Un tournant historique. Ce n’est certes pas une certitude. Mais une probabilité que conforte, essentiellement, l’évolution vers une détente accentuée sur le plan régional. À Beyrouth comme à Baabda, l’heure est à l’espérance. La rencontre élargie avec les Syriens devrait initier une normalisation relationnelle accélérée. Fondée sur le postulat, toujours ignoré jusqu’à présent, de rapports strictement bilatéraux. C’est-à-dire, on l’aura compris, établis en toute exclusivité d’État à État. Ce qui induit l’arrêt des immixtions syriennes par le truchement d’instruments téléguidés.
On a donc bon espoir. Parce que, à Paris, le président Assad a certifié au président Sleiman que la Syrie souhaite tisser avec le Liban des relations constamment cordiales, via les seules institutions, en se référant essentiellement à la présidence de la République libanaise.
On peut, sans doute, pinailler un peu sur ce point précis en remarquant qu’un État démocratique à régime parlementaire ne se limite pas à la présidence de la République. Et qu’en outre, cette singularisation, cette individualisation de la relation sont porteuses de versatilité, et de résiliation, lors d’un changement à la tête de l’État. Mais bon, de la part d’un régime strictement présidentiel (restons courtois), le geste, l’effort d’ouverture sont appréciables.
D’autant que le mérite en revient, en grande partie, à la personne même du président Sleiman. Il a en effet réussi à la perfection son entrée sur la scène internationale, lors de sa participation à la fondation de l’UPM, sur initiative du président Sarkozy. D’abord en opérant par la bande à travers ses proclamations devant la communauté libanaise à Paris, en présence de l’ambassadeur Boutros Assaker. Puis à travers les précisions fournies à Assad, sous l’œil de Sarkozy : un rapprochement ne peut se faire que dans un cadre de respect mutuel effectif. De l’humain porteur de vie d’abord, de l’indépendance et de la souveraineté nationales bien comprises ensuite. Avec tout ce que cela implique et que chaque vrai Libanais connaît du bout des doigts.
Enjeu capital
Il est extrêmement important pour le Liban, nul ne l’ignore, d’entretenir de bons rapports avec la Syrie en raison de la multitude d’intérêts communs. Comme en raison de la nécessité, vitale, d’une solide stabilité interne, politique ou sécuritaire. C’est pourquoi, confirment des sources autorisées, l’ordre du jour des échanges au sommet qui s’annonce est très fourni. Priorité d’abord, et toujours, à l’humain : le président Sleiman va insister sur la question des Libanais détenus en Syrie. Ce à quoi Damas répond, il convient de le relever, que lui aussi souhaite être fixé sur le sort de nombre de ses ressortissants disparus au Liban durant ces dernières décennies ou qui y seraient encore détenus.
Ensuite, tout va y passer : les relations diplomatiques ; le tracé des frontières ; Chebaa ; l’arrêt du trafic transfrontalier clandestin de toutes sortes et de l’afflux d’armes ; les organisations palestiniennes d’obédience syrienne ; les taxes douanières ; la révision, par une commission conjointe, des accords et protocoles signés antérieurement ; le sort du Conseil supérieur libabo-syrien. Tout cela englobant le volet des résolutions du comité national libanais concernant directement la Syrie.
Le président Sleiman avait déjà évoqué certaines de ces questions avec le président Assad à Paris. Il lui avait été répondu, répétons-le, que le régime syrien est disposé à soutenir le régime libanais, à promouvoir les rapports bilatéraux, en acceptant un échange d’ambassadeurs. D’autant plus volontiers que les Libanais avaient précisé qu’ils n’exigeraient pas que l’on discute du tracé des frontières avant de traiter de l’établissement de relations diplomatiques.
Le président Sleiman s’efforce de rentabiliser, au profit du Liban, l’excellence des relations qu’il avait su entretenir, quand il était à la tête de l’armée, avec le commandement syrien, même après le retrait des troupes syriennes. On sait en effet qu’il avait alors décidé de garder en activité la structure de connexion et de coopération militaire formée d’une commission mixte et d’un officier de liaison.
À partir de là, le président Assad devrait, selon des proches de Damas, lui donner satisfaction sur nombre de requêtes politiques en lui laissant le soin de faire ensuite annonce de ce paquet-cadeau, avec multiplication ultérieure des échanges officiels entre les deux États en commençant par la visite d’une délégation libanaise dirigée par le Premier ministre.
Mais il n’y a pas que la Syrie. Le président Sleiman compte bien, en effet, compléter son apparition sur la scène extérieure, sa prise de contact par une large tournée arabe. En commençant par le proche entourage, si l’on peut dire : la Jordanie, l’Arabie saoudite, Qatar, les Émirats, l’Égypte, avant de tourner ses pas vers le Maghreb. En quête de reconnaissance ? Pas seulement : pour stimuler diverses assistances en faveur du redressement économique, social et financier de ce pays exsangue.
Philippe ABI-AKL
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On a donc bon espoir. Parce que, à Paris, le président Assad a certifié au président Sleiman que la Syrie souhaite tisser avec le Liban des relations constamment cordiales, via les seules institutions, en se...