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Actualités - Chronologie

Une analyste de l’ICG prédit une recomposition de la scène politique chrétienne

Sandrine Gamblin, analyste en chef de l’ICG au Liban, a accepté de répondre aux questions de « L’Orient-Le Jour ». Elle met en relief la «?revalorisation?» de la fonction de président de la République et la place indispensable de l’électorat chrétien dans l’équation électorale de 2009. Question – Comment peut-on parler de renforcement de la présidence de la République, alors que l’accord de Taëf, qui est de valeur constitutionnelle, a considérablement érodé ses pouvoirs?? Réponse – Il ne s’agit pas ici, dans un premier temps, d’un renforcement des prérogatives présidentielles, mais d’une revalorisation symbolique de la présidence. Les accords de Taëf ont effectivement redéfini et réduit les pouvoirs de la première magistrature, mais ce n’est pas tout?: les relations du président Lahoud avec la Syrie, le conflit qui l’opposait à son Premier ministre, puis la vacance de la présidence ont gravement endommagé la fonction présidentielle. L’accord de Doha place néanmoins Michel Sleiman dans une position d’arbitre plutôt que de partie au conflit, position à partir de laquelle il peut espérer reconstruire la crédibilité de la présidence et lui rendre ne serait-ce que les pouvoirs qui lui sont attribués par la Constitution. ? Q – Pourquoi l’électorat chrétien est-il «?le moins prévisible?»?? R – Dans un contexte d’extrême polarisation entre sunnites et chiites, les votes de ces deux électorats seront essentiellement déterminés par des réflexes communautaires?: malgré les tensions qui peuvent exister au sein des deux communautés, les chiites se rangeront en grande partie derrière le tandem Hezbollah/Amal et les sunnites derrière le Courant du futur. Les chrétiens, en revanche, sont beaucoup plus partagés. Ils se divisent entre deux camps dont les options politiques, notamment le choix de leurs alliances avec les musulmans, ne vont pas de soi et doivent être justifiées auprès de l’électorat chrétien. Du reste, il existe semble-t-il une part importante d’électeurs chrétiens indécis, qui ne se situent ni dans un camp ni dans l’autre. Le découpage des circonscriptions adopté à Doha introduit en outre un nouveau facteur d’incertitude, puisque nombre de députés chrétiens en ressortent «?libérés?» d’alliances qui rendaient leur élection tout à fait prévisible. Une compétition féroce devrait s’engager, puisque un des grands enjeux du prochain scrutin parlementaire sera l’émergence d’un nouvel équilibre des forces entre l’opposition et la majorité actuelles – chaque camp devant s’attirer un maximum de députés chrétiens pour dominer. On pourrait donc assister à une recomposition de la scène politique chrétienne, qui est d’autant plus difficile à anticiper que la diversité des minorités chrétiennes et une multitude d’acteurs locaux ajoutent encore un facteur de complexité. Q – Pourquoi sont-ils appelés à jouer un rôle central, comme le souligne le titre du rapport?? Réussiront-ils à éviter cette fois les erreurs du passé?? R – L’électorat chrétien peut faire pencher la balance, lors du prochain scrutin, en faveur de l’une ou de l’autre des formations chrétiennes au sein des coalitions en présence. L’élection va largement se jouer autour d’une trentaine de sièges chrétiens qui ne sont plus élus par un électorat à majorité musulmane. C’est en cela qu’ils jouent un rôle central. Cette situation confère aux leaders chrétiens davantage de poids et leur offre l’occasion de faire entendre avec une force nouvelle des revendications proprement communautaires. Aussi, l’élection d’un président de consensus, amené à jouer un rôle d’arbitrage tout en défendant les intérêts de sa communauté, replace les chrétiens dans une position pivot, alors qu’ils étaient largement captifs d’alliances dans lesquelles ils devaient se contenter d’un second rôle. ? Q – Où se situent aujourd’hui les chrétiens par rapport aux deux “axes” chiite et sunnite qui apparaissent pour le moins conflictuels?? R – Les événements de Beyrouth de mai dernier ont de toute évidence renforcé les crispations communautaires de toutes les confessions. Mais au-delà des alliances politiques, les chrétiens se maintiennent le plus en retrait des conflits intermusulmans, tant que ceux-ci n’atteignent pas les régions chrétiennes. Q – Durant les recherches que vous avez effectuées pour rédiger ce rapport, vous est-il apparu que les chrétiens sont oui ou non armés?? R – Les accusations réciproques concernant un «?réarmement?» des chrétiens sont légion, mais les preuves tangibles manquent. Il fait toutefois peu de doute qu’un armement léger, «?domestique?», soit largement répandu depuis la guerre civile. En revanche, la multiplication des incidents à travers le pays ces dernières années n’a jusqu’à présent donné aucune indication tangible du retour en activité de «?milices?» chrétiennes à proprement parler.
Sandrine Gamblin, analyste en chef de l’ICG au Liban, a accepté de répondre aux questions de « L’Orient-Le Jour ». Elle met en relief la «?revalorisation?» de la fonction de président de la République et la place indispensable de l’électorat chrétien dans l’équation électorale de 2009.
Question – Comment peut-on parler de renforcement de la présidence de la République, alors que l’accord de Taëf, qui est de valeur constitutionnelle, a considérablement érodé ses pouvoirs??
Réponse – Il ne s’agit pas ici, dans un premier temps, d’un renforcement des prérogatives présidentielles, mais d’une revalorisation symbolique de la présidence. Les accords de Taëf ont effectivement redéfini et réduit les pouvoirs de la première magistrature, mais ce n’est pas tout?: les relations du président Lahoud...