Les monnaies internationales ont été récemment très volatiles. La variation des taux de change entre le dollar américain, d’un côté, et les autres monnaies principales, d’un autre, est suivie constamment par les agents économiques, investisseurs et consommateurs. Il s’agit là d’un climat général international non favorable à l’investissement. L’échec des négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha à l’OMC a fortement contribué à ce climat d’incertitude. Si on y ajoute les conflits militaires et politiques régionaux qui continuent de nuire à la stabilité politique mondiale, on comprend alors les éléments majeurs qui sous-tendent les évolutions monétaires.
Le dollar a fortement chuté ces dernières années pour reprendre un peu de souffle depuis quelques semaines. Qu’est-ce qui a changé pour que le dollar s’apprécie ? Les raisons sont-elles fondamentales ou simplement des corrections techniques ? Voit-on des changements permanents ou temporaires dans les taux de change ? Quelles sont les relations entre le dollar et les prix des matières premières, surtout le pétrole ? Autant de questions qui sont importantes pour les marchés financiers internationaux ainsi que pour toutes les économies dollarisées comme le Liban.
Pourquoi le dollar a-t-il chuté ces dernières années, par exemple face à l’euro, avec un taux de change d’à peu près 1,6 dollar pour un euro ? Les réponses sont liées à l’état de santé de l’économie américaine qui souffre toujours d’un déficit double du budget et de la balance courante. Le nouveau budget américain présente un déficit de 485 milliards de dollars, en excluant les dépenses prévues sur l’Irak. Le déficit de la balance courante demeure de l’ordre de 6 % du PIB, et il est principalement dû au déficit commercial. La baisse du dollar a stimulé les exportations américaines, mais d’une manière insuffisante. Les Américains ont déjà acquis le goût des produits importés, et la machine industrielle américaine n’a pas su s’adapter aux changements requis surtout dans les domaines de l’environnement et de la consommation pétrolière. C’est la raison pour laquelle l’industrie automobile connaît des difficultés financières majeures malgré la compétitivité supérieure des voitures provenant de Detroit.
L’économie américaine souffre aussi depuis plusieurs trimestres d’une lente croissance plus particulièrement dangereuse dans une année d’élection présidentielle. Pour faire face à cette situation, le gouvernement a rendu des impôts aux citoyens dans l’espoir de les dépenser pour stimuler l’économie. La Banque centrale indépendante a baissé les taux d’intérêt jusqu’à l’ordre de 2 %. Les Américains encaissant les impôts ont décidé de les épargner ou de rembourser des dettes antérieures rendant cette politique fiscale sans effet. La politique monétaire favorable à la croissance a contribué à alimenter l’inflation et surtout à pousser le dollar vers une plus grande chute dans les marchés.
L’Europe a été gênée par la politique monétaire américaine aboutissant indirectement à la hausse de l’euro et donc affectant négativement les exportations et la croissance. Le président Sarkozy s’est déclaré plusieurs fois insatisfait de la politique du gouverneur Jean-Claude Trichet. La Banque centrale européenne indépendante est restée passive quant à l’évolution de l’euro, en espérant que l’économie américaine se redresse. La Banque centrale européenne n’a pas modifié ces taux d’intérêt, car elle ne savait pas quoi faire. En fait, une hausse des taux aurait créé une récession et aurait renforcé l’euro, et une baisse aurait alimenté l’inflation qu’elle est mandatée de combattre. Il est normal de penser qu’une baisse des taux sur l’euro aurait été souhaitée pour faire baisser l’euro et ainsi empêcher l’influence négative des taux de change sur les exportations.
La réalité est que l’économie américaine ne s’est pas redressée, mais elle a montré d’un autre côté une résistance formidable aux chocs extérieurs négatifs. Quant à l’Europe, les économies principales souffrent, surtout celles de la France, de l’Allemagne et de l’Espagne. La croissance économique anglaise est négative, expliquant ainsi la baisse du livre sterling par rapport au dollar. Pour résumer, la hausse du dollar est indirecte, car elle est due à la faiblesse récente et nouvelle des autres économies, y compris le Japon.
À notre avis, le dollar continuera à s’améliorer pour les raisons indirectes citées ci-dessus. Le prix du pétrole baissera à court terme, mais reprendra sa hausse une fois que l’économie américaine reprendra sa croissance vers la fin de 2008. Pour les économies dollarisées, cette hausse du dollar améliore le pouvoir d’achat des consommateurs, mais pourrait nuire aux exportations. Pour le Liban, doté d’une économie principalement importatrice, cette hausse modérée du dollar est une bonne nouvelle surtout si elle dure. Finalement, la dernière évolution du dollar permettrait aux investisseurs en titres dollarisés de garder leurs actifs et non pas de s’en débarrasser comme cela s’est produit durant les dernières années. L’économie mondiale converge maintenant, en fait, vers l’équilibre qu’on espère continu et durable.
(*) Professeur et expert économique.
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Le dollar a fortement chuté ces dernières années pour reprendre un peu de souffle depuis quelques semaines. Qu’est-ce qui a...