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Actualités - Opinion

Moyen-Orient : les grands mots ne font pas les grands remèdes

Richard MURPHY et Ethan CHORIN* William Burns, sous-secrétaire d’État des États-Unis, était présent lors des récents entretiens entre l’UE et l’Iran sur les questions nucléaires. Seuls les naïfs peuvent s’imaginer que les relations entre les États-Unis et l’Iran vont s’améliorer du jour au lendemain ou que le gouvernement américain a renoncé à l’option militaire. Mais ce tout nouveau regain de faveur de la diplomatie procure un répit bienvenu pour prendre la mesure du coût économique et politique de la guerre des mots. Nous comprenons mal les dynamiques régionales, surtout dans les pays du golfe Persique. Nous perdons ainsi de nombreuses occasions commerciales : en refusant d’être à l’écoute, nous nous privons des renseignements qui nous seraient si précieux pour contrer le terrorisme dans la région. Les clichés trouvent leur origine dans l’expérience passée, positive ou négative. Depuis 30 ans, le souvenir collectif du peuple américain par rapport au Moyen-Orient se résume pour l’essentiel à des actes de violence sanglante et à la flambée des prix du pétrole, bien loin de tout aspect positif. L’attaque à la roquette des casernes américaines au Liban en 1983, le vol PanAm de Lockerbie et les violences sans fin que connaissent l’Irak et le Liban, c’est ce que les gens voient dans les grands titres, pas les accords commerciaux bilatéraux, pas l’imitation croissante de certains aspects de la culture américaine. Résultat : une rhétorique de colère et d’affrontement, le « c’est eux ou nous », les slogans de la « guerre contre la terreur » et du « choc des civilisations ». Une fois ancré dans le psychisme national, le discours destructeur tend à s’autoalimenter. On en vient soit à exagérer, soit à minimiser les aspirations des autres pays et leur capacité d’avoir un effet sur nous. Ainsi, en qualifiant à l’envi Mouammar Kadhafi de « chien enragé du Moyen-Orient », le président Ronald Reagan, bien loin de réduire l’influence de la Libye, lui a donné un statut inespéré. Il faut bien nous mettre dans la tête que l’histoire récente des petites nations arabes du Golfe leur donne des moyens en richesse et en expérience bien supérieurs à leur taille, et bien au-delà de leurs frontières. Ainsi, le Qatar intervient en médiateur dans le conflit arabo-israélien, tandis que Dubaï a changé la fortune de Djibouti et du Sénégal. Le comportement des États-Unis à l’égard du Moyen-Orient nuit à notre capacité d’attirer des capitaux de cette région, juste au moment où nous en aurions le plus besoin. Depuis septembre 2001, les investisseurs saoudiens en ont assez d’être mis à la portion congrue dans les tours de table et d’entendre qualifier leurs capitaux d’« argent terroriste ». Ils ont donc réduit leurs achats aux États-Unis et rapatrié une bonne part de leurs investissements. Le fonds souverain de la Libye, riche de 50 milliards de dollars (un instrument d’investissement de l’État, généralement associé à des économies pétrolières), devant la tiédeur des banques américaines, a préféré établir sa base occidentale à Londres. Les exigences américaines de plus en plus restrictives en matière de visas poussent un grand nombre d’étudiants du Moyen-Orient à se tourner vers d’autres pays. Sur ce dernier dossier, nous sommes doublement perdants, car on ne peut pas compter, à l’avenir, sur la bonne volonté de ceux qui n’ont pas fait l’expérience d’une éducation américaine. Nombre de grandes sociétés américaines hésitent encore à avoir des relations avec le Moyen-Orient, tandis que les Européens tirent profit des ouvertures commerciales que nous avons aidé à créer. Nos autorités n’ont cessé de dire que nous devons prendre l’Iran à la lettre, notamment quant à son désir de « rayer Israël de la carte ». En reprenant sans cesse les paroles du seul président, et en ignorant l’opinion d’autres personnalités iraniennes, nous passons complètement à côté de la réalité : la déroute économique constitue, aux yeux des autres responsables, et des citoyens, le problème numéro un du régime. Le fait est là : nous nous en remettons presque exclusivement aux déclarations officielles de l’Iran. Autant dire que nous ne connaissons pas assez ce pays pour comprendre la façon dont ses principaux acteurs manient la rhétorique. Qui plus est, si nous avons de la peine à comprendre pourquoi notre langage ne convainc pas les autres, c’est parce que nous n’apprécions pas à leur juste mesure les contraintes auxquelles sont soumis nos amis et nos alliés. La politique des États-Unis à l’égard de l’Iran perturbe de nombreux pays du Golfe pour deux raisons : ils ont des liens commerciaux étroits avec l’Iran ; ils savent que si les États-Unis l’attaquent, leurs sympathies proaméricaines pourraient faire d’eux des cibles de choix pour les missiles iraniens. Pour trouver des solutions internationales au bras de fer qui nous oppose à l’Iran, nous devons nous appliquer à mieux comprendre les rouages intérieurs de ce pays, qui nous échappent complètement. Nous avons exprimé notre intérêt à ouvrir une « section des intérêts américains » à Téhéran. Les Iraniens répondent qu’ils s’intéresseraient éventuellement à un développement des échanges dans le domaine de l’éducation et de la culture, démarche dont il faut se féliciter. Il serait également utile de former un cadre complet de spécialistes de la politique, de la langue et de l’histoire de l’Iran. Seul un effort conscient pour maîtriser le discours et acquérir de nouvelles connaissances nous permettra d’inverser les effets de longues années d’hyperbole. C’est alors que nous serons prêts à affronter les yeux ouverts les réalités, bonnes et mauvaises. * Richard Murphy, attaché de recherches au Middle East Institute, a été secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient et l’Asie du Sud. Ethan Chorin est professeur associé dans le Middle East Program du Center for Strategic and International Studies (CSIS). Article écrit pour le Service de presse de Common Ground (CGNews) Avertissement : les affirmations et opinions émises dans ce commentaire ne reflètent pas forcément les positions du Middle East Institute, qui se refuse expressément à prendre position sur la politique au Moyen-Orient.
Richard MURPHY et Ethan CHORIN*

William Burns, sous-secrétaire d’État des États-Unis, était présent lors des récents entretiens entre l’UE et l’Iran sur les questions nucléaires. Seuls les naïfs peuvent s’imaginer que les relations entre les États-Unis et l’Iran vont s’améliorer du jour au lendemain ou que le gouvernement américain a renoncé à l’option militaire. Mais ce tout nouveau regain de faveur de la diplomatie procure un répit bienvenu pour prendre la mesure du coût économique et politique de la guerre des mots.
Nous comprenons mal les dynamiques régionales, surtout dans les pays du golfe Persique. Nous perdons ainsi de nombreuses occasions commerciales : en refusant d’être à l’écoute, nous nous privons des renseignements qui nous seraient si précieux pour contrer le terrorisme dans la...