La situation présente donne raison aux politiciens qui soulignent, depuis les premières frictions, que le Liban politique est confronté à un problème de fond, nécessitant un traitement en profondeur, et non à des difficultés passagères. En effet, il se confirme chaque jour que le pays est sorti de la crise présidentielle, mais pas de la crise tout court. Qui court au rythme effréné de son moteur syrien, servi par des courroies de transmission de fabrication locale. À son corps défendant, le président se trouve ainsi obligé de se contenter de gérer un marasme, un marécage pourri, malsain, qu’on l’empêche d’assécher.
Cependant, la présidence de la République reste, à terme, intouchable. Car les opposants savent que s’ils devaient l’emporter aux prochaines législatives, ce ne serait que d’une courte tête, par une différence de cinq sièges au maximum, selon les estimations des professionnels de tous bords. Ils resteraient loin de la majorité des deux tiers requise pour amender la Constitution, abréger le mandat présidentiel et élire un président issu de leurs rangs.
Par contre, les opposants seraient, s’ils gagnaient (ce qui n’est pas acquis, répétons-le), en mesure de garder la présidence de la Chambre et de prendre la présidence du Conseil. Ils devraient sans doute concéder des sièges ministériels au camp adverse. Mais, sans doute aussi, pas beaucoup, pour la raison probable que nombre de pôles du front souverainiste refuseraient de participer à un gouvernement à moitié contrôlé par Damas ou d’y être représentés. Le pouvoir serait donc aux mains du 8 Mars et de ses alliés.
Tandis que Baabda serait neutralisé, se retrouverait sans prise sur les réalités et sur les événements, le président régnant sans pouvoir gouverner. Avec concrétisation de la vantardise de Chareh proclamant, il y a quelques mois, que la Syrie est plus forte que jamais au Liban. Grâce à ses alliés, qu’il a nommés un par un.
Retour à l’actualité et au terme de marasme qu’induit la double volonté de la Syrie et de ses fidèles de tout geler jusqu’aux législatives. De bloquer, de contrer, encore et toujours, tout traitement des dossiers lourds en suspens, tout effort de redressement.
Pour faire diversion, une instabilité sécuritaire ambulante, des troubles se déplaçant d’une région à une autre. Sans que les forces régulières, militaires ou de police, confrontées à un arsenal milicien aussi massif que répandu, y puissent grand-
chose. La perspective proposée par les fauteurs de troubles et leurs commanditaires étant qu’une fois rétablie une influence syrienne prépondérante, la sécurité reviendrait automatiquement. Comme du temps de la tutelle, quand l’armement public et l’armement privé ne faisaient qu’un.
Bien entendu, en cas d’inversion des rôles, la future opposition ne pourrait pas agir en dehors des institutions, comme l’actuelle. Elle ne serait pas autorisée à recourir à la rue. Ses centres d’influence seraient vite démantelés : les nominations que le présent gouvernement devrait édicter seraient annulées.
Bien entendu, l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie n’aurait plus qu’une valeur symbolique, protocolaire. Le sort de Chebaa serait lié à celui du Golan, dans le cadre d’éventuels pourparlers tripartites syro-libano-israéliens.
Damas et ses alliés peuvent se tromper dans leurs calculs électoraux. Le 8 Mars, remis en minorité lors des prochaines législatives, continuerait alors à faire du blocage. À exiger la participation au gouvernement avec tiers de blocage, sous menace d’ébranler la paix civile.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La situation présente donne raison aux politiciens qui soulignent, depuis les premières frictions, que le Liban politique est confronté à un problème de fond, nécessitant un traitement en profondeur, et non à des difficultés passagères. En effet, il se confirme chaque jour que le pays est sorti de la crise présidentielle, mais pas de la crise tout court. Qui court au rythme effréné de son moteur syrien, servi par des courroies de transmission de fabrication locale. À son corps défendant, le président se trouve ainsi obligé de se contenter de gérer un marasme, un marécage pourri, malsain, qu’on l’empêche d’assécher.
Cependant, la présidence de la République reste, à terme, intouchable. Car les opposants savent que s’ils devaient l’emporter aux prochaines législatives, ce ne serait que d’une courte...