Trente et unième semaine de 2008.
De quoi peut accoucher un gouvernement aussi corniaud à part d’une déclaration ministérielle à son exacte image : bâtarde, tellement bâtarde qu’elle en devient, quelque part, fascinante ? Même si l’Alliance du 14 Mars, qui défend (plutôt mal, mal, très mal, terriblement mal – mais qui défend, au moins…) l’urgente option d’un Liban-État fort ouvert au(x) monde(s), heureux de vivre, a réussi à gagner pas mal de terrain ; même si elle a réussi à considérablement réduire l’arrogance du Hezbollah et à le repousser dans de bienvenus retranchements, ce texte nouveau-né est une somme ahurissante, incalculable, de thèses et d’antithèses. De principes et du mode d’emploi pour leur dynamitage. Un freaks show. Fellini aurait adoré filmer cet accouplement obscène, sur une planche à repasser, d’un canard avec un bonsaï.
On prend vraiment les Libanais pour de bienheureux nigauds : la déclaration ministérielle du gouvernement Siniora n’est qu’un avatar, une petite sœur adultérine de la Constitution de ce pays et, comme cette Loi qui n’a plus de fondamental que le nom, elle ne tardera pas, génétiquement de petite vertu, à être prostituée aux quatre coins des caprices que s’autoriseront sans aucun doute, n’importe quand, pas nécessairement un 12 juillet 2006 ou un 7 mai 2008, n’importe où, pour n’importe quoi, les florissants détenteurs du privilège des armes : le Hezbollah.
Mais que cela n’empêche personne de distribuer dragées et autres bols de meghlé : il est si peu de petits bonheurs en ce pays qu’il ne faut absolument pas les mépriser lorsqu’ils se présentent. Surtout qu’ils sont avaricieux ; qu’ils ne durent jamais bien longtemps : dans quelques jours il y aura le débat sur la loi électorale. Et celle-là, elle est gueuse : elle pourrait très facilement voir le jour en 2014 et se définir, aussi, comme un improbable métissage entre mille choses et leurs mille contraires.
Parce que, finalement, comment réussir un gouvernement dit d’union nationale, une déclaration ministérielle, une loi électorale, un exercice de l’Exécutif, alors qu’au lieu d’un Liban, d’un État, il y a des Liban et des États ? Mais qu’on se le dise : les leaders libanais sont autant de supermen ; les tours de Babel et les arches de Noé qu’ils créent sont (heureusement) uniques au monde.
Il n’en reste pas moins que ce métissage, cette abâtardisation, constamment à la mode en ces Liban, semblent encore plus hype en ce moment. Personne, même s’il ne comprendra ni ne partagera jamais la façon de faire, ne peut nier à Hassan Nasrallah et à ses partisans leur libanité, leur attachement au Liban, leur amour de ces 10 452 kilomètres carrés. Mais personne ne peut expliquer l’acharnement du patron du Hezbollah à se déchaîner, avec une force et une hargne inouïes, contre tout ce qui touche, de près comme de loin, au concept de tribunal international. C’est-à-dire à l’outil incontournable grâce auquel ce pays pourrait penser ressusciter, renaître de mille et une tonnes de cendres. La philippique nucléaire lancée par Hassan Nasrallah contre la communauté internationale pour son ingérence flagrante dans les affaires internes du Soudan et son appel à une solidarité tous azimuts avec Omar Béchir, un des Karadzic de l’Afrique, sont époustouflants. Aurait-il été aussi virulent, aussi zélé si le régime syrien ne risquait pas de se retrouver, sans doute, dans le collimateur de la justice internationale ?
Comment rapprocher et harmoniser ce qui paraît/est inconciliable ? Les Libanais, tous les Libanais, (le pas gâté mais visiblement très vaillant Michel Sleiman en tête – puisque c’est à lui qu’incombe ce sacerdoce on ne peut plus ingrat) seraient bien inspirés de relire, de revoir, de réapprendre Youssef Chahine. Le sacré monstre était parvenu, avec l’incroyable talent qui était le sien, avec ce pluralisme génétique qui était le sien, lui dont le père était zahliote, à conjuguer une arabité intransigeante avec une infinie empathie au monde qui l’entourait et dont il avait fait la première de ses muses. Le maestro avait justement compris la quintessence de l’être-au-monde que chaque homme et chaque femme né(e)s par ici, dans ce magnifique capharnaüm de races, de religions, de croyances, de cultures, devraient faire leur : le culte, au quotidien, de la vie. L’acceptation de l’autre. L’abolition des barricades – et des privilèges. Youssef Chahine était l’un des rares à avoir su trouver, même pour une heure, un nid nuptial au petit poisson et au petit oiseau qui s’aimaient d’amour tendre mais qui se demandaient comment s’y prendre (quand on est dans l’eau ou là-haut…).
L’ogre avec la fée.
Ziyad MAKHOUL
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De quoi peut accoucher un gouvernement aussi corniaud à part d’une déclaration ministérielle à son exacte image : bâtarde, tellement bâtarde qu’elle en devient, quelque part, fascinante ? Même si l’Alliance du 14 Mars, qui défend (plutôt mal, mal, très mal, terriblement mal – mais qui défend, au moins…) l’urgente option d’un Liban-État fort ouvert au(x) monde(s), heureux de vivre, a réussi à gagner pas mal de terrain ; même si elle a réussi à considérablement réduire l’arrogance du Hezbollah et à le repousser dans de bienvenus retranchements, ce texte nouveau-né est une somme ahurissante, incalculable, de thèses et d’antithèses. De principes et du mode d’emploi pour leur dynamitage. Un freaks show. Fellini aurait adoré filmer cet accouplement obscène, sur...