d’autre : même le tracé des frontières avec cette bonne sœur de Syrie peut se décider en Conseil des ministres.
C’est juste une question de respect.
Tout, d’ailleurs, n’est que question de respect. Et de savoir-vivre : il serait ainsi anormal et inadmissible que Hassan Nasrallah ne soit pas présent en personne à Baabda. Il n’est ni plus ni moins menacé que, au hasard, par Saad Hariri, Walid Joumblatt, ou Amine Gemayel.
Un savoir-vivre, un respect de l’autre qui imposent à chaque dialogueur de se rendre à Baabda avec au moins un sonotone ou autre prothèse auditive en poche – ou directement à l’oreille. Pour éviter que ce symposium que personne n’a pour l’instant envie de qualifier de bouffon ne se résume, au mieux, qu’à un dialogue de pauvres, de criminels sourds.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Trente-septième semaine de 2008.
Le dialogue. Ici, c’est un drôle de concept. Urgent, fondamental et vital. Mais aussi : superficiel, clinquant, pailleté. Une tour de Babel – quel(s) que soit(ent) le(s) sujet(s) abordé(s) ; de la poudre aux yeux. Sauf qu’elle est incontournable – sachant que de la poudre jetée sur des rétines même en excellent état, cela aveugle. Il suffit de demander à Michel Aoun : le document de Mar Mikhaïl est en train de lui refiler une de ces cataractes politiques…
Bref. L’important reste que Michel Sleiman a fait ce pour quoi il est payé et tout le monde a été très courtoisement sommé de se rendre au palais présidentiel mardi prochain. De s’asseoir autour d’une seule et même table. Et finalement, tout le monde viendra – même si certains le feront à reculons. Mille et une...